pub

Loris Baz

Si vous lisez cette chronique, il y a de fortes chances que vous soyez au fait de ce qu’il s’est passé hier, lors du Grand Prix de Catalogne MotoGP. Deux accidents majeurs, impliquant Alex Marquez puis Johann Zarco, ont provoqué la sortie de deux drapeaux rouges, ce qui n’est pas si fréquent. Les pilotes ont été profondément marqués par ces crashs horribles, et pourtant, il fallait continuer. Show must go on, mais jusqu’où ?

 

Une solution simple ?

 

Depuis quelques semaines, plusieurs voix s’élèvent dans le paddock quant à la sécurité des circuits. Cet article ne traitera pas la potentielle création d’un syndicat, ou du rôle de la commission de sécurité en général, car je prépare un article très détaillé – une sorte d’enquête – sur les « protocoles commotion » dans le sport, et l’impact que cela aurait en MotoGP. Non, aujourd’hui, nous allons nous pencher sur le GP de Catalogne uniquement, en tenant compte des règles actuelles, qui ne limitent pas, donc, le nombre de départs possibles.

 

MotoGP

Jusqu’où peut-on aller au nom du spectacle ? Photo : Michelin Motorsport

 

La question posée par ce titre est claire : fallait-il stopper l’événement, et si oui, à quel moment ? Cette interrogation n’est pas mienne, puisque trois pilotes particulièrement concernés, à savoir, Jorge Martin, Pecco Bagnaia, et Pedro Acosta, ont affirmé que « c’était trop », que ça aurait dû s’arrêter après la chute de Zarco. Et je suis plutôt d’accord avec eux.

La solution, d’après moi, était simple : limiter le nombre de départs possibles, par course, à deux : l’initial, et un deuxième en cas de drapeau rouge. Ça, c’est la conclusion qui m’est venue assez rapidement après le Grand Prix, car ça paraît assez naturel. Un drapeau rouge n’en appelle pas nécessairement un deuxième, et la plupart des pilotes ont grandi avec des courses arrêtées une fois au maximum. Ainsi, ils savent couper, se reconcentrer, et repartir.

Mais le faire une fois de plus, c’est multiplier par cent l’effort mental requis, ce n’est pas juste deux fois plus dur. Il faut relâcher, rentrer aux stands, avoir la nouvelle du pilote blessé – ce qui n’arrive pas immédiatement –, se remettre en condition et revenir en piste avec intensité. Un drapeau rouge, c’est la norme, deux, ça demande un grand effort d’autant plus que le temps de compétition est drastiquement rallongé : hier, le Grand Prix s’est terminé environ deux heures après la première extinction des feux, c’est beaucoup pour des pilotes habitués à un effort de 45 minutes.

Donc, cette idée me paraissait bonne, et, qui plus est, facilement applicable. Mais en poussant la réflexion, j’ai compris toute la complexité inhérente à une telle décision.

 

Au cas par cas

 

En fait, on se base sur le Grand Prix de Catalogne pour évoquer ceci, notamment car les accidents étaient très difficiles à voir pour les pilotes. Ce ne sont pas seulement deux éléments de la grille qui ont chuté dans leur coin : Acosta s’est fait percuter par l’arrière sans rien pouvoir faire, Di Giannantonio est tombé à cause des débris, Raul Fernandez en a ramassé aussi, et idem pour Johann Zarco, blessé par les restes de la Ducati d’Alex Marquez. Sur la deuxième chute, on oublie aussi Luca Marini, qui s’est fait embarquer dans les graviers, et j’en oublie sans doute. Ceci ne tient pas compte de l’aspect psychologique, car voir un collègue ou un copain allongé par terre inanimé est loin d’être facile. C’est exactement ce qu’exprimait Pecco Bagnaia en conférence de presse après l’épreuve, et je le félicite d’ailleurs pour son comportement exemplaire suite à la chute de notre Johann national, tout comme Luca Marini.

Par le fait, peut-on justifier le potentiel arrêt d’une course après deux drapeaux rouges s’il n’y a pas de blessure physique et mentale ? Un drapeau rouge peut être déployé après une simple chute si une protection de type air fence est mal placée. Imaginez la frustration du public et des pilotes si deux simples chutes sans gravité forceraient l’annulation d’un Grand Prix. Écrire des règles qui ont pour rôle d’être des « gros boutons rouges », c’est-à-dire, qui peuvent faire cesser un événement, c’est s’exposer à la possibilité d’avoir une course supprimée pour pas grand-chose, où tout le paddock se serait déplacé pour rien.

À l’inverse, si une énorme chute intervenait dès le premier départ, avec plusieurs pilotes impliqués physiquement et/ou psychologiquement, cela reviendrait à dire qu’on relancerait quand même car il resterait encore un drapeau rouge de marge. Ça n’a pas de sens.

Pour conclure ce point, il paraît donc évident qu’on ne peut pas introduire une règle aussi simple, elle doit être nuancée, et je ne vois d’autre moyen que le cas par cas. Les commissaires devraient étudier le potentiel impact psychologique laissé par chaque chute, afin de déterminer si, oui ou non, la reprise est « sportivement pertinente », que ce soit après le premier, deuxième, ou le troisième départ.

 

MotoGP

Je ferai peut-être un article sur Pedro Acosta, car ce qu’il a subi psychologiquement, c’est incroyable. Photo : Michelin Motorsport

 

Hier, je dirais que les conditions n’étaient pas réunies après la chute de Marquez – aussi car des nouvelles positives nous sont assez vites arrivées, mais que la blessure très visuelle de Johann Zarco aurait dû convaincre les officiels de ne pas relancer, c’était la goutte d’eau. Et puis, il y avait déjà une course de disputée, le public en avait eu pour son argent. Mais on ne peut pas se servir de cet enseignement pour en faire une vérité générale, il faut que quelqu’un tranche à chaque fois. Après tout, c’est ce qu’il s’est passé au Grand Prix de Malaisie 2011, lorsqu’on a perdu Marco Simoncelli. La course a été purement annulée et c’était une bonne chose.

Laisser la décision aux pilotes MotoGP, la fausse bonne idée

 

J’ai aussi réfléchi à la responsabilité des pilotes MotoGP, car ils sont les premiers concernés. Après tout, ne pourraient-ils pas dire, collégialement, qu’ils désireraient tous arrêter ? Ou voter à la majorité ? Ça a une tête de bonne idée, mais ça n’en est pas une. Voici quelques explications.

Premièrement, cela signifierait que certains pilotes seraient face à des dilemmes extrêmement difficiles, entre empathie et égoïsme. Admettons qu’à la place de Johann Zarco, Pecco Bagnaia se soit blessé aussi lourdement. Marco Bezzecchi, son ami, voyant une opportunité formidable de marquer des points inespérés au début du premier Grand Prix, aurait été logiquement tiraillé au moment d’un vote, et les pilotes n’ont pas à subir une telle pression.

Deuxièmement, un vote impliquerait une majorité gagnante, et une minorité perdante. Imaginez que la course s’arrête, mais qu’on apprenne le nom des pilotes qui avaient voté pour une reprise. Leur image médiatique serait totalement entachée, car les réseaux sociaux crieraient à l’égoïsme le plus crasse. Une fois de plus, ils n’ont pas à porter ce poids.

Et puis, je n’évoque même pas l’aspect compétitif du MotoGP. Imaginez qu’une telle scène se joue au dernier Grand Prix de la saison, alors que la couronne est encore en jeu. Penseraient-ils d’abord aux blessés, ou à leur chance de titre, et le cas échéant, pourrait-on seulement leur reprocher ?

Voici, pêle-mêle, des réflexions sur le Grand Prix de Catalogne. Je souhaite à Johann Zarco et Alex Marquez un prompt rétablissement, et je salue une fois de plus l’héroïsme de ces hommes au départ.

Qu’avez-vous pensé de cet article et des incidents ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

MotoGP

Au vu des deux chutes et des deux situations, c’est un miracle que tout le monde s’en sorte. Photo : Michelin Motorsport

Tous les articles sur les Pilotes : Alex Marquez, Johann Zarco