Moto GP
Publié le 11 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP – Toprak Razgatlioglu à Silverstone : un point… et un duel « gênant » avec les pilotes d’essai

Toprak Razgatlioglu a terminé à plus de 40 secondes du vainqueur Raul Fernandez, soit environ deux secondes par tour à Silverstone.

Toprak Razgatlioglu

Toprak Razgatlioglu a inscrit un nouveau point au championnat lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Présenté ainsi, le résultat pourrait laisser entrevoir une lente progression du triple champion du monde Superbike dans son apprentissage du MotoGP. La réalité de Silverstone est nettement moins flatteuse : 15e et avant-dernier des pilotes classés, à plus de 40 secondes du vainqueur Raul Fernandez, le Turc n’a bénéficié de ce point que grâce aux abandons survenus devant lui.

Son deuxième 15e rang consécutif, et son troisième lors des quatre derniers Grands Prix, masque donc une situation qui demeure préoccupante. Razgatlioglu ne se rapproche pas véritablement du groupe qui le précède. À Silverstone, il a terminé à plus de dix secondes de son équipier Jack Miller et s’est retrouvé à lutter jusqu’au dernier tour avec deux pilotes d’essai : Pol Espargaró, remplaçant Maverick Viñales chez Tech3 KTM, et Augusto Fernandez sur l’autre Yamaha.

Une bataille spectaculaire dans les dernières courbes, mais pour des positions dont aucun des protagonistes ne pouvait réellement se satisfaire. « Pour moi, ce n’était pas amusant, parce que je ne l’ai pas battu ! », reconnaissait Razgatlioglu à propos de son duel avec Espargaró. « Dans les derniers tours, il fermait l’intérieur de tous les virages, mais c’est normal dans une bataille. »

Le pilote Yamaha avait bien tenté une dernière attaque dans la chicane, sans parvenir à se mettre suffisamment près de la KTM. « Nous avons terminé très proches, mais c’était une course très difficile pour moi. »

Deux secondes perdues par tour par Toprak Razgatlioglu

Le chronomètre donne une mesure plus brutale de la situation. À plus de 40 secondes de Fernandez après vingt tours, Razgatlioglu a concédé en moyenne environ deux secondes par boucle au vainqueur.

Yamaha a certes connu un week-end globalement difficile. Jack Miller n’a terminé que 12e après la pénalité infligée à Fabio Quartararo, mais cet argument ne suffit plus à expliquer le retard du Turc sur les autres M1.

La qualification avait d’ailleurs déjà révélé le problème. Parti 22e, Razgatlioglu se trouvait à environ 1,4 seconde du chrono nécessaire pour atteindre directement la Q2. Impossible, cette fois, d’invoquer l’usure des pneus qui l’avait fortement handicapé pendant les courses.

Silverstone a donc mis en évidence quelque chose de plus profond : après une demi-saison, Razgatlioglu reste encore un pilote de Superbike essayant d’apprendre à exploiter une MotoGP.

Et il en convient lui-même. « Je pilote toujours comme en Superbike »

C’est probablement la déclaration la plus édifiante de son week-end. Razgatlioglu ne rejette pas toutes ses difficultés sur Yamaha. Il identifie désormais précisément ce qui, dans son pilotage, ne fonctionne pas.

« Sur ce circuit, avec ses longs virages, il faut attendre le bon moment pour relever la moto. C’est très difficile pour moi actuellement, parce que je pilote toujours comme en Superbike. »

Silverstone constitue presque un cas d’école. Ses grandes courbes rapides et ses changements de direction prolongés demandent un pilotage très différent de celui qui a fait la réputation du Turc en WorldSBK.

Razgatlioglu reste beaucoup plus à l’aise dans les séquences de freinage violent, d’arrêt de la moto et de remise rapide sur l’angle de traction. « Dans les virages où l’on s’arrête puis où l’on relève la moto, je roule beaucoup mieux. Mais je dois aussi apprendre ce style. »

Voilà qui permet également de relativiser l’impression laissée par certaines de ses premières apparitions : son spectaculaire freinage de Superbike, longtemps considéré comme l’arme susceptible de lui permettre de surprendre immédiatement en MotoGP, n’est utilisable que sur certaines portions d’un circuit. Dès que la vitesse de passage et la conservation de l’élan deviennent essentielles, son avantage disparaît.

Toprak Razgatlioglu, Silverstone MotoGP 2026.

Le problème Michelin… mais pas seulement

Toprak Razgatlioglu a également signalé une usure anormale des Michelin pendant le Sprint, dans des températures inhabituelles pour Silverstone. Le phénomène s’est logiquement accentué sur les vingt tours du Grand Prix. Mais là encore, le Turc se garde désormais d’en faire l’explication unique de ses performances.

C’est important, car son passage aux Pirelli en 2027 est parfois présenté comme la solution presque miraculeuse à ses problèmes. Il retrouvera effectivement un manufacturier dont il connaît intimement les caractéristiques grâce à ses années en WorldSBK. La nouvelle réglementation supprimera également plusieurs particularités des MotoGP actuelles et les moteurs passeront de 1000 à 850 cc.

Pour autant, Silverstone montre que le pneu n’explique pas tout. Razgatlioglu doit modifier des automatismes construits pendant toute sa carrière. Sur crash.net, il en a conscience : « L’année prochaine, tout sera différent, avec les motos et les pneus, mais je dois adapter mon style de pilotage à la moto. »

Toprak Razgatlioglu attend énormément de 2027, mais après avoir essayé la future 850 cc, il l’aurait lui-même décrite comme « lente » et procurant des sensations « bizarres ». Il se retrouve donc confronté à deux chantiers simultanés.

Le premier est personnel : apprendre le MotoGP, modifier son pilotage et accepter de passer du statut de référence absolue du Superbike à celui d’élève en fond de grille.

Le second ne dépend pas de lui : Yamaha doit profiter de la révolution réglementaire de 2027 pour lui fournir une machine capable de se rapprocher des références Aprilia et Ducati.

C’est peut-être le véritable danger de sa saison 2026. Une année d’apprentissage difficile peut parfaitement se justifier si elle prépare un rebond. Elle devient beaucoup plus problématique si le pilote passe douze mois à apprendre une moto et des pneus qui disparaîtront à la fin de la saison, avant de découvrir une 850 elle-même insuffisamment compétitive.

Razgatlioglu préfère donc retenir ce qu’il a appris plutôt que son classement britannique. « Pour moi, c’est une mauvaise course, mais je me concentre sur ce que j’ai appris ce week-end. » La prochaine étape, Aragon, sera intéressante à ce titre. Le Turc y possède de solides références en Superbike, mais il s’attend lui-même à souffrir avec la MotoGP et les Michelin.

Et c’est finalement le paradoxe de son année. Toprak Razgatlioglu marque désormais quelques points, mais le classement donne une image plus encourageante que le chronomètre. Trois 15e places en quatre courses peuvent suggérer une progression. Silverstone raconte plutôt celle d’un immense champion de Superbike découvrant que changer de catégorie ne consiste pas seulement à apprendre une nouvelle moto : il lui faut en partie désapprendre ce qui l’a rendu exceptionnel. C’est probablement là que se jouera la réussite de son pari MotoGP.

Toprak Razgatlioglu, Silverstone MotoGP 2026.