Moto GP
Publié le 7 septembre 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP, Ducati change de stratégie avec Marc Marquez : « Il a toujours un problème »

Claudio Domenicali, le PDG de Ducati, est clair : Marquez a "toujours" un problème en raison de ses blessures au bras et à l'épaule droits.

Marc Marquez

De 102 points de retard après sept Grands Prix à seulement 19 après Aragon : Marc Marquez a réalisé un retour spectaculaire dans la course au titre MotoGP 2026. Mais Ducati ne se fait aucune illusion sur son état physique. Claudio Domenicali reconnaît qu’une partie des séquelles de son bras droit reste « très difficile à soigner » et préconise désormais une véritable gestion de l’effort pendant les week-ends. Pour battre Jorge Martin et Marco Bezzecchi, Marquez devra donc apprendre à gagner un championnat autrement : en choisissant aussi les moments où ne pas forcer.

Il y a trois mois, Claudio Domenicali considérait pratiquement le championnat comme perdu. Aujourd’hui, le patron de Ducati envisage une bataille pouvant aller jusqu’à Valence. Entre les deux, Marc Marquez a repris 83 points sur la tête du championnat.

Après sept manches, l’Espagnol accusait 102 longueurs de retard. Au sortir d’Aragon, où il a raflé les 37 points du Sprint et du Grand Prix, il n’en compte plus que 19 sur Jorge Martin. Martin mène avec 256 points devant Marquez, 237, et Marco Bezzecchi, 232. Trois hommes en 24 points.

Mais Ducati sait désormais que son pilote ne pourra probablement pas disputer cette bataille comme n’importe quel autre prétendant.

Ducati à Marquez : économise-toi le vendredi

Claudio Domenicali ne cherche d’ailleurs plus à minimiser la situation physique de son pilote. « Il a toujours un problème. Il en a récupéré une partie, mais une autre partie est très difficile à soigner. »

La conséquence est intéressante : Ducati réfléchit désormais non seulement à la performance de Marquez, mais à la manière dont il doit répartir son potentiel physique sur les trois jours d’un Grand Prix. « Il doit essayer de moins forcer vendredi afin de préserver ses forces pour samedi et dimanche », explique Domenicali à La Gazzetta dello Sport. Une recommandation presque contre nature pour Marquez. Mais peut-être indispensable.

Car Silverstone a montré ce qui se produit lorsque son épaule droite atteint sa limite. Après le Grand Prix de Grande-Bretagne, Marquez avait confié dans le box Ducati qu’il n’avait pratiquement plus de contrôle sur son bras. Aragon a montré l’autre visage de la situation.

Aragon était précisément le week-end qu’il ne fallait pas manquer

MotorLand sollicite moins son épaule droite et possède de nombreux virages à gauche, historiquement favorables à Marquez. Il devait donc capitaliser. Il l’a fait parfaitement : victoire dans le Sprint, victoire dimanche et 37 points récupérés.

C’est probablement ainsi qu’il faut désormais lire sa campagne 2026. Marquez ne peut plus nécessairement chercher à dominer partout. Il doit maximiser les circuits favorables et limiter les dégâts ailleurs.

Domenicali lui-même reconnaît que le scénario a radicalement changé. « Il y a trois mois, ce championnat du monde semblait irrémédiablement perdu. Aujourd’hui, la situation est très différente, et je dirais que le championnat est encore très ouvert. »

Ducati refuse néanmoins d’endosser le costume de favori. « Nous sommes en retard au classement, donc nous ne sommes pas les favoris. » Jorge Martin conserve effectivement l’avantage comptable. Et surtout, l’Aprilia a démontré depuis le début de la saison qu’elle pouvait être compétitive sur une très grande variété de circuits. Bezzecchi est également revenu à seulement cinq points de Marquez.

Marc Marquez

Le paradoxe Marc Marquez

Marquez a remporté quatre des six derniers Grands Prix. Lorsqu’il dispose physiquement d’une fenêtre favorable, il reste probablement le pilote le plus difficile à battre du plateau. Mais ses mauvais week-ends coûtent cher.

Assen et Silverstone l’ont notamment vu terminer septième, alors que Martin a construit son leadership précisément sur sa capacité à transformer ses journées difficiles en résultats encore rémunérateurs.

La question n’est donc plus seulement de savoir si Marquez est suffisamment rapide pour être champion. Aragon a largement répondu à celle-là. Il s’agit maintenant de savoir combien de fois son corps lui permettra d’exploiter cette vitesse.

Les sept opérations subies au bras et à l’épaule droits ont laissé des séquelles qui ne disparaîtront pas simplement parce que le championnat entre dans sa dernière ligne droite. Davide Tardozzi l’avait d’ailleurs reconnu après Aragon : le calendrier médical imaginant Marquez revenu à 100 % en septembre était trop optimiste. Domenicali va désormais plus loin : certaines limitations pourraient être très difficiles à récupérer.

Ducati doit gagner le championnat avec le Marquez d’aujourd’hui

Ducati ne semble plus attendre le retour hypothétique d’un Marc Marquez physiquement intact. Elle doit construire sa stratégie autour de celui qui existe aujourd’hui. Un pilote encore capable de gagner deux courses dans le même week-end, mais qui doit préserver son bras le vendredi. Un pilote dévastateur sur certains tracés et beaucoup plus vulnérable sur d’autres.

« Le plus important, c’est qu’on se bat pour le titre », résume Domenicali. Et il n’exclut désormais plus que cette bataille se poursuive jusqu’à Valence. À 19 points de Martin et avec Bezzecchi cinq unités derrière lui, Marquez n’a effectivement plus besoin d’un miracle. Il lui faut quelque chose de probablement plus difficile pour lui : apprendre à gérer ses limites aussi bien qu’il sait exploiter ses forces.

Marc Marquez