Moto GP
Publié le 11 septembre 2026 • 23:35 par André Lecondé

MotoGP, Fabio Quartararo dresse un constat terrible sur Yamaha : « Notre M1 ressemble à une moto d’il y a quatre ans »

Fabio Quartararo estime que Yamaha a raté la révolution technologique du MotoGP : sa M1 lui paraît désormais avoir quatre ans de retard.

À quelques mois de quitter Yamaha pour Honda, Fabio Quartararo livre l’un de ses diagnostics les plus sévères sur la chute du constructeur japonais. Pour le champion du monde 2021, Yamaha n’a pas seulement perdu du terrain sur Ducati et Aprilia : la marque n’a pas réussi à suivre la transformation technologique du MotoGP. Aérodynamisme, électronique, puissance… au point que sa M1 lui paraît appartenir visuellement à une autre époque.

Fabio Quartararo a connu les deux visages de Yamaha. Celui qui lui permettait de devenir champion du monde en 2021 et vice-champion en 2022. Et celui qui se retrouve désormais relégué derrière les constructeurs européens.

À l’heure de préparer son départ vers Honda, le Français pose un diagnostic qui dépasse largement les traditionnelles critiques concernant le moteur de la M1. Selon lui, Yamaha a tout simplement raté une partie de la révolution technologique du MotoGP.

Fabio Quartararo : « Nous ne nous sommes pas adaptés »

Interrogé sur Motorbike mag sur la vitesse avec laquelle la catégorie s’est transformée, Quartararo ne cherche pas d’excuse. « Il y a eu un changement énorme, notamment au niveau de la technologie et de l’aérodynamisme. » Pris séparément, certains progrès peuvent sembler minuscules. Additionnés, ils créent pourtant un gouffre.

« Ce sont peut-être de petits changements, mais quand il y en a dix, le résultat final est très significatif. Et je pense que nous ne nous sommes pas adaptés à cela. »

Quartararo ne reproche plus seulement à Yamaha d’avoir produit une moto insuffisamment rapide. Il considère que la marque n’a pas suivi assez rapidement l’évolution même de la discipline.

Fabio Quartararo : « Regardez notre moto »

Le Français utilise alors sur Motorsport une comparaison particulièrement brutale. « Même sur le plan esthétique, regardez notre moto : elle ressemble à une moto d’il y a quatre ans. » Puis il observe la concurrence.

« Regardez n’importe quelle MotoGP maintenant : elles ressemblent à des fusées ou à des chars d’assaut avec tout leur aérodynamisme. »

La caricature traduit une réalité technique. Ducati a largement contribué à accélérer la course aux dispositifs et à l’aérodynamique. Aprilia a également poussé très loin le développement de cette dernière, notamment sous l’impulsion de Fabiano Sterlacchini.

Yamaha a progressivement donné l’impression de courir derrière cette évolution plutôt que de la provoquer.

Fabio Quartararo

Le manque de puissance bloque aussi l’aérodynamique

Le problème devient alors circulaire. Ajouter de l’appui aérodynamique n’est pas gratuit : chaque solution entraîne des compromis, notamment en matière de traînée. Or Yamaha traîne depuis plusieurs saisons son déficit de puissance.

« Nous ne pouvons pas le faire non plus, car nous n’avons pas la puissance nécessaire », souligne Quartararo. Il ne suffit donc pas de copier une aile aperçue sur une Ducati ou une Aprilia.

Pour exploiter une architecture aérodynamique agressive, il faut disposer d’un ensemble moteur, électronique, châssis et aérodynamique capable d’en absorber les conséquences. C’est précisément ce retard global que décrit Quartararo.

Le V4 n’a pas suffi à rattraper les années perdues

Le passage au V4 devait symboliser la rupture avec l’ancienne philosophie Yamaha. Mais changer d’architecture moteur ne pouvait pas effacer instantanément plusieurs saisons de retard. Et c’est probablement le constat le plus sévère dressé par Quartararo : Yamaha a fini par accepter qu’il fallait changer, mais après que ses adversaires avaient déjà déplacé les frontières.

Cette situation explique aussi pourquoi les rumeurs entourant Fabiano Sterlacchini prennent autant de relief. L’actuel cerveau technique d’Aprilia est précisément associé à cette capacité à exploiter l’aérodynamique et à penser la moto comme un ensemble. Son éventuelle arrivée chez Yamaha reste toutefois à confirmer.

Quartararo quittera donc Yamaha après avoir vécu une trajectoire presque complète de l’ère moderne du MotoGP : champion lorsque la finesse de la M1 pouvait encore compenser ses faiblesses, puis progressivement dépassé lorsque la discipline est devenue une guerre technologique totale. Sa critique tient finalement en une image : les autres construisent désormais des « fusées » et des « chars d’assaut ». Yamaha, selon lui, ressemble encore à la moto d’il y a quatre ans.

Fabio Quartararo