Comment rendre le MotoGP plus international lorsque l’Espagne produit une part disproportionnée des meilleurs pilotes ? Selon Simon Patterson de The Race, les équipes de Moto2 et Moto3 recevraient actuellement une prime de 30 000 euros lorsqu’elles recrutent un pilote non espagnol. Une incitation qui répond à un véritable problème commercial pour le championnat, mais qui soulève une question autrement plus délicate : jusqu’où peut-on favoriser la diversité des nationalités sans commencer à brouiller la sélection sportive ?
En 2027, neuf des 22 pilotes MotoGP devraient être espagnols. Ajoutez six Italiens et près de 70 % de la grille proviendra de seulement deux pays. Pour un championnat du monde qui cherche à développer son audience sur tous les continents, la concentration est spectaculaire. Mais le problème du MotoGP est particulièrement délicat : les Espagnols ne sont pas là parce qu’un règlement les favorise. Ils sont là parce qu’ils gagnent.
Une prime de 30 000 euros pour les non-Espagnols ?
C’est ici qu’intervient une information rapportée par Simon Patterson dans le podcast de The Race. « On m’a dit ce week-end que les équipes reçoivent une prime à la signature de 30 000 euros de la part de Dorna pour l’embauche d’un pilote Moto2 ou Moto3 non espagnol afin d’essayer de régler ce problème. »
À défaut de confirmation officielle du promoteur, cette somme doit être considérée avec prudence. Mais le principe décrit est révélateur. Plutôt que d’intervenir directement sur la composition de la grille MotoGP, le promoteur chercherait à agir beaucoup plus tôt dans la pyramide. Non pas en interdisant de recruter des Espagnols, mais en rendant financièrement plus attractif le recrutement d’autres nationalités.
Parce que le « problème » commence bien avant le MotoGP. La situation actuelle des catégories intermédiaires explique cette stratégie. Les quatre premiers du Moto3 sont espagnols. Sept pilotes parmi les douze premiers du Moto2 le sont également. Autrement dit, attendre que les pilotes arrivent aux portes du MotoGP est déjà trop tard.
Patterson cite l’exemple inverse de l’Asia Talent Cup. Le travail effectué pendant des années pour identifier et former des pilotes asiatiques a notamment contribué à créer une filière capable d’amener un Ai Ogura jusqu’au plus haut niveau.
Et c’est exactement ce que souhaite reproduire le MotoGP ailleurs. « Je ne veux pas un paddock avec le pilote le plus rapide de chaque pays », précise Patterson, « je veux un paddock avec les pilotes les plus rapides du monde, qui se trouvent simplement venir de différents pays. » Toute la difficulté est contenue dans cette phrase.
Le cas Gonzalez-Agius rend la question beaucoup plus sensible. Car cette politique intervient au moment où une décision du marché 2027 a déjà suscité des interrogations. Manuel Gonzalez n’a pas obtenu de place en MotoGP alors que son coéquipier australien Senna Agius rejoindra Tech3. Cela ne prouve évidemment pas que la nationalité a décidé du choix de KTM.
Les constructeurs évaluent également l’âge, le potentiel, le style de pilotage, les qualités techniques, les perspectives de progression et leurs propres stratégies. Mais l’existence rapportée d’une incitation financière fondée sur la nationalité suffit inévitablement à nourrir la question.

À performances comparables, la nationalité peut-elle devenir un critère de sélection en MotoGP ?
C’est le terrain sur lequel le MotoGP devra être extrêmement transparent. Car sanctionner indirectement l’Espagne serait également une curieuse manière de traiter le problème. Si elle fournit autant de pilotes rapides, c’est aussi parce qu’elle possède depuis des années l’un des écosystèmes les plus performants au monde : championnats nationaux, circuits, structures de formation, sponsors et culture sportive. Le MotoGP récolte aujourd’hui les conséquences de cette réussite.
Holgado et Guevara devraient encore rejoindre la catégorie reine en 2027, tandis que le départ de Maverick Viñales et la retraite d’Alex Rins empêcheront malgré tout le contingent espagnol d’augmenter davantage.
Parallèlement, Toprak Razgatlioglu apporte la Turquie, Diogo Moreira le Brésil et David Alonso la Colombie, alors que le départ de Brad Binder vers le WorldSBK fera disparaître l’Afrique du Sud de la grille.
Diversifier le MotoGP sans fabriquer artificiellement la diversité
Des quotas nationaux constitueraient une réponse radicale. Rien n’indique cependant qu’une telle solution soit envisagée. Et pour cause : elle poserait immédiatement la question de savoir si un pilote mieux classé doit perdre une place simplement parce que son passeport est déjà trop représenté.
L’approche par la formation est beaucoup plus défendable : faire émerger davantage de pilotes compétitifs dans davantage de pays plutôt que limiter ceux que produit l’Espagne. C’est d’ailleurs probablement là que se trouve la frontière. Le MotoGP a parfaitement intérêt à ce que ses futurs champions viennent du Brésil, de Turquie, d’Australie, du Japon, des États-Unis ou d’ailleurs. Mais il doit également pouvoir garantir qu’une fois arrivés au même niveau de la pyramide, ils sont jugés d’abord sur leur talent.
Les neuf Espagnols annoncés pour 2027 ne constituent donc peut-être pas le véritable problème. Ils sont plutôt le symptôme d’une réalité : l’Espagne a construit une machine à fabriquer des pilotes que le reste du monde n’a pas encore réussi à égaler. Le défi du MotoGP n’est pas de ralentir cette machine. C’est d’en construire d’autres.
Cette politique d’incitation soulève de vives discussions dans le paddock concernant la méritocratie des sélections, alors même que les filières espagnoles continuent de surdominer les résultats.









