Pourquoi quitter Yamaha pour Honda alors que les deux géants japonais occupent actuellement le fond du classement ? Fabio Quartararo assume un pari qui ne repose pas sur la hiérarchie actuelle du MotoGP. Le Français estime que le départ de Marc Marquez a provoqué une réaction profonde chez Honda et que la révolution technique de 2027 peut rebattre les cartes. Au point de préférer ce projet à la recherche d’une Ducati.
À regarder simplement le classement 2026, le choix de Fabio Quartararo peut paraître étrange. Il quittera Yamaha, dernier du championnat constructeurs, pour rejoindre Honda, avant-dernier. Il ne passe donc pas d’une moto en difficulté à une machine qui gagne. Il quitte un constructeur japonais en reconstruction pour un autre constructeur japonais en reconstruction.
Mais c’est précisément parce que Quartararo ne raisonne pas sur la hiérarchie actuelle qu’il assume son choix.
Pourquoi pas Ducati ? Parce que Quartararo regarde 2027
Avant de prolonger avec Yamaha en 2024, le champion du monde 2021 avait déjà eu la possibilité de rejoindre une Ducati satellite. Cette fois, Ducati a notamment concentré son attention sur Pedro Acosta.
Mais Quartararo assure que son objectif était ailleurs. « Honda traverse depuis plusieurs années une période où elle souhaite renouer avec la victoire. Elle investit toutes ses ressources pour faire son retour. »
Surtout, 2027 remettra une grande partie des certitudes actuelles en question : moteurs de 850 cc, aérodynamique réduite, disparition des dispositifs de correction d’assiette et arrivée de Pirelli à la place de Michelin. Pour Quartararo, cette rupture constitue une opportunité. « Avec le changement de réglementation, les nouvelles motos et les nouveaux pneus, je pense que Honda peut créer la surprise et produire une moto très compétitive. » Voilà le cœur de son pari. Quartararo n’a pas choisi la Honda actuelle. Il a choisi celle qu’il pense possible en 2027.
Le départ de Marquez aurait réveillé Honda
Le Français situe même un moment précis dans la transformation du HRC : le départ de Marc Marquez fin 2023. Après des années de difficultés, l’Espagnol avait préféré rompre avec Honda et rejoindre Gresini afin de retrouver une Ducati compétitive.
Pour Quartararo, cette rupture a forcé Honda à regarder la situation autrement. « Honda a perdu son meilleur pilote, et à ce moment-là, ils ont compris ce que Marc demandait. » Son diagnostic est sévère : Honda n’avait pas été suffisamment « agressive » dans sa réaction technique.
Mais il considère sur Motorsport.com que l’attitude du constructeur a depuis changé. « Ils ont réalisé qu’ils devaient adopter une approche beaucoup plus offensive. » Et Quartararo estime qu’« au cours des deux dernières années, Honda a fait un grand pas en avant ».

Quartararo ne promet pourtant aucune victoire
C’est ce qui rend son discours intéressant : sa confiance dans le projet ne devient pas une promesse de résultat immédiat. Le Français refuse déjà d’annoncer qu’il pourra gagner dès son premier Grand Prix avec Honda. « Ce ne serait pas juste. »
Il pourrait évidemment découvrir pendant les essais une moto immédiatement adaptée à son pilotage. Mais il envisage aussi de devoir poursuivre son apprentissage durant les premières courses.
D’autant qu’il arrivera avec un handicap : Yamaha ne l’a pas retenu pour les essais Pirelli et il ne devrait donc pas découvrir les nouveaux pneumatiques avant Valence, sauf changement des dispositions actuelles. Nouvelle moto, nouvelle équipe, nouveau moteur et nouveaux pneus : le chantier sera considérable.
Un pari industriel plutôt qu’un choix de confort
Quartararo résume lui-même la situation : « Ce n’est pas parce que je passe chez Honda que la moto sera soudainement la meilleure. » C’est justement ce qui distingue son choix d’une recherche de résultat immédiat.
En rejoignant une Ducati, l’objectif aurait été d’accéder à une architecture déjà gagnante. Chez Honda, Quartararo parie davantage sur la capacité d’un constructeur immense à profiter d’une rupture réglementaire pour revenir au sommet. C’est plus risqué. Mais potentiellement plus rémunérateur sportivement si son analyse est correcte.
Marc Marquez avait quitté Honda parce qu’il ne voulait plus attendre son réveil. Trois ans plus tard, Fabio Quartararo fera exactement le pari inverse : rejoindre le HRC parce qu’il pense que ce réveil a enfin commencé. Il ne sait pas encore si la Honda 2027 lui permettra de gagner. Mais il sait pourquoi il l’a choisie : lorsque toutes les motos devront pratiquement repartir d’une feuille blanche, il préfère miser sur la réaction d’un géant blessé plutôt que courir après la référence d’hier.









