Williams rêvait de profiter du grand chambardement réglementaire de 2026 pour retrouver les avant-postes. Elle a surtout réussi à construire une monoplace capable de porter ses ambitions… au sens littéral. Neuvième du championnat avec seulement 11 points, l’écurie de Grove traîne une FW48 trop lourde, délicate à développer et déjà sacrifiée sur l’autel de 2027.
Williams : la révolution technique a surtout alourdi l’addition.
Nico Rosberg ne s’est pas embarrassé d’un emballage diplomatique. Pour le champion du monde 2016, la saison de Williams constitue un véritable « choc ». L’Allemand, qui a débuté sa carrière en F1 dans cette équipe, pointe directement le travail effectué pendant l’hiver : une volonté d’innover, un projet particulièrement ambitieux et, au bout de la chaîne de production, une voiture arrivée en retard et lestée de plusieurs kilos superflus.
« Williams a complètement raté son hiver », estime Rosberg.
Selon lui, les ingénieurs ont tenté de prendre de nouvelles directions dans la conception du châssis, mais l’audace s’est retournée contre eux. En Formule 1, l’innovation est formidable lorsqu’elle allège le chronomètre ; lorsqu’elle alourdit la voiture, elle devient vite une très coûteuse expérience scientifique.
Dix kilos, trois dixièmes et une saison dans le décor
Rosberg évalue la surcharge à environ dix kilos. Cela représenterait près de trois dixièmes de seconde perdus par tour, une éternité dans un peloton où quelques centièmes peuvent séparer plusieurs voitures. À ce niveau, le surpoids ne pénalise pas seulement la vitesse pure : il complique la gestion des pneus, les freinages, les changements de direction et limite la possibilité d’utiliser du lest pour optimiser l’équilibre.
« Dix kilos supplémentaires, ce sont trois dixièmes au tour. C’est énorme », résume-t-il.
Le problème devient encore plus gênant lorsque l’on considère que Williams dispose du moteur Mercedes, présenté comme la meilleure unité de puissance du plateau. Autrement dit, le groupe propulseur souffle fort, mais le châssis lui demande de déménager l’armoire normande en même temps
L’équipe a bien introduit une évolution importante à Miami, sans parvenir à rejoindre durablement la lutte pour les points. Carlos Sainz en a inscrit six et Alex Albon cinq. Avec un tel total, Williams occupe la neuvième place du championnat constructeurs, loin des progrès qui avaient laissé espérer une installation régulière dans le milieu de grille.
Le Grand Prix d’Espagne a parfaitement résumé cette spirale : Albon et Sainz se sont qualifiés aux 16e et 17e positions, avant que l’Espagnol ne recule au fond de la grille à la suite d’une pénalité. Albon a terminé quinzième, tandis que Sainz a abandonné après 43 tours en raison de dommages sur le fond plat.
Deux nouveaux châssis pour retirer le boulet
James Vowles ne nie pas l’ampleur du problème. Le patron de Williams a reconnu que l’écurie n’avait pas apporté suffisamment de performance depuis trop longtemps et qu’elle avait reculé face à des adversaires continuant, eux, de développer leurs voitures.
Deux nouveaux châssis doivent apparaître à Bakou afin de ramener la masse de la FW48 sous la limite réglementaire. Des évolutions aérodynamiques les accompagneront, avec l’espoir de récupérer une partie du temps abandonné depuis le début de saison. Mais Vowles refroidit déjà les attentes : même si ce package représente un progrès, il ne devrait pas suffire pour marquer régulièrement des points.
La raison est aussi simple que cruelle : pendant que Williams tente de réparer son hiver, le reste du peloton ne l’a pas attendue. Une évolution majeure au mois de septembre peut donc seulement combler une partie d’un retard vieux de plusieurs mois.
L’essentiel des ressources a désormais été réorienté vers 2027. Vowles assume ce compromis et admet que les conséquences des erreurs hivernales ne pourront pas être entièrement corrigées cette année. Le chantier est immense pour un directeur d’écurie que Rosberg continue pourtant d’estimer :
« C’est une période difficile pour James Vowles. Il doit maintenant traverser cette crise et remettre l’équipe dans une dynamique positive. »
Williams avait volontairement interrompu très tôt le développement de sa monoplace 2025 pour prendre de l’avance sur la nouvelle réglementation. Le résultat rend l’échec encore plus piquant : partie avant les autres, l’écurie est arrivée en retard, a manqué le roulage privé de Barcelone et s’est présentée avec une voiture trop lourde.
Rosberg a donc raison sur le diagnostic, mais les dix kilos ne racontent pas toute l’histoire. Le retard aérodynamique, les difficultés de production et l’absence prolongée d’évolutions ont également creusé l’écart. Retirer du poids rendra la FW48 plus rapide ; cela ne la transformera pas soudainement en candidate au podium.
À Grove, le régime est enfin commencé. Reste à savoir si Williams perdra seulement ses kilos superflus… ou une nouvelle année de reconstruction.










