Jorge Martin peut parler de chronos, de pneus ou de championnat. Mais lorsqu’on l’éloigne du bruit du MotoGP apparaît un homme beaucoup moins connu. Le pilote Aprilia lit la Bible, s’interroge sur Jésus, reconnaît avoir « beaucoup de peurs » et explique pourquoi son impulsivité ne signifie plus prendre tous les risques. Une introspection inhabituelle chez celui qui joue actuellement le titre mondial.
Il existe un Jorge Martin que montrent les écrans : casque fermé, corps projeté vers l’avant, prêt à jouer quelques centimètres au freinage pour gagner une position. Et puis il y en a manifestement un autre.
Un homme de 28 ans qui s’intéresse à Rome et à la Grèce, qui s’interroge sur l’histoire, ouvre la Bible pour comprendre pourquoi Jésus a autant marqué le monde et réfléchit à ses propres peurs. Les deux sont pourtant le même homme.
Jorge Martin : « Pourquoi Jésus est-il si important pour le monde ? »
Martin raconte avoir voulu lire la Bible depuis longtemps. Pas à la suite d’une révélation spectaculaire, encore moins d’une quelconque vocation religieuse. Sa démarche est d’abord celle d’un homme curieux. « J’aime beaucoup l’histoire en général, un peu celle de Rome, de la Grèce, ce qui s’est passé dans le passé. »
Une question l’a alors conduit plus loin : « Pourquoi Jésus a-t-il eu un tel impact sur nos vies, pourquoi notre calendrier, pourquoi tout cela ? » Martin a commencé à lire. Et ce qui ressemblait initialement à une interrogation historique a progressivement pris une dimension plus personnelle.
Il explique désormais prier quotidiennement. Non pour demander. Pour remercier. « Rendre grâce pour tout ce qui m’arrive », dit-il, mais également réfléchir et « visualiser » ce qu’il souhaite pour les personnes qui l’entourent. Sa foi, ou plus exactement la spiritualité qu’il décrit, semble ainsi participer à une recherche plus large : comprendre ce qui lui arrive plutôt que simplement le subir.
Un pilote MotoGP qui reconnaît avoir peur
Martin démonte aussi sur Moto.it l’une des images les plus persistantes du pilote de vitesse : celle d’un homme qui n’aurait pas peur. « Au fond, je crois qu’on a tous peur. » Et il va plus loin. « Parfois, les gens pensent que nous, les jeunes pilotes qui réussissons, n’avons pas peur, mais pour moi, c’est tout le contraire : nous avons beaucoup de peurs. »
Il ne cherche pourtant pas à les éliminer. Il veut les identifier et les accepter. « Le seul moyen de faire disparaître une peur, c’est de l’accepter. » Étrange paradoxe pour un métier consistant précisément à dépasser des limites que la plupart des êtres humains n’approcheront jamais. Martin ne présente plus le courage comme l’absence de peur. Il le décrit presque comme la capacité à savoir qu’elle existe.

Jorge Martin : « Je suis impulsif, mais pas stupide »
Puis arrive cette phrase qui pourrait résumer son évolution : « Je suis impulsif, mais je ne suis pas stupide. » Martin ne nie rien de son tempérament. Il reconnaît cette impulsivité qui l’a parfois caractérisé, mais refuse qu’elle soit confondue avec l’inconscience.
Ses blessures lui ont appris à établir une frontière. « Je suis très conscient des risques que je suis prêt à prendre. » Il faut parfois prendre des risques pour gagner, reconnaît-il. Mais lorsque la probabilité de tomber devient supérieure à celle d’obtenir la position recherchée, son calcul change. Alors il accepte de renoncer. Pas par peur. Par lucidité.
Peut-être est-ce aussi ainsi que l’on gagne un championnat
Martin donne même une définition presque mathématique de sa philosophie actuelle. S’il peut terminer deuxième plutôt que troisième, il tentera de terminer deuxième. Quatrième plutôt que cinquième, il cherchera la quatrième place.
Mais s’il faut probablement tomber pour aller chercher la troisième, il acceptera ce qu’il possède déjà. Cette réflexion prend une résonance particulière en 2026. Martin se retrouve aujourd’hui à égalité avec Marc Marquez en tête du championnat. Dans une saison où chaque abandon peut désormais peser considérablement, savoir renoncer à quelques points pour ne pas en perdre vingt peut devenir une qualité aussi importante que la vitesse.
Mais réduire cet entretien au championnat serait justement passer à côté de l’essentiel. Jorge Martin ne raconte pas comment il a vaincu ses peurs, trouvé Dieu ou cessé d’être impulsif. Il raconte quelque chose de beaucoup plus humain : il a commencé à se poser des questions. Sur Jésus, sur lui-même, sur ce qui lui fait peur et sur les risques qu’il accepte encore de prendre. Et derrière le pilote qui cherche toujours à aller plus vite apparaît alors un homme qui semble surtout avoir appris qu’avancer ne signifie pas nécessairement foncer.









