F1
Publié le 30 juillet 2026 • 03:15 par Oléna Champlain

F1 – Domenicali méprise les puristes : en F1, peu importe le moteur tant que ça dépasse

Domenicali balaie les critiques sur la F1 2026. Pour lui, les fans ne regardent que les dépassements.. Le sport réduit à un seul spectacle.

Stefano Domenicali a trouvé la parade idéale aux critiques visant la réglementation 2026 : expliquer que la majorité des spectateurs ne comprend pas les problèmes techniques et regarde seulement le nombre de dépassements. Une défense efficace, presque imparable — à condition d’accepter que la Formule 1 ne soit plus jugée comme un sport mécanique, mais comme un produit de divertissement mesuré en audiences, tribunes pleines et clips viraux.

Domenicali : Les fans regardent les dépassements, pas la batterie

Interrogé sur les critiques entourant les nouvelles monoplaces, Stefano Domenicali a opposé une fin de non-recevoir assez brutale aux passionnés les plus techniques.

« La grande majorité de nos fans ne s’intéresse pas aux détails techniques », a affirmé le président-directeur général de la Formule 1, ajoutant qu’ils ne parlaient pas du phénomène de super clipping, mais regardaient surtout « le nombre de dépassements ».

Le super clipping désigne la perte brutale de vitesse observée lorsque la batterie électrique ne peut plus fournir suffisamment d’énergie en bout de ligne droite. Le phénomène a constitué l’un des principaux sujets d’inquiétude au début de la nouvelle réglementation, avec des voitures parfois contraintes de gérer leur énergie au lieu d’attaquer pleinement.

Domenicali résume donc la situation avec une simplicité remarquable : si le public voit une voiture en dépasser une autre, inutile de lui expliquer pourquoi celle de devant a soudainement perdu sa puissance électrique. Le spectacle est sauf. La mécanique peut patienter.

Une défense construite avec des billets vendus

Le patron de la F1 ne s’appuie pas uniquement sur une impression personnelle. Il met en avant des Grands Prix complets, des audiences télévisées en hausse et un engagement croissant sur les réseaux sociaux pour affirmer que la nouvelle réglementation plaît au public. Son raisonnement est commercialement cohérent. Les tribunes sont pleines. Les chiffres progressent. Les dépassements existent. Par conséquent, le produit fonctionne.

Mais une course peut attirer un large public tout en présentant des défauts sportifs. La popularité de la F1 ne transforme pas automatiquement chaque choix réglementaire en réussite technique. Elle prouve surtout que la discipline possède désormais une puissance médiatique suffisamment forte pour survivre à presque toutes les controverses.

Netflix, les réseaux sociaux, les personnalités des pilotes et la mise en scène du paddock ont élargi l’audience bien au-delà du noyau historique des passionnés. Domenicali l’assume : la majorité du public vient chercher une histoire, une rivalité et une bataille en piste, pas une conférence sur la récupération d’énergie.  Ce n’est pas faux. C’est simplement une manière très pratique de considérer que ceux qui comprennent le problème sont trop minoritaires pour déranger.

Les pilotes, eux, ont le mauvais goût de conduire les voitures

Max Verstappen, Lewis Hamilton et plusieurs autres pilotes ont pourtant critiqué le poids de la gestion énergétique dans la nouvelle génération de monoplaces. Verstappen a notamment qualifié certaines caractéristiques d’« anti-course » et dénoncé des voitures qui empêchent parfois les pilotes d’attaquer à pleine puissance.

Domenicali avait d’abord appelé au calme, promettant que la F1 interviendrait si les premières courses confirmaient les inquiétudes exprimées durant les essais hivernaux.

Quelques mois plus tard, son discours s’est durci : les spectateurs apprécient les courses, les circuits affichent complet et les critiques techniques ne correspondraient donc pas au ressenti de la majorité. Le raisonnement laisse toutefois une question assez gênante : faut-il vraiment attendre que le grand public identifie précisément un problème mécanique avant de le corriger ?

La plupart des spectateurs ne savent peut-être pas définir le super clipping. Ils sont néanmoins capables de reconnaître une voiture qui ralentit artificiellement, un pilote qui n’attaque pas ou un dépassement provoqué davantage par une batterie vide que par une bataille réelle. Le public n’a pas besoin d’un diplôme d’ingénieur pour sentir lorsque quelque chose sonne faux.

Plus de dépassements ne signifie pas toujours plus de course

Domenicali insiste sur le nombre de dépassements comme indicateur principal du spectacle. Mais toutes les manœuvres ne se valent pas.

Un dépassement construit pendant plusieurs tours, obtenu au freinage après une lutte roue contre roue, ne possède pas exactement la même valeur sportive qu’un passage facilité par une différence soudaine de déploiement électrique.

Les nouvelles règles peuvent mécaniquement multiplier les changements de position sans nécessairement améliorer la qualité des affrontements. Une voiture privée d’énergie devient une cible facile, puis peut retrouver de la puissance quelques instants plus tard. Le classement bouge, les statistiques augmentent et les extraits vidéo sont prêts. Sur le tableau Excel du divertissement, tout va bien. Sur la piste, la notion de mérite devient parfois un peu plus floue.

La F1 avait pourtant présenté sa révolution technique comme une manière de rendre les voitures plus légères, plus durables et plus agréables à piloter. Domenicali reconnaît désormais que le prochain cycle moteur devra être plus simple et permettre aux pilotes d’attaquer davantage.

Autrement dit, le système actuel fonctionne parfaitement, mais il faut déjà préparer quelque chose de plus simple pour le remplacer.

La FIA prépare déjà les corrections que la F1 juge presque inutiles

Malgré la défense publique de Domenicali, les discussions réglementaires se poursuivent. La FIA, les motoristes et les équipes étudient des modifications destinées à réduire l’importance de la gestion électrique et à rééquilibrer la part entre moteur thermique et énergie hybride. Pour 2027 et 2028, une répartition plus favorable au moteur à combustion est notamment envisagée afin de limiter certaines difficultés rencontrées cette saison.

La contradiction est savoureuse.

D’un côté, Domenicali explique que les spectateurs sont heureux et que les critiques concernent principalement des subtilités techniques incomprises du public. De l’autre, les responsables travaillent déjà à modifier précisément ces subtilités. La réglementation serait donc suffisamment bonne pour être défendue avec vigueur, mais suffisamment imparfaite pour nécessiter des ajustements rapides. En Formule 1, cela s’appelle probablement une victoire stratégique.

Le danger d’une F1 conçue uniquement pour ceux qui ne posent pas de questions

Domenicali n’a pas tort lorsqu’il affirme que la majorité du public ne passe pas ses soirées à étudier les cartographies moteur. Mais la Formule 1 ne peut pas utiliser cette réalité pour disqualifier toute critique technique. Son identité repose justement sur l’alliance entre la compétition humaine et l’innovation mécanique. Réduire les passionnés les plus attentifs à une minorité obsédée par des détails revient à oublier qu’ils constituent aussi la mémoire du sport, ceux qui expliquent ses évolutions et ceux qui remarquent lorsqu’une règle produit un spectacle artificiel.

La F1 peut continuer à remplir les tribunes grâce aux rivalités, aux vedettes et aux dépassements. Elle devrait simplement éviter de considérer que le public est trop peu informé pour mériter une réglementation cohérente.

Car lorsqu’un dirigeant commence à expliquer que ses clients ne comprennent pas suffisamment le produit pour le critiquer, le problème ne se trouve peut-être plus uniquement sous le capot.