Moto GP
Publié le 5 novembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Liberty Media doit se pencher là-dessus, et tout de suite

Liberty Media est noyé sous le travail depuis qu’ils sont en place, mais ce chantier devrait devenir prioritaire. Voici ce qu’il faut savoir.

Liberty Media

Liberty Media a beaucoup de travail en ce moment. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne chôment pas : le sport n’a déjà plus grand-chose à voir avec ce que l’on connaissait en 2022 – une saison terminée le 6 novembre, je n’en reviens toujours pas –. Depuis leur arrivée, il y a eu du bon, et aussi du moins bon, mais aujourd’hui, je désirais parler d’un sujet primordial qu’il ne faut plus esquiver : la réalisation.

 

Une incompréhension

 

Je vais débuter cet article par une question simple. Avez-vous un souvenir d’une bataille dans le peloton ? Personnellement, non. La réalisation internationale, c’est-à-dire, la vidéo envoyée par les équipes du MotoGP aux diffuseurs du monde entier – comme Canal + – se concentre presque exclusivement sur les trois premiers, et ce, à chaque course. Alors, ça pourrait être intéressant s’il se passait des choses intéressantes devant, c’est logique, la priorité doit être donnée aux leaders. Mais depuis 2024, disons, les batailles pour la tête qui excèdent les trois-quatre tours sont rarissimes, notamment à cause de l’aéro et des règles concernant les pressions pneumatiques. Il est maintenant très difficile de se suivre de près.

 

Liberty Media
Il est facile de filmer une course quand elle est animée devant… quand il ne se passe rien, c’est là que le challenge de Liberty Media commence. Photo : Michelin Motorsport

 

En 2026, c’est encore plus exacerbé. Alors que j’ai bonne mémoire, je ne me rappelle même pas d’avoir vu Fabio Quartararo à l’écran ! S’il vous plaît, éclairez-moi si je me trompe, mais j’ai honnêtement beaucoup de difficulté à ressortir une image de lui, et cela vaut aussi pour Alex Rins, Luca Marini, ou Brad Binder. Oui, ce ne sont pas les meilleurs, mais ce n’est pas une raison : la petite infographie sur la gauche de l’écran montre clairement qu’ils s’échangent souvent des positions, que ça a l’air de batailler sec derrière ! Bien sûr, les replays des accidents ne rentrent pas en compte dans mon calcul, vous m’avez compris.

C’est problématique, car ça donne l’impression que le MotoGP devient ennuyeux, vu que devant, il ne se passe rien. C’était encore le cas à Sepang, où, toute la course durant, nous n’avons pas lâché Marc Marquez, loin en tête, et le petit groupe Alex Marquez/Acosta derrière – qui n’était pas le plus animé –. La preuve, Enea Bastianini est passé cinquième dans l’avant-dernier virage, grâce à l’erreur de Marco Bezzecchi, et nous n’avons eu qu’un replay de l’action, sans Bastianini à l’écran ! C’est dingue qu’en 2026, avec toute la technologie à disposition, on puisse se passer de ce genre d’images.

 

Liberty Media en F1, un traitement différent

 

Je suis fasciné par ces questions, car c’est le paramètre le plus important pour nous, spectateurs. Il faut savoir que, comme pour un film, des équipes de production ont pour mission de retranscrire une vision, de rendre vivant le MotoGP. Quand on dit que c’est ennuyeux, c’est aussi et surtout à eux que s’adresse cette critique. Et c’est là que réside la plus grande différence, pour moi, entre la F1 et le MotoGP. Si vous suivez les deux séries, vous savez que la réalisation du championnat de monoplaces n’a rien à voir avec celle du MotoGP. Les courses sont deux fois plus longues, mais on s’ennuie moins, alors qu’intrinsèquement, la F1 est le sport qui est souvent catégorisé comme le plus barbant ! Certes, en F1, il y a souvent trop de plans sur d’illustres inconnus ou les compagnes des pilotes, mais, globalement, il n’y a pas match, d’après moi.

Du coup, j’ai fait quelques recherches sur les « réalisateurs » des deux championnats respectifs – le terme varie beaucoup selon les époques, mais vous avez compris. En MotoGP, il s’agissait, jusqu’en 2022, d’un espagnol qui répondait au nom de Sergi Sendra i Vives, présent dans l’équipe de production TV depuis 1992 ! Autant dire qu’il savait ce qu’il faisait. Mais un élément me choque particulièrement à la lecture de sa page LinkedIn, qui répertorie son glorieux parcours : désormais, il est à la fois Senior Director de tous les médias, mais aussi en charge de la « production TV, des contenus, du design, de la technologie onboard », et ce depuis 506 Grands Prix à l’époque de la dernière actualisation des informations. Et, depuis 2021, il occupe également un autre poste un poil nébuleux, celui de « Media Production Technology Senior Director ».

 

Liberty Media
Alors, je sais que la réalisation de la F1 est très critiquée également, mais personnellement, je la trouve tout de même meilleure que celle du MotoGP. Photo : Michelin Motorsport

 

Décidément, que de tâches pour un seul homme ! Comme si ça ne suffisait pas, c’est lui qui a réalisé pas mal de documentaires récents, comme Unlimited sur Marc Marquez, sorti en 2020, ou Inside Suzuki, The crowning moment en 2021 sur le titre de Joan Mir. Je n’aimerais pas être son agenda. Mais je peine à retrouver le nom de celui qui occupe le rôle de « réalisateur » actuel. Si j’en crois LinkedIn, son successeur à ce poste précis serait un autre espagnol du nom de Enrique Sierra Aguilar, également présent dans le circuit depuis 2007.

Côté F1, c’est beaucoup moins compliqué. Il y a un « Senior Broadcast Director », Thomas Bagby, depuis 2024, et un autre homme ô combien important, Phil Rorke. Son rôle ? Raconter une histoire à travers les images ; il est responsable de la narration d’une course. Et dans une interview pour L’Université de Greenwich, de laquelle il est diplômé, il résume : « Mes techniciens sont des musiciens, et je suis une sorte de chef d’orchestre ». Il désire raconter des histoires, parfois courtes, parfois longues, en comprenant parfaitement qu’il est le « lien » entre les pilotes et les spectateurs. C’est apparemment également l’un des nombreux rôles de Sergi Sendra de nos jours, mais c’est beaucoup moins identifié en MotoGP, au vu des nombreuses casquettes de l’Espagnol. J’ai le sentiment que le storytelling est plus important en F1 et c’est primordial, car il revêt un intérêt énorme quand il ne se passe rien en piste.

Donc, à énormes équipes techniques égales, je retrouve d’un côté, un homme présent depuis plus de 30 ans dans la sphère MotoGP, qui occupe tous les postes les plus importants en ce qui concerne l’exploitation des images live, et, de l’autre, deux hommes qui ont des tâches bien plus précises, et qui visent à raconter une histoire. Je ne dis pas que la F1 est un modèle du genre, car, bien entendu, toutes les personnes citées précédemment doivent rendre des comptes à ceux qui les emploient. Mais peut-être que Liberty Media devrait s’inspirer de ce « modèle F1 », à mon avis plus adapté aux sports mécaniques en 2026, car filmer la tête de course n’est plus suffisant à l’heure où les batailles manquent cruellement.

Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de cette question. Selon vous, Liberty Media devrait-il se pencher dessus ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Je n’ai pas cité tout le monde à la production, car, bien sûr, ils ne sont pas seuls et ont une équipe. Mais je désirais surtout comparer les visions et les dynamiques des deux sports. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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