Moto GP
Publié le 13 septembre 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Bagnaia doit-il sortir de l’ombre de Valentino Rossi ? « Approche-toi de Marc Marquez et apprends de lui », mais qui a dit ça ?

Francesco Bagnaia a ramené deux titres mondiaux à l’Italie. Pourtant il n’a jamais vraiment été considéré comme le successeur de Rossi.

Pecco Bagnaia

Francesco Bagnaia a rendu à l’Italie deux titres MotoGP et reste le seul produit de la VR46 Riders Académie devenu champion du monde dans la catégorie reine. Pourtant, selon Juan Martinez, il n’a jamais véritablement été considéré comme l’héritier de Valentino Rossi. Ruben Xaus va plus loin : pour franchir une nouvelle étape, Pecco devrait désormais s’affranchir de cette identité et se rapprocher de celui qui fut précisément le grand rival du Docteur, Marc Marquez.

Deux titres mondiaux MotoGP, des victoires, une Ducati ramenée au sommet et un statut de référence du motocyclisme italien : sur le papier, Francesco Bagnaia possédait presque tout ce qu’il fallait pour reprendre le flambeau laissé par Valentino Rossi. Presque…

Car pour Juan Martinez, quelque chose n’a jamais véritablement eu lieu en Italie. Bagnaia est devenu champion. Il n’est jamais devenu « le nouveau Rossi ». Et cette distinction pourrait être beaucoup moins anecdotique qu’il n’y paraît.

« L’ombre de Valentino Rossi plane encore beaucoup »

Invité du podcast DURALAVITA, Juan Martinez s’est interrogé sur le poids que représente toujours Valentino Rossi dans l’environnement du MotoGP italien. « En Italie, l’ombre de Valentino Rossi plane encore beaucoup. Même si Pecco a remporté plusieurs championnats du monde, il n’a jamais vraiment été reconnu ni considéré comme son successeur désigné. »

Bagnaia est pourtant le plus grand succès sportif produit par la VR46 Riders Académie. Son premier titre en 2022 avait mis fin à treize années d’attente pour voir un Italien redevenir champion du monde MotoGP. Il avait récidivé en 2023 avant de manquer de peu un troisième sacre consécutif en 2024.

Mais les résultats n’ont pas suffi à provoquer une transmission symbolique du pouvoir. Selon Martinez, la personnalité même de Bagnaia a pu contribuer à cette situation. « Tous ces facteurs sont susceptibles de mener à de telles circonstances, et cela ne l’a évidemment pas aidé à franchir le pas et à dire : « Je suis le nouveau patron ». »

Rossi serait toujours « le patron »

Pour Martinez, Rossi demeure une référence jusque dans le fonctionnement du groupe de pilotes qu’il a contribué à former. « D’une certaine manière, Valentino Rossi reste le patron lorsqu’ils s’entraînent, et aucun des deux ne s’est vraiment imposé. »

L’Académie a aidé à reconstruire une filière italienne et a amené plusieurs pilotes au plus haut niveau. Mais comment devenir pleinement le successeur d’une personnalité qui reste omniprésente dans cet environnement ?

Bagnaia a construit son propre palmarès sans jamais réellement occuper l’espace laissé par Rossi. Et alors que sa période Ducati touche désormais à sa fin, Ruben Xaus estime qu’il devrait justement profiter de cette rupture pour couper le cordon.

Xaus à Bagnaia : « Approche-toi de Marc Marquez »

La proposition de l’ancien pilote espagnol est volontairement provocatrice. Bagnaia devrait selon lui regarder moins vers son mentor historique et davantage vers Marc Marquez. « Approche-toi de Marc Marquez, apprends de lui et oublie ton image de « Valentino Rossi » ou de pilote issu de l’Académie. »

Difficile d’imaginer conseil symboliquement plus explosif. Marquez a été pendant des années le grand adversaire de Rossi. Leur opposition a largement dépassé la piste et continue encore aujourd’hui de diviser une partie des supporters.

Xaus demande pourtant à Bagnaia de faire exactement abstraction de cette histoire. « Tu as bien plus à apprendre et à gagner qu’à perdre à ses côtés en ce moment, car c’est un talent qui ne sera là que pour deux ans de plus, tandis que Pecco a encore de belles années devant lui. »

Rossi

« Je me fiche des couleurs »

Pour Xaus, Bagnaia possède désormais suffisamment d’expérience et de légitimité pour ne plus raisonner en fonction des anciennes appartenances. Il imagine même ce que devrait être son état d’esprit : « Je me joins à lui ; je monte dans son train. Je me fiche des couleurs ; je me fiche de ce que disent la presse italienne ou espagnole. »

L’idée n’est évidemment pas que Bagnaia renie Rossi ou la VR46 Académie. Elle consiste plutôt à considérer qu’à 29 ans, après deux titres MotoGP, l’Italien n’a plus besoin de définir sa carrière par son appartenance à une école.

Et que Marquez, précisément parce qu’il représente une philosophie et une histoire différentes, pourrait lui apporter quelque chose que son environnement habituel ne peut plus lui donner.

Tuer le père pour redevenir Pecco ?

Le constat de Martinez et le conseil de Xaus finissent ainsi par se rejoindre. Le premier considère que Bagnaia n’a jamais réussi à occuper symboliquement la place laissée par Rossi. Le second lui suggère de cesser tout simplement d’essayer.

Francesco Bagnaia n’a probablement pas besoin de devenir l’héritier de Valentino Rossi. Son palmarès lui permet depuis longtemps d’exister par lui-même. Mais après dix-huit mois de difficultés et avant d’ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière chez Aprilia, il pourrait devoir sortir d’un environnement intellectuel et sportif devenu familier.

Apprendre de Marc Marquez ne signifierait alors pas choisir le camp de l’ancien ennemi de Rossi. Ce serait peut-être, tout simplement, la dernière étape nécessaire pour que Bagnaia cesse définitivement d’être un élève de la VR46 Académie et redevienne pleinement Francesco Bagnaia.

Bagnaia pecco