F1
Publié le 21 septembre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Briatore ressort l’album Panini Renault : Wheatley, dernière vignette du puzzle Alpine ?

Jonathan Wheatley aperçu chez Alpine : Briatore prépare-t-il un nouveau recrutement ou recycle-t-il encore la grande époque Renault ?

Chez Alpine, l’avenir semble décidément avoir un sérieux parfum de passé. Après Steve Nielsen, Jason Somerville et Mike Elliott, Flavio Briatore pourrait-il ajouter Jonathan Wheatley à sa collection d’anciens visages d’Enstone ? La question agite le paddock depuis que le Britannique a été aperçu dans l’espace d’hospitalité de l’écurie française. Une simple visite amicale, assure-t-on. Mais en Formule 1, un dirigeant libre qui entre dans le motorhome d’une équipe en pleine reconstruction provoque rarement une indifférence générale. Surtout lorsque cette équipe est dirigée par Briatore, grand amateur de coups politiques, de recrutements spectaculaires et de retours soigneusement emballés comme des idées neuves. Wheatley serait-il la pièce manquante du puzzle Alpine ? Ou assistons-nous seulement à une nouvelle réunion des anciens élèves de Renault, café compris et contrat facultatif ?

 Alpine rappelle les anciens pour préparer demain.

Une visite amicale qui tombe un peu trop bien

La version la plus sage veut que Jonathan Wheatley soit simplement venu saluer Steve Nielsen, son ancien collègue et ami. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps et ont partagé une partie de leur carrière au sein de la structure Benetton-Renault.

Rien d’anormal, donc, à voir Wheatley franchir la porte de l’espace VIP d’Alpine. Les responsables de la F1 circulent régulièrement entre les motorhomes, discutent, déjeunent et entretiennent leurs relations professionnelles.

Mais le contexte transforme cette visite anodine en carburant premium pour les rumeurs. Wheatley est actuellement disponible. Alpine restructure sa direction. Briatore recrute des cadres expérimentés à un rythme soutenu. Et l’écurie ne possède toujours pas de team principal traditionnel clairement installé au sommet de son organigramme.

Autrement dit, il suffit d’ajouter les ingrédients, de remuer légèrement et la rumeur est prête à servir.

Pour l’heure, aucun accord avec Wheatley n’a été annoncé et rien ne démontre que sa présence chez Alpine dépassait le cadre d’une visite amicale. Mais la coïncidence est suffisamment savoureuse pour que le paddock commence déjà à dresser la table.

Wheatley, un CV taillé pour remettre de l’ordre

Jonathan Wheatley n’est pas un dirigeant choisi pour décorer un organigramme. Le Britannique a commencé sa carrière comme mécanicien chez Benetton au début des années 1990 avant de devenir chef mécanicien, d’abord sous cette appellation puis chez Renault.

Il a donc connu Enstone bien avant que le bleu Alpine ne recouvre les anciennes couleurs. Il faisait partie de la structure lorsque Renault a retrouvé les sommets au milieu des années 2000.

Wheatley a ensuite rejoint Red Bull en 2006, où il est devenu l’un des piliers de l’organisation sportive. Responsable des opérations en piste, des arrêts aux stands et des relations avec la FIA, il a participé aux différentes périodes de domination de l’écurie autrichienne.

Son profil réunit précisément ce qui manque souvent à Alpine : continuité, autorité, maîtrise opérationnelle et connaissance intime du fonctionnement d’une équipe gagnante. Il comprend les règlements, sait structurer un garage et possède l’expérience nécessaire pour transformer une collection de talents en organisation cohérente.

Après près de vingt ans chez Red Bull, il avait été recruté pour devenir le premier team principal du projet Audi. L’expérience a pourtant tourné court : Wheatley a quitté son poste en mars 2026 pour des « raisons personnelles », à peine un an après son arrivée. Mattia Binotto a alors repris ses responsabilités.

Audi avait reconnu avoir été surpris par ce départ. Binotto avait également expliqué que Wheatley ne pouvait pas s’engager à long terme, tandis que plusieurs médias l’envoyaient déjà chez Aston Martin. Six mois plus tard, le Britannique n’a toujours pas repris de fonction officielle. Le voir apparaître chez Alpine ne pouvait donc qu’allumer les gyrophares du marché des transferts.

Alpine transforme Enstone en réunion d’anciens combattants

La présence de Wheatley prend encore davantage de relief lorsqu’on observe les derniers recrutements réalisés par Briatore. Depuis son retour, l’Italien semble avoir ouvert les archives de l’usine d’Enstone afin de retrouver tous ceux qui savent encore où sont rangées les clés.

Steve Nielsen a été nommé directeur général avec pour mission de superviser quotidiennement l’écurie. Il connaît parfaitement Briatore et la maison puisqu’il occupait déjà des responsabilités sportives durant les titres mondiaux de Renault en 2005 et 2006. Son recrutement devait permettre de stabiliser une structure devenue championne des changements de direction. Lorsque Nielsen a été nommé, Alpine sortait d’une période au cours de laquelle cinq patrons s’étaient succédé en quatre ans. Il devait assurer la gestion quotidienne tandis que Briatore conservait la responsabilité générale du projet

Jason Somerville a également retrouvé Enstone en 2026 comme directeur technique adjoint. Ancien de Renault et de Lotus Renault, il revenait après plusieurs années passées au sein des départements techniques de la FIA et de la Formule 1. Il travaille désormais sous les ordres de David Sanchez.

Dernier retour marquant : celui de Mike Elliott. L’ancien directeur technique de Mercedes, passé auparavant par McLaren et Renault, vient d’être nommé directeur technique en chef. Il doit prendre la tête des opérations techniques et d’ingénierie à Enstone après avoir contribué aux années de domination de Mercedes.

Avec Briatore, Nielsen, Somerville et Elliott, Alpine ne reconstruit plus seulement une équipe : elle organise presque un jubilé Renault avec badge d’accès permanent.

La nostalgie ne fait pas gagner une Formule 1

Cette politique de recrutement possède une logique évidente. Alpine a besoin d’expérience après plusieurs saisons d’instabilité, de luttes internes et de décisions contradictoires. Ramener des responsables connaissant Enstone peut accélérer la reconstruction et restaurer une culture de travail plus claire. Ces hommes savent comment fonctionne l’usine, comprennent son histoire et ont déjà évolué dans des structures capables de gagner. Ils ne découvrent ni les exigences de la Formule 1 ni la pression d’un constructeur.

Mais le risque existe également de confondre expérience et nostalgie. Le Renault qui remportait les championnats avec Fernando Alonso appartenait à une autre époque : budgets différents, règlements différents, outils différents et organisation beaucoup moins complexe. Reconstituer une partie de l’équipe de 2005 ne fera pas automatiquement apparaître une voiture championne en 2027. La Formule 1 ne propose malheureusement pas de bouton « restaurer la dernière version stable ».

Briatore doit donc démontrer que ces retours répondent à une architecture moderne et non au simple réflexe de rappeler les numéros enregistrés dans son ancien téléphone.

Quel poste pour Wheatley ?

Si Alpine souhaitait réellement recruter Jonathan Wheatley, la première difficulté serait de lui trouver une place sans transformer l’organigramme en embouteillage.

Briatore conserve la direction générale du projet. Steve Nielsen gère les activités quotidiennes. David Sanchez supervise le département technique, désormais renforcé par Mike Elliott et Jason Somerville.

Wheatley pourrait néanmoins occuper une fonction de team principal plus traditionnelle, devenir directeur sportif ou prendre la responsabilité des opérations en piste. Son expérience chez Red Bull et son passage à la tête d’Audi lui donnent la légitimité nécessaire pour superviser l’ensemble de la structure. ll pourrait surtout servir de pont entre Briatore, souvent présent mais pas officiellement installé comme team principal classique, et les différents responsables opérationnels d’Enstone. Ce rôle aurait du sens. Mais il faudrait définir clairement les responsabilités de chacun. Alpine a déjà trop souffert des directions partagées, des titres ambitieux et des lignes hiérarchiques qui se croisent comme des trajectoires au premier virage.

Recruter Wheatley pour lui donner un véritable pouvoir serait un coup majeur. Le recruter pour ajouter une chaise autour d’une table déjà bien remplie ne ferait qu’épaissir le brouillard.

Briatore veut reconstruire vite, très vite

Depuis son retour chez Alpine en 2024, Flavio Briatore ne cache pas ses objectifs. Il voulait replacer l’écurie sur le chemin des victoires en 2026 avant de viser le titre en 2027. L’Italien demandait même qu’on le laisse « rêver » lorsqu’il exposait ses ambitions. La stratégie s’est accompagnée de décisions radicales. Alpine a abandonné son moteur Renault pour devenir cliente de Mercedes, mettant fin à son statut de constructeur complet. Briatore a également repris les responsabilités laissées vacantes après la démission d’Oliver Oakes en mai 2025.

Depuis, le chantier ne cesse de s’étendre. L’écurie recrute, redistribue les responsabilités et tente de retrouver la stabilité qui lui manque depuis des années.

L’éventuelle arrivée de Wheatley s’inscrirait parfaitement dans cette stratégie : confier les postes clés à des dirigeants chevronnés, capables de produire rapidement des résultats et suffisamment solides pour résister aux inévitables turbulences du management Briatore.

Un signe intéressant, pas encore un recrutement

À ce stade, la prudence reste indispensable. Wheatley a été aperçu chez Alpine, mais une visite n’est ni une signature ni une promesse d’embauche. Son passage pourrait réellement n’avoir été qu’une rencontre amicale avec Steve Nielsen.

Il a d’ailleurs déjà été envoyé chez Aston Martin quelques mois auparavant. Après son départ d’Audi, plusieurs médias le présentaient comme le futur remplaçant d’Adrian Newey à la tête de l’écurie britannique. Lawrence Stroll avait dû réaffirmer publiquement sa confiance envers Newey, sans confirmer la moindre négociation avec Wheatley. La même prudence s’impose donc aujourd’hui avec Alpine. Mais contrairement à certaines rumeurs fabriquées uniquement sur la proximité géographique de deux personnes, celle-ci possède une réelle cohérence.

Wheatley connaît Briatore, Nielsen et Enstone. Il est disponible. Alpine continue de renforcer son encadrement. Et son expertise opérationnelle compléterait assez bien les recrutements techniques déjà réalisés. Ce n’est pas une preuve, mais ce n’est pas non plus une idée complètement sortie du chapeau.

La dernière pièce ou une vignette en double ?

Jonathan Wheatley pourrait constituer une prise remarquable pour Alpine. Son expérience des titres, sa connaissance du règlement et son autorité offriraient à l’écurie une stabilité dont elle a cruellement besoin.

Mais Briatore devra éviter de transformer cette reconstruction en collection de souvenirs. Les anciens de Renault possèdent une immense expérience ; ils ne disposent pas pour autant d’une machine à remonter le temps capable de restituer automatiquement les titres de 2005 et 2006.

La question n’est donc pas de savoir si Wheatley connaît la recette du succès. Son parcours prouve largement que oui. Il s’agit plutôt de déterminer si Alpine possède enfin les bons ingrédients, une cuisine correctement organisée et suffisamment de patience pour laisser le plat prendre.

Pour l’instant, Wheatley n’est que la dernière vignette aperçue entre les doigts de Briatore. Reste à savoir si l’Italien la collera dans son album Alpine… ou s’il s’agit encore d’un double échangé discrètement dans le paddock.