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Publié le 7 septembre 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP, Paolo Simoncelli attaque la stratégie du championnat : « Même avec des toilettes séparées, sur le Titanic, à la fin, tout le monde a coulé »

Paolo Simoncelli n’est pas seulement le patron de la SIC58. C’est avant tout un passionné. Et ce qu’il voit en ce moment le révolte.

Paolo Simoncelli

À force de vouloir faire du MotoGP une Formule 1 sur deux roues, le championnat est-il en train d’oublier l’un de ses principaux atouts ? Paolo Simoncelli le pense. Le patron de SIC58 Squadra Corse dénonce la marginalisation progressive du Moto2 et du Moto3, moins visibles médiatiquement et financièrement. Derrière sa colère apparaît une question beaucoup plus large : pourquoi concentrer presque toute la valeur commerciale sur 40 minutes de MotoGP lorsque trois championnats du monde constituent ensemble le spectacle d’un week-end ?

Paolo Simoncelli appartient peut-être, comme il le dit lui-même, à une génération de « vieux boomers ». Cela ne signifie pas nécessairement que sa question appartient au passé. De retour d’Aragon, le fondateur de SIC58 Squadra Corse a livré une longue réflexion sur l’évolution du Championnat du monde. Et sa cible n’est pas le MotoGP lui-même. C’est la volonté de tout construire autour de lui.

« Pourquoi s’acharner à gâcher un spectacle si pur dans sa simplicité, à le fragmenter, à le raconter en deux, comme si l’on ne voulait vendre au public qu’une partie de ce qui se passe ? »

Simoncelli refuse que Moto2 et Moto3 deviennent des figurants

Son premier reproche concerne la manière dont l’histoire du championnat est désormais racontée.

Nieto, Pons ou Biaggi ont construit une partie de leur légende dans les anciennes petites et moyennes cylindrées. Pourtant, Simoncelli observe aujourd’hui une tendance consistant à présenter la catégorie reine comme le seul véritable étalon de la réussite.

« On veut présenter ce sport aux enfants en leur faisant croire que seul ce qui se passe en catégorie reine compte vraiment. »

Le problème dépasse la symbolique. Moins une catégorie possède de valeur médiatique, moins ses pilotes, ses équipes et ses sponsors en possèdent également. Et Simoncelli estime que le phénomène est déjà visible.

« La Moto2 et la Moto3 semblent devenir un peu plus invisibles chaque saison. Moins d’attention, moins de présence sur les réseaux sociaux, moins d’histoires racontées. »

Même les images télévisées sont dans son viseur

Aragon lui en aurait fourni un exemple particulièrement frustrant. Simoncelli affirme que la réalisation de la course Moto3 s’est longtemps concentrée sur les quatre pilotes de tête alors que, quelques secondes derrière, un groupe beaucoup plus important se livrait une bataille spectaculaire. Or, une bataille qui n’est pas montrée n’existe pratiquement pas pour le public. Et un pilote rarement montré devient plus difficile à identifier, à raconter et donc à valoriser auprès des spectateurs comme des partenaires.

Pour un patron d’équipe Moto3, la question est évidemment essentielle. Simoncelli réclame d’ailleurs davantage de soutien financier pour les structures Moto2 et Moto3 afin de leur permettre de développer le spectacle que le championnat souhaite ensuite vendre.

Paolo Simoncelli

Vouloir les chiffres de la F1… en ne vendant que le MotoGP ?

Le MotoGP assume désormais une stratégie d’expansion internationale et cherche naturellement à augmenter son audience. Mais Simoncelli s’interroge sur la méthode. « Je me demande comment on peut prétendre atteindre les chiffres de la Formule 1 en se contentant de parler d’une seule course de MotoGP de quarante minutes. »

Car contrairement à la F1, un Grand Prix moto propose trois championnats du monde au cours du même week-end. Moto3, Moto2 puis MotoGP constituent une progression sportive immédiatement compréhensible, avec leurs propres pilotes, rivalités et histoires.

Ce que Simoncelli considère comme une richesse risque donc paradoxalement d’être traité comme un encombrement.

Simoncelli : « Bientôt, il y aura des toilettes séparées. Comme la première et la troisième classe du Titanic »

Un pilote Moto3 possède moins de puissance, moins de notoriété et moins de revenus qu’une superstar du MotoGP. Pas un asphalte différent. « Quand on coupe les gaz, quand on freine et quand on aborde un virage à 150 km/h, l’asphalte est le même pour tout le monde. »

Simoncelli observe pourtant un paddock dans lequel les catégories semblent de plus en plus séparées. Et il termine sur GPOne avec une image féroce : « Bientôt, il y aura des toilettes séparées. Comme la première et la troisième classe du Titanic. »

Avant d’asséner : « Et nous espérons seulement que quelqu’un se souvienne que sur le Titanic, à la fin, tout le monde a coulé. »

Derrière la provocation se trouve une vraie question pour l’avenir du championnat : pour faire grandir le MotoGP, faut-il transformer Moto2 et Moto3 en antichambres toujours plus discrètes, ou au contraire comprendre qu’elles constituent un spectacle que la Formule 1 serait bien incapable de proposer ?

Paolo simoncelli