George Russell a choisi la résignation. À dix Grands Prix de la fin, le Britannique estime déjà le titre quasiment hors de portée face à Andrea Kimi Antonelli et assure ne plus vraiment penser au championnat. Un discours étonnamment défaitiste pour le deuxième du classement… mais qui ne tombe peut-être pas du ciel. Car pendant qu’Antonelli empile les victoires et prend progressivement le contrôle de la saison, certaines décisions de Mercedes commencent elles aussi à interroger. Stratégies divergentes, choix favorables au pilote italien dans des moments clés, consignes déjà aperçues auparavant : rien ne permet de parler de favoritisme établi, mais assez pour se demander si Russell se considère encore lui-même comme un véritable candidat au titre… et surtout si son équipe le considère toujours comme tel. À Monza, le symbole a été particulièrement cruel : Russell avait la course en main, Antonelli partait 19e, et c’est pourtant l’Italien qui a fini par gagner. De quoi comprendre la frustration du Britannique. Pas forcément de quoi accepter la défaite avec dix courses encore à disputer. Et c’est bien là tout le paradoxe : Russell semble baisser les bras au moment même où Mercedes commence peut-être, elle aussi, à regarder davantage du côté d’Antonelli.

Russell se résigne, Mercedes interroge, Antonelli s’échappe
Russell : le réalisme vire à la résignation
Le constat de George Russell est simple : Andrea Kimi Antonelli maîtrise désormais la situation, mérite sa place et possède une avance qu’il juge extrêmement difficile à combler. Jusque-là, difficile de lui donner tort. Là où le discours devient beaucoup plus gênant, c’est lorsqu’il explique ne même plus vraiment penser au titre ni à une éventuelle remontée, préférant se concentrer uniquement sur chaque Grand Prix et tenter d’en gagner le plus possible.
Lucide ? Oui. Mais pour un pilote encore deuxième du championnat, la frontière avec le défaitisme devient franchement mince.
Reconnaître la supériorité actuelle d’Antonelli est une chose. Donner quasiment l’impression que le championnat est déjà plié alors qu’il reste dix courses en est une autre. Un candidat au titre peut être réaliste sans pour autant rendre les armes avant que les mathématiques ne l’y obligent.
Et surtout, Russell sait mieux que personne à quelle vitesse une saison peut basculer : un abandon, une pénalité, une mauvaise stratégie ou simplement un week-end raté peuvent effacer une partie importante d’un avantage en quelques heures.
Monza, le coup qui a peut-être fait très mal
Et c’est probablement à Monza que l’on comprend mieux l’état d’esprit du Britannique.
Russell disposait d’une occasion idéale de reprendre des points à son équipier. Antonelli partait très loin sur la grille et tout semblait réuni pour que le Britannique réduise enfin l’écart. Sauf que la course a produit exactement l’inverse : Antonelli est revenu, l’a dépassé et s’est encore davantage échappé au championnat.
Et Mercedes dans tout ça ? Une stratégie qui finit aussi par poser question
Accabler Russell serait presque trop facile sans regarder ce qui se passe également sur le muret Mercedes. Car à Monza, le Britannique n’a pas seulement été battu par la vitesse d’Antonelli : il a aussi perdu la victoire dans un scénario stratégique qui a clairement favorisé son équipier.
Lorsque la Virtual Safety Car est apparue, Mercedes a choisi de faire rentrer Antonelli pour chausser des pneus neufs, tandis que Russell, alors en tête, est resté en piste sur un train de durs largement usé. Le Britannique a d’ailleurs reconnu avoir été « surpris » de voir son équipier s’arrêter, puisqu’il pensait que les deux voitures resteraient dehors. Il a ensuite admis que séparer les stratégies pouvait se défendre, mais le résultat est implacable : Antonelli s’est retrouvé avec les armes nécessaires pour fondre sur lui en fin de course.
Toto Wolff assure que Russell était pratiquement enfermé dans sa stratégie à un arrêt et qu’un passage supplémentaire aux stands lui aurait coûté trop de positions. Le patron de Mercedes reconnaît néanmoins qu’au bout du compte, la stratégie à deux arrêts s’est révélée la meilleure.
Et ce n’est pas totalement un épisode isolé. Deux semaines auparavant à Zandvoort, Mercedes avait déjà demandé à Russell de laisser passer Antonelli en fin de course. Le Britannique avait obéi et reconnu après coup que la décision était logique compte tenu des pneus et du rythme de son équipier, mais il avait tout de même rappelé qu’un pilote veut naturellement défendre chaque position.
Difficile donc de parler ouvertement de favoritisme : Antonelli mérite ses résultats et possède aujourd’hui davantage de rythme. Mais à mesure que le championnat avance, une question devient impossible à éviter : Mercedes traite-t-elle encore réellement ses deux pilotes comme deux candidats au titre, ou ses décisions commencent-elles naturellement à s’organiser autour de celui qui mène le championnat ?
Et si Russell donne aujourd’hui l’impression de rendre les armes, le muret Mercedes lui a peut-être déjà envoyé quelques signaux expliquant pourquoi il ne croit plus vraiment au scénario du comeback.
Antonelli, lui, ne semble surtout pas vouloir lever le pied
À seulement 20 ans, l’Italien ne donne pourtant aucun signe d’excès de confiance. Après son incroyable remontée de Monza, il a continué à parler de travail, de concentration et d’une saison encore longue
Toto Wolff, lui, a été beaucoup plus démonstratif, saluant une prestation exceptionnelle et estimant pratiquement que rien n’aurait pu arrêter son pilote ce dimanche-là.
Antonelli est également devenu le premier Italien à gagner à Monza depuis Ludovico Scarfiotti en 1966. Sa victoire depuis la 19e place constitue par ailleurs le deuxième départ le plus lointain jamais transformé en victoire dans l’histoire de la F1. Pas exactement le genre de dynamique qui aide Russell à retrouver le sourire.
66 points, énorme… mais certainement pas une raison pour rendre les armes
Évidemment, Antonelli possède maintenant un avantage considérable. Il a gagné plus de la moitié des Grands Prix disputés cette saison et paraît aujourd’hui être le pilote le plus solide du championnat.
Mais le prochain rendez-vous arrive déjà du 11 au 13 septembre à Madrid, sur le nouveau Madring. Et avec encore dix courses au programme, un abandon du leader et une victoire de Russell suffiraient à changer immédiatement la tonalité du championnat.
C’est justement ce qui rend les propos du Britannique difficiles à comprendre. Russell n’a pas besoin de prétendre que tout va bien. Il peut reconnaître qu’Antonelli est actuellement meilleur, plus régulier et qu’il possède un avantage considérable.
Mais lorsqu’on pilote une Mercedes capable de gagner, qu’on est deuxième du championnat et qu’il reste encore près de la moitié de la dernière partie de saison à disputer, on attend davantage d’un prétendant au titre qu’une acceptation anticipée de la défaite.
Antonelli a peut-être déjà une main sur la couronne. Russell, lui, semble avoir retiré la sienne beaucoup trop tôt.










