Aston Martin pensait peut-être avoir enfin rangé la boîte à outils. Mauvaise idée. Alors que Honda prépare une évolution majeure de son unité de puissance pour Zandvoort, des rumeurs évoquent des petits soucis apparus lors du filming day hongrois et un gain qui n’aurait pas totalement atteint les quelque 30 chevaux espérés. Problème : Honda affirme exactement l’inverse et assure avoir atteint son objectif interne. Bienvenue dans l’été Aston Martin, où même les bonnes nouvelles arrivent accompagnées d’un astérisque.

Aston Martin : Un filming day qui ressemble de moins en moins à du cinéma
Officiellement, Aston Martin organisait au Hungaroring une journée de tournage. Officieusement, personne n’était vraiment venu en Hongrie pour choisir le meilleur angle de caméra.
Jak Crawford a parcouru les kilomètres autorisés avec l’AMR26 équipée pour la première fois de la nouvelle spécification du moteur Honda. L’objectif était évident : accumuler des données avant l’introduction prévue de cette évolution à Zandvoort. F1.com confirmait dès le 29 juillet que la nouvelle unité avait bien effectué ses premiers tours de roue et devait accompagner les importantes modifications déjà apportées au châssis.
Motorsport indiquait alors que les premières impressions étaient positives et, surtout, que les vibrations particulièrement pénalisantes du début de saison semblaient avoir disparu. Le même média évoquait un gain potentiel pouvant atteindre environ 30 chevaux.
Bref, pour une fois, le communiqué pouvait presque être imprimé sans extincteur à proximité.
Presque.
Les fameux 30 chevaux commencent déjà à faire parler
Depuis, une information beaucoup moins confortable circule.
Une rumeur attribuée au journaliste italien Piergiuseppe Donadoni avance que Honda aurait rencontré plusieurs petits problèmes durant cette journée et n’aurait pas réussi à exploiter l’intégralité du gain de puissance espéré. L’hypothèse serait alors de corriger ces difficultés avant Zandvoort, quitte à débuter avec un bénéfice légèrement inférieur aux prévisions. Cette version a notamment été relayée dans les discussions spécialisées autour de l’AMR26.
Il convient toutefois d’être très clair : cette information n’est pas confirmée officiellement.
Et elle entre même directement en collision avec le discours tenu par Honda.
Voilà qui donne à l’affaire un petit parfum typiquement F1 : d’un côté les ingénieurs qui disent que tout avance comme prévu, de l’autre le paddock qui entend déjà un bruit suspect sous le capot.
Honda répond : objectif atteint, circulez
Shintaro Orihara, responsable piste et ingénieur en chef Honda, s’est justement montré très optimiste concernant cette Spec 2.
Il refuse de communiquer le chiffre précis de puissance obtenu, mais affirme que Honda a atteint son « objectif interne ». Il explique également que les ingénieurs de Sakura ont travaillé sur la vitesse de combustion, la préchambre, la forme des pistons et certains éléments du système de lubrification afin de réduire les frottements.
Autrement dit, Honda ne confirme absolument pas avoir raté les fameux 30 chevaux.
Mieux : les estimations publiées autour de cette évolution ne sont même pas totalement uniformes. Motorsport évoquait environ 30 ch dans sa version internationale, tandis que son édition hispanophone parlait d’un progrès pouvant aller jusqu’à une quarantaine de chevaux après les premières données recueillies en Hongrie.
Alors 30 ? 40 ? Un peu moins ? Un peu plus ?
Chez Aston Martin, on compte actuellement les chevaux comme certains comptent les calories après les vacances : avec beaucoup d’espoir et une certaine souplesse mathématique.
Le vrai problème n’est peut-être même pas la puissance
Car se focaliser uniquement sur le chiffre brut serait presque trop simple.
Honda reconnaît qu’avec ce nouveau moteur, les caractéristiques de combustion vont changer suffisamment pour obliger les ingénieurs à reprendre une partie du travail sur la maniabilité de l’unité de puissance. Orihara explique que le comportement du moteur lors des phases de virage va évoluer et qu’il faudra donc à nouveau optimiser la délivrance de puissance.
C’est précisément là que le filming day prend de l’importance.
Les ingénieurs disposent désormais de données réelles permettant de travailler avant Zandvoort. Honda assure avoir beaucoup progressé dans ce domaine depuis le début de l’année et ne considère donc pas repartir de zéro avec la Spec 2
Une nuance essentielle.
Parce qu’un moteur affichant 30 chevaux supplémentaires sur une feuille Excel mais impossible à exploiter correctement à la réaccélération serait une magnifique victoire… pour le département PowerPoint.
Aston Martin n’a plus vraiment droit au moteur « presque prêt »
La pression qui entoure cette évolution s’explique aussi par le début de saison désastreux du partenariat Aston Martin-Honda.
Durant les essais hivernaux, le constructeur japonais avait notamment subi des problèmes de batterie et de vibrations qui avaient considérablement perturbé le roulage de l’AMR26. Reuters avait alors rapporté que des soucis de batterie avaient aggravé une préparation déjà très compliquée.
Plus tard, Honda a encore dû surveiller de près son système électrique : en Autriche, Lance Stroll avait abandonné après l’apparition de données inhabituelles concernant la batterie, poussant l’équipe à arrêter la voiture par précaution.
La progression aérodynamique observée en Hongrie a toutefois redonné un peu d’oxygène au projet. Aston Martin y avait introduit pas moins de 16 évolutions sur l’AMR26, permettant notamment à Fernando Alonso d’accéder pour la première fois de l’année à la Q2.
Et maintenant que le châssis commence enfin à ressembler à une monoplace capable de se battre dans le peloton, le projecteur se déplace naturellement vers Honda Adrian Newey et Silverstone ont avancé leur pion.
À Sakura de jouer.
Zandvoort donnera la seule réponse qui compte
Il serait donc prématuré de transformer les rumeurs du filming day en nouvelle catastrophe industrielle. Les informations disponibles sont même contradictoires : certaines sources évoquent des difficultés et un gain inférieur aux attentes, tandis que Honda affirme avoir atteint son objectif et que les premiers comptes rendus du roulage hongrois faisaient état d’une journée globalement positive.
Mais cette contradiction raconte finalement assez bien la situation d’Aston Martin.
Après six mois passés à courir derrière ses ambitions, l’équipe n’a plus besoin de promesses de banc moteur, de simulations magnifiques ou de chevaux théoriques. Elle a besoin d’une AMR26 rapide sur un vrai circuit, pendant un vrai Grand Prix.
La Spec 2 Honda doit faire ses débuts en compétition à Zandvoort Et cette fois, pas de pneus de démonstration, pas de filming day et pas de montage vidéo pour masquer le chrono.
Les fameux chevaux devront simplement courir.










