Kimi Antonelli domine le championnat avec Mercedes, mais son passé vient de le rattraper devant le tribunal civil de Bologne. Son ancien manager Giovanni Minardi réclame des commissions qu’il estime impayées et une indemnisation pour la rupture de leur collaboration. Derrière la belle histoire du jeune prodige se cache désormais une question nettement moins romantique : qui doit toucher sa part du jackpot ?

Antonelli : Le passé revient par la porte du tribunal
À 19 ans, Andrea Kimi Antonelli aborde la pause estivale en tête du championnat du monde, avec 50 points d’avance après son podium au Grand Prix de Hongrie. Mais pendant que Mercedes compte les points, la justice italienne, elle, commence à compter les euros.
Giovanni Minardi, premier manager du pilote italien et fils de Gian Carlo Minardi, a engagé une procédure civile devant le tribunal de Bologne. Il réclame des rémunérations qu’il considère comme impayées ainsi que des dommages liés à la rupture de son mandat. Le litige aurait débuté au milieu de l’année 2025 et concernerait principalement le travail effectué avant l’arrivée d’Antonelli en Formule 1.
Il faut toutefois employer les bons mots : Antonelli n’est pas poursuivi pénalement et aucune faute n’a encore été établie par un juge. Il est assigné dans le cadre d’un contentieux contractuel, avec deux versions qui s’opposent.
Avant Mercedes, Minardi avait flairé le phénomène
Bien avant que Toto Wolff ne présente Antonelli comme le nouveau joyau de Mercedes, Giovanni Minardi avait déjà repéré le jeune pilote dans les catégories de karting. L’Italien aurait accompagné ses premières années de compétition et aurait même exploré une possibilité avec la filière Ferrari.
Mercedes a ensuite intégré Antonelli à son programme junior en avril 2019, alors qu’il n’avait que 12 ans. Le constructeur allemand a supervisé la suite de son ascension : titres en Formule 4, sacre en Formule Régionale, passage accéléré par la Formule 2 puis arrivée en F1 en 2025.
Sur le papier, c’est un parcours de rêve. Dans la comptabilité d’un manager, c’est aussi une carrière dont la valeur a explosé.
Et c’est précisément lorsque le jeune talent devient une vedette mondiale que les anciens contrats, les promesses et les pourcentages écrits en petits caractères reprennent soudain une importance capitale.
Minardi réclame le prix de ses années de travail
Selon l’avocat Mattia Grassani, plusieurs rencontres ont été organisées avant le procès afin de trouver un règlement amiable, sans parvenir à rapprocher les positions. La procédure aurait donc représenté pour Giovanni Minardi une décision « douloureuse mais nécessaire ».
Le camp Minardi considère qu’il ne pouvait pas simplement regarder disparaître des années de travail, d’investissements et de relations mobilisées pour lancer la carrière du pilote. Autrement dit : Mercedes a peut-être conduit Antonelli jusqu’à la F1, mais son ancien manager estime avoir construit une partie de la route.
Du côté d’Antonelli, aucun grand déballage médiatique. Son entourage laisse filtrer un sentiment de sérénité et assure que la rupture a été effectuée dans le respect du droit. Le pilote est défendu dans cette affaire par Silvio Angelo Roccoberton et Francesca Visonà, tandis que ses parents disposent d’une représentation juridique distincte.
Pour l’instant, chacun possède donc une certitude. Minardi affirme que les contrats doivent être honorés ; Antonelli estime avoir agi légalement. Le tribunal devra choisir laquelle de ces deux certitudes résiste le mieux à l’examen des documents.
Une affaire à six zéros, pas simplement à six chiffres
Le montant exact réclamé n’a pas été officiellement communiqué. Le Corriere della Sera évoque toutefois des « chiffres importants, à six zéros », ce qui suggère un contentieux portant sur des millions d’euros. Certaines reprises anglophones ont traduit cette expression par « somme à six chiffres », réduisant potentiellement l’enjeu financier d’un facteur dix ou davantage. La nuance est loin d’être anecdotique. On ne se dispute probablement pas ici quelques factures de karting oubliées dans un tiroir, mais la rémunération liée à la transformation d’un enfant prometteur en pilote de Formule 1 et leader du championnat.
Cela ne signifie pas pour autant que Minardi obtiendra les montants demandés. Une réclamation, même spectaculaire, n’est ni une condamnation ni un chèque déjà signé.
Toto Wolff bientôt loin du muret ?
Toto Wolff et Gwen Lagrue, responsable du programme junior de Mercedes et acteur majeur de l’ascension d’Antonelli, pourraient être appelés à témoigner lors de prochaines audiences. Leur intervention servirait vraisemblablement à éclairer les conditions dans lesquelles Mercedes a recruté puis représenté le pilote.
Wolff n’est pas mis en cause dans la procédure. Mais le voir expliquer devant un tribunal comment Mercedes a récupéré la gestion de la carrière d’Antonelli donnerait à ce dossier une dimension particulièrement embarrassante pour l’écurie.
Le patron autrichien sait gérer les contrats, les conflits et les luttes de pouvoir dans le paddock. Il pourrait désormais devoir expliquer comment le nouveau prince de Mercedes a quitté celui qui affirme l’avoir découvert.
Le paddock fabrique les héros, puis discute le partage
Cette affaire révèle surtout l’envers du décor des filières de jeunes pilotes. Les managers investissent du temps, de l’argent et leur carnet d’adresses dans des enfants dont presque aucun n’atteindra la F1. Lorsqu’un pari devient finalement un champion potentiel, la reconnaissance morale ne suffit plus : chacun ressort les contrats et réclame sa part.
Minardi présente son action comme la défense légitime de dix années de travail. Antonelli répond par la légalité de la rupture. Mercedes, elle, garde le silence et laisse ses avocats absorber le choc.
Pour le moment, rien ne démontre que la procédure perturbe le pilote : malgré la révélation du litige avant le week-end hongrois, Antonelli a terminé troisième et augmenté son avance au championnat.
Le jeune Italien reste donc maître de la piste. Devant le tribunal de Bologne, en revanche, il ne pourra pas régler le problème avec un dépassement tardif ou un arrêt parfait. Et cette fois, le drapeau à damier risque d’être remplacé par une facture à plusieurs millions.










