La Veloce Aperion représente un ovni technologique dans le paysage motocycliste actuel. À une époque dominée par l’électronique de pointe, l’hybridation et la course à la réduction des émissions, ce projet britannique prend le contre-pied total en ressuscitant l’âme mécanique du moteur deux-temps avec une démesure rare.
Pendant des décennies, le moteur deux-temps a incarné l’âge d’or de la moto sportive. Plus léger, plus explosif et doté d’une sonorité inimitable, il a fait rêver des générations de passionnés avant de disparaître sous l’effet des normes antipollution et de la domination des moteurs quatre-temps. Beaucoup pensaient son retour impossible. Une jeune entreprise britannique affirme pourtant avoir relevé le défi.
Basée dans l’Oxfordshire, Veloce Motorcycles a dévoilé l’Aperion, un roadster aussi extravagant que spectaculaire. Son originalité ne réside pas seulement dans sa puissance annoncée de 280 chevaux, mais surtout dans son architecture mécanique : un V8 deux-temps de 1 000 cc, une configuration quasiment sans équivalent dans l’histoire de la moto.
Pour y parvenir, les ingénieurs ne sont pas partis d’une feuille blanche. Ils ont utilisé huit cylindres dérivés du célèbre moteur Rotax qui équipait notamment l’Aprilia RS125, regroupés en deux blocs V4 autour d’une transmission centrale.
Si les performances annoncées sont confirmées lors de l’homologation, l’Aperion deviendra l’une des motos deux-temps les plus puissantes jamais produites.
Construire un V8 deux-temps n’était pas le plus difficile. Le vrai défi concernait… les échappements. Contrairement à un moteur quatre-temps, où le collecteur influence principalement les performances, un moteur deux-temps dépend directement de sa chambre d’expansion pour fonctionner correctement.
Chaque cylindre nécessite donc son propre échappement, avec une longueur et un volume extrêmement précis. Avec huit cylindres, le problème devient gigantesque. Veloce affirme avoir résolu cette équation grâce à l’impression 3D métallique par fusion laser, permettant de fabriquer des collecteurs aux formes impossibles à produire par des méthodes traditionnelles.
Sans cette technologie, intégrer huit chambres d’expansion sur un roadster compact aurait probablement été irréalisable.

Veloce Aperion : Une moto très moderne malgré son moteur rétro à plus de 100 000 euros
Sous ses allures relativement classiques, l’Aperion cache une conception très contemporaine. Le moteur est utilisé comme élément porteur du châssis, tandis que les sous-cadres avant et arrière adoptent une structure tubulaire en « cage à oiseaux ». La moto reçoit également un imposant bras oscillant monobras en aluminium, devenu rare même sur les hypersportives actuelles.
Le contraste est saisissant : un moteur à carburateurs totalement analogique associé à des techniques de conception et de fabrication parmi les plus modernes.
L’Aperion ne sera évidemment pas une moto de grande série. Seulement 24 exemplaires seront construits, chacun homologué individuellement selon la procédure britannique MSVA (Motorcycle Single Vehicle Approval).
Le tarif est à la hauteur de cette exclusivité : 78 000 livres sterling, soit un peu plus de 100 000 euros. À ce niveau de prix, l’Aperion se positionne davantage comme une pièce de collection que comme une moto destinée à un usage quotidien.
Veloce ne compte toutefois pas s’arrêter à cette série ultra-exclusive. La société travaille déjà sur un second modèle baptisé Ethereal, équipé cette fois d’un V4 deux-temps de 500 cc développant environ 145 chevaux. L’objectif est de proposer une machine plus abordable et produite en nombre plus important, tout en conservant l’esprit du projet.
Au-delà des chiffres, l’Aperion illustre une tendance de plus en plus présente dans l’industrie motocycliste : utiliser les technologies modernes pour faire revivre des architectures mécaniques que l’on croyait définitivement disparues.
Reste une question essentielle : un moteur deux-temps peut-il encore trouver sa place dans un monde dominé par les normes environnementales ? Même homologuée à l’unité, cette moto restera un objet de niche.
Mais pour les passionnés, voir renaître un V8 deux-temps de 280 chevaux relève déjà presque du miracle mécanique.










