Marc Marquez ne gagne plus comme autrefois. Pour Carlo Pernat, c’est précisément ce qui le rend encore plus redoutable : le pilote Ducati ne cherche plus constamment la limite au risque de tomber, il gère désormais suffisamment bien ses courses pour que ses adversaires commettent les erreurs à sa place. À Misano, Marco Bezzecchi vient d’en offrir une illustration cruelle.
Carlo Pernat n’a plus besoin de chercher beaucoup de raisons pour lever son verre de Prosecco. « Levons toujours nos verres à Marquez ! », lance-t-il sur GPOne après une nouvelle démonstration du pilote Ducati à Misano.
Mais derrière la formule se cache une analyse plus intéressante que le simple hommage au nouveau leader du championnat. Pour Pernat, le Marquez de 2026 est devenu plus dangereux précisément parce qu’il n’est plus celui d’autrefois.
Carlo Pernat : « Aujourd’hui, il ne chute plus, il gère »
« S’il était encore le Marquez d’il y a quatre ou cinq ans, je dirais que personne ne pouvait le battre, vu sa façon de piloter, même s’il chutait de temps en temps », explique Pernat. Les blessures ont depuis imposé une transformation. « Aujourd’hui, il a aussi fait évoluer son style : il ne chute plus, il gère la situation. »
Une évolution que Claudio Domenicali vient lui aussi de souligner. Le patron de Ducati estime que Marquez ne peut physiquement plus multiplier les chutes et les prises de risques qui caractérisaient ses années Honda.
Mais son talent n’a pas disparu. Il s’exprime autrement. Et Pernat va jusqu’à formuler un paradoxe assez savoureux : « Il parvient toujours à surmonter les difficultés. Et il les surmonte si bien que, d’une certaine manière, il fait chuter ses adversaires. Non pas qu’il les pousse à bout, évidemment. »
Bezzecchi est-il tombé dans le piège ?
Il ne s’agit évidemment pas d’accuser Marquez de provoquer directement les chutes de ses adversaires. Pernat parle de pression. Et Misano lui fournit un exemple presque parfait. Marco Bezzecchi avait probablement les moyens de gagner. Poleman avec son spectaculaire 1’29”982, deuxième du Sprint, l’Italien avait également pris les commandes du Grand Prix.
Puis il est tombé dès le premier tour. « Bezzecchi devrait se calmer », juge Pernat. « Il avait besoin de se calmer un instant. » Jorge Martin avait lui aussi la vitesse nécessaire pour inquiéter Marquez. Il l’a même dépassé avant que ses problèmes à l’avant-bras ne le fassent progressivement reculer jusqu’à la cinquième place.
Résultat : Aprilia possédait peut-être la moto permettant de battre Ducati à Misano, mais Marquez est reparti avec 37 points sur 37.

Pernat reste pourtant optimiste pour Aprilia
Car l’Italien ne considère surtout pas Misano comme une défaite technique de Noale. « Bezzecchi aurait pu gagner. Martin aurait pu gagner. » Son diagnostic est donc plutôt rassurant pour Aprilia : « La moto est prête. »
Pernat estime même que la carcasse Michelin attendue lors des prochaines manches pourrait mieux convenir à la RS-GP qu’à la Ducati, un élément susceptible de peser dans la dernière partie du championnat. Aprilia n’aurait donc pas besoin d’un miracle technique. Elle doit surtout convertir son potentiel en résultats.
« Marquez est un Martien »
Pernat rejette également les soupçons entourant Alex Marquez après sa deuxième place derrière son frère. « Tout le monde dit : “Oui, mais il fait attention à son frère, il ne le dépasse pas.” Absurde ! Alex a essayé de le dépasser, mais Marc l’a devancé. Il ne peut pas, et il le sait parfaitement. »
Et l’ancien manager revient finalement à son constat initial : « Marquez est un Martien. Même avec l’âge, même après tous ses problèmes, il gère les courses d’une manière que les autres ne peuvent pas. »
C’est peut-être là que réside le changement le plus inquiétant pour Jorge Martin et Marco Bezzecchi. Pendant ses grandes années Honda, Marc Marquez cherchait tellement la limite qu’il pouvait parfois être son propre adversaire. À 33 ans, son corps l’a obligé à abandonner cette méthode. Et si Pernat a raison, le problème pour ses rivaux est qu’il l’a remplacée par quelque chose de plus efficace encore : désormais, Marquez attend aussi que les autres commettent les erreurs à sa place.
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