Pedro Acosta ne se contente plus d’être le meilleur pilote KTM. Ses propres ingénieurs peinent à expliquer certaines de ses performances. Pit Beirer a révélé que l’architecture actuelle du moteur de la RC16 pénalise sa capacité à tourner, au point que KTM modifiera la position du vilebrequin et du pignon de sortie sur sa 850 cc de 2027. Pourtant, Acosta parvient déjà à contourner cette faiblesse. Les données le montrent. Reste un problème étonnant : KTM ne comprend pas encore précisément comment il fait.
Pedro Acosta a terminé troisième à Misano. Une nouvelle performance qui pourrait presque sembler ordinaire tant l’Espagnol a pris l’habitude de porter KTM à bout de bras. Les écarts racontent pourtant autre chose.
Enea Bastianini a terminé huitième à 18,5 secondes. Brad Binder, onzième, à plus de 20 secondes. Au championnat, Acosta occupe la cinquième place tandis que Bastianini, deuxième meilleur représentant KTM, pointe au douzième rang avec 117 points de retard. Mais une révélation de Pit Beirer permet désormais d’aller plus loin que les résultats.
KTM sait pourquoi sa moto tourne mal
Le développement de la nouvelle 850 cc destinée à 2027 offre à KTM la possibilité de corriger certains choix fondamentaux impossibles à modifier facilement sur la RC16 actuelle. Parmi eux figurent notamment la position du vilebrequin et celle du pignon de sortie de boîte.
Selon les explications données par Beirer à Adam Wheeler, leur implantation actuelle impose des contraintes géométriques qui pénalisent le comportement de la moto en virage. « Cela nous gêne pour tourner. Il faudrait que ce soit ailleurs pour que la moto tourne un peu mieux », a expliqué le patron de KTM. Autrement dit, les ingénieurs ont identifié une limite structurelle. Et la future 850 doit permettre de la corriger. Seulement voilà : Pedro Acosta semble déjà avoir trouvé une solution.
« Ils ne comprennent pas comment Acosta s’y prend »
David Emmett a rapporté dans le podcast Paddock Pass l’élément le plus étonnant de la conversation avec Beirer. KTM analyse évidemment les données de son pilote. Les ingénieurs voient comment la RC16 se comporte et constatent qu’Acosta réussit à la faire tourner malgré cette contrainte.
Mais ils ne parviennent pas complètement à expliquer le mécanisme qui lui permet d’y parvenir. « Pedro y arrive, et ils analysent ses données. Ils constatent qu’il y parvient, mais ils ne comprennent pas comment il s’y prend. »
C’est une phrase considérable venant d’un constructeur. Il ne s’agit pas d’un mystérieux dixième trouvé dans un secteur. Acosta semble être capable de compenser par son pilotage une caractéristique de la moto que KTM considère suffisamment importante pour modifier l’architecture de sa prochaine machine.

Acosta ne masque-t-il pas aussi les problèmes de KTM ?
C’est là que sa domination interne devient presque embarrassante pour son employeur. Lorsqu’un pilote est systématiquement devant ses équipiers, il devient tentant de considérer sa performance comme représentative du potentiel de la moto.
Avec Acosta, ce raisonnement devient dangereux. Son podium de Misano a certes bénéficié de la chute de Marco Bezzecchi et des difficultés physiques de Jorge Martin. Mais encore fallait-il être là pour en profiter. « Il est toujours là, et il est le seul à piloter une KTM », résume Emmett.
La formule est sévère, mais les écarts lui donnent du poids. Déjà en 2025, Acosta avait terminé quatrième du championnat avec plus de 150 points d’avance sur Brad Binder. Le phénomène se poursuit en 2026.
Le compliment devient un problème pour KTM
Acosta lui-même avait qualifié de « triste » l’ampleur de son avantage sur les autres pilotes de la marque. Car être capable de contourner les défauts d’une moto possède un revers : plus le pilote compense, plus il devient difficile de mesurer ce que la machine lui coûte réellement.
C’est aussi pourquoi Acosta réclame davantage à Binder et Bastianini. Il a besoin de références capables de pousser la RC16 suffisamment loin pour confirmer ses propres diagnostics et accélérer le développement.
KTM prépare une nouvelle moto destinée, entre autres, à résoudre un problème qu’Acosta réussit déjà à contourner. Ses ingénieurs savent où se trouve la faiblesse de leur RC16. Ils savent également que leur pilote la surmonte. Ce qu’ils cherchent encore à comprendre, c’est comment. En matière de compliment pour un pilote, il est difficile d’aller beaucoup plus loin.









