Depuis le rachat du MotoGP par Liberty Media, une question folle revient sans cesse : vu que l’entité américaine possède la F1 et les Grands Prix motos, serait-il possible d’assister à un GP commun, où, pendant le même week-end, nous pourrions voir Marquez et Hamilton rouler ? Aussi fou que cela puisse paraître, c’est envisageable.
Le MotoGP et la F1, deux mondes qui partagent beaucoup
L’idée d’un GP de F1 et de MotoGP organisé le même jour au même endroit me plaît. C’est une proposition de rupture, mais qui fait sens que vous le vouliez ou non. Voyez-vous, ces deux disciplines ont toujours été liées. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, voitures et motos sont cousines, et cela se transpose tout à fait dans le monde du sport. Avant même que la Formule 1 et le Championnat du monde des Grands Prix motos n’existent (depuis 1950 et 1949, respectivement), les univers étaient déjà partagés. Il était fréquent que des champions sur quatre roues s’illustrent aussi sur deux ; je pense à Hermann Paul Müller ou à Achille Varzi avant la Seconde Guerre mondiale.

Et cela s’est poursuivi après le conflit. John Surtees est connu pour avoir été champion du monde dans les deux catégories, mais certains pourraient carrément dire que Mike Hailwood était un aussi bon pilote automobile, alors que la réputation de « Mike the bike » n’était déjà plus à faire sur deux roues. Valentino Rossi a bien failli passer en F1 au milieu des années 2000 et Michael Schumacher, après sa première retraite fin 2006, s’était mis en tête de devenir pilote Superbike au niveau national. De nos jours, les héros de l’une des disciplines sont fans de l’autre. Norris a eu Rossi comme idole, Hamilton a même roulé la YZR-M1, tandis que Quartararo a essayé le simulateur Mercedes en Angleterre et que Bezzecchi a passé ses dernières vacances avec Andrea Kimi Antonelli. Les ponts existent, et ont toujours existé.
Du coup, avant de rentrer dans les détails de l’organisation, cette idée me paraît pertinente. D’ailleurs, elle a déjà été réalisée par le passé ! Laissez-moi vous partager cette anecdote.
Un rendez-vous unique
En plus de 75 ans d’existence, il y a déjà eu des tentatives de rapprochement. Je ne parle pas de l’affaire Bernie Ecclestone au début des années 1990 – le businessman avait tenté de racheter les droits des GP motos –, mais bien d’un Grand Prix commun, organisé le même jour, sur le même circuit !
Pour cela, il faut remonter en 1964, et faire un tour à Stuttgart. Non loin de la ville industrielle se trouve un circuit oublié, mais qui, un temps, avait une place importante dans le monde des sports mécaniques : Solitude. Pour information, je suis déjà allé voir ce qu’il en restait ; cliquez ici pour retrouver cette exploration à travers les âges.
Solitude avait l’habitude d’accueillir un Grand Prix de Formule 1 qui ne comptait pas au Championnat du monde. À l’époque, en moto comme en voiture, ces courses hors championnat étaient monnaie courante. En 1964, la FIM et son équivalent automobile réussirent l’exploit de monter un événement commun : le même jour, allait se disputer le Grand Prix d’Allemagne de l’Ouest motocycliste, qui, lui, comptait pour le championnat, et le Grand Prix de Solitude avec les meilleurs pilotes de F1 du moment. En résulta un événement hors du temps, où, dans les paddocks, il était possible de croiser Jim Clark, puis Jim Redman, Graham Hill, et Mike Hailwood ! D’ailleurs, ce dernier a réalisé l’impossible en ce jour. Il a gagné en 500cc, puis est monté dans sa Lotus-BRM et s’est classé neuvième en Formule 1. Qui, aujourd’hui, refuserait de voir un tel week-end avec Charles Leclerc, qui féliciterait Marc Marquez à la descente de sa Desmosedici ?

Une réalisation compliquée
Remettons les pieds sur terre. Bien sûr, j’adorerais que ça se fasse, mais ça serait extrêmement compliqué logistiquement. Il faudrait un circuit déjà partagé par les deux disciplines, et, qui plus est, assez grand pour accueillir les deux paddocks. Quiconque s’est déjà rendu sur un Grand Prix sait à quel point la place prise par les motorhomes, camions support et autres installations est importante. Imaginez que c’est décuplé pour la Formule 1. À l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup de choix : Barcelone, Losail, le Red Bull Ring, Silverstone ou Austin. Je rajoute Portimao (éligible dans les deux cas), ainsi que Sepang, employé cette année pour le Grand Prix de… Bahreïn en F1 – cliquez ici pour en savoir plus. La liste est mince.
De plus, et c’est le principal facteur bloquant, il faudrait pouvoir également accueillir les paddocks Moto2 et Moto3 dans le cadre du MotoGP. La Formule 2, qui partage certains week-ends uniquement avec sa grande sœur, serait bien entendu proscrite à cette occasion, tout comme les autres courses support. Pour rappel, nous avons déjà vu des Grands Prix motos sans catégories inférieures ; rappelez-vous Laguna Seca, ce tourniquet californien qui n’avait pas la place pour recevoir tout le monde. Jusqu’en 2013, seules les MotoGP s’y rendaient. Mais bon, c’était un autre temps.
Pour que ça soit réaliste, il faudrait ne pas organiser de Sprint en Formule 1 – comme c’est le cas sur beaucoup de manches –, mais aussi et surtout en MotoGP. Ça ferait trop. C’est contraire à l’époque, d’accord, mais un Sprint a déjà été manqué depuis l’instauration du format court en 2023. Il s’agissait de celui planifié le dimanche à Phillip Island en 2023, exceptionnellement annulé à cause des conditions météo. Le Grand Prix avait eu lieu le samedi, et Johann Zarco s’était imposé pour la première fois en catégorie reine. Là encore, si on veut, c’est possible.
Reste à déterminer la pertinence sportive de l’événement. Si on arrive à supprimer le Sprint MotoGP et qu’on n’invite pas la Formule 2, ce méga-Grand Prix pourrait-il compter au championnat pour les deux disciplines ? Eh bien, oui. Je crois qu’à cette époque, il est peu probable d’avoir un GP hors championnat, ça appartient au passé. Aujourd’hui, faire courir ces machines coûte extrêmement cher, donc il faut que ça compte. J’ai regardé les horaires d’un week-end normal en F1, et ça pourrait passer en resserrant un peu. La seule interrogation concernerait les Moto2 et les Moto3, mais, hormis cela, ça paraît possible.
Conclusion
Même si j’adore l’histoire, je combats tous les jours le conservatisme borné. J’aime voir mon sport préféré évoluer, et si, en plus, il peut y avoir quelques références à son glorieux passé, c’est encore mieux. Exemple, j’avais adoré le Grand Prix de Grande-Bretagne 2024, où chaque équipe devait arborer une ancienne livrée sur les motos actuelles. C’était une initiative osée, mais réussie. C’est un peu similaire dans ce cas précis, mais à une tout autre échelle. En tout cas, ça reste historiquement pertinent et nul doute que cela se déroulerait à guichets fermés malgré ce que certains réfractaires trouveraient à redire.
Que pensez-vous de cette idée et de sa faisabilité ? Dites-le-moi en commentaires !

Photo de couverture : Instagram Quartararo









