Moto GP
Publié le 23 septembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Voici pourquoi le problème de Bagnaia n’est pas mental

On entend tout et n’importe quoi sur Pecco Bagnaia, notamment concernant son mental. Voici pourquoi ces thèses ne tiennent pas.

Bagnaia mental

C’est, de loin, la rengaine qui revient le plus souvent à l’évocation de Pecco Bagnaia. En me baladant sur les réseaux sociaux, je suis tombé sur un podcast où les intervenants affirmaient, une fois de plus, que le mental fragile de Bagnaia l’avait complètement fait dévisser durant la saison 2025, ce qui, non seulement, n’est basé sur aucun argument factuel, juste une supposition, et, deuxièmement, d’après moi, totalement faux. Vu que j’ai déjà évoqué ce sujet plusieurs fois, je souhaitais, aujourd’hui, traiter la question sous un angle totalement différent.

Ce papier sera destiné à ceux qui constatent, comme moi, que la descente aux enfers de Bagnaia n’a rien à voir avec son mental. Soyez libres d’utiliser les arguments présentés dans cet article lorsque vous tombez sur quelqu’un qui affirme, comme la majorité, que Pecco a succombé à la pression, notamment celle instillée par Marc Marquez. Il s’agira donc d’un condensé de faits et de questions auxquelles je vous invite d’ailleurs à répondre en commentaires.

 

Bagnaia mental
Si l’Aprilia 850cc lui convient, nul doute qu’il sera dans le coup. Et vu qu’aucun champion du monde récent n’a été aussi ridiculisé par la presse et les observateurs, je lui souhaite. Photo de couverture : Michelin Motorsport

 

1. Du jamais vu dans l’histoire

 

Je ne minimise pas l’impact du mental en sports mécaniques. Pecco Bagnaia a pu subir la pression de Marc Marquez, c’est vrai. Mais cela l’aurait-il condamné à terminer aux dernières positions sur certains GP, et à chuter à répétition ? Maintenant, petit challenge.

Trouvez-moi, dans l’histoire des Grands Prix motos, un cas similaire. Un pilote A, qui, en « mettant la pression », fait complètement déjouer le pilote B, jusqu’à ce que celui-ci tombe depuis la dernière place d’un GP. Que le pilote B ait perdu l’initiative dans le box, c’est possible (Pedrosa/Marquez, Doohan/Crivillé, Capirossi/Stoner, Lorenzo/Rossi, etc)… mais jusqu’à tomber de la 20e place comme en Indonésie en 2025 ? C’est du jamais vu. Un peu gros, n’est-ce pas ?

Je rappelle, à tout hasard, que Bagnaia est triple champion du monde, dont deux fois en MotoGP, et deux fois vice-champion en catégorie reine. En 2024, il perd la couronne en remportant 11 Grands Prix. Et on voudrait me faire croire qu’à cause de la pression subie par Marquez, il est tombé dans les tréfonds du classement en quelques mois seulement ? Ça serait une première.

 

2. L’analyse de Casey Stoner

 

Après tout, je ne suis qu’un rédacteur, comme d’autres ne sont que des commentateurs. Mais qu’en disent les pilotes ? Marquez, tout d’abord : « Si c’est « l’effet Marquez » ? Non, je ne pense pas. Pecco n’a pas oublié comment rouler sur une MotoGP. Oui, avoir un coéquipier rapide peut faire perdre un peu de confiance en soi, mais ça me fait mal de le voir comme ça ». Ensuite, comment ne pas évoquer le témoignage de Casey Stoner, qui est, je le rappelle, double champion du monde des Grands Prix, ancien consultant pour Ducati, et accessoirement dans le top 10 des plus grands de tous les temps : « Tout le monde a perdu la foi en Pecco, ils disaient qu’il ne faisait que se plaindre, que c’était la même moto qu’en 2024, blablabla. Mais de l’extérieur, je voyais que sa moto n’était pas la même. C’est un pilote très doux avec tous les composants et je voyais la moto faire des choses qu’elle ne devrait pas faire. Il n’a vraiment pas été gâté ». Mais, attendez, peut-être que Casey Stoner – vainqueur de Pedrosa, Lorenzo, Rossi, et j’en passe – ne sait pas ce qu’est la « pression mentale » subie par un pilote MotoGP !

 

Bagnaia mental
L’affaire du micro ouvert montre, à qui veut bien le voir, qu’il y a un problème entre Bagnaia et Ducati. Photo : Michelin Motorsport

 

3. La victoire au Japon en 2025, le bug dans la matrice

 

Venons-en au plus convaincant. Si l’on suit la logique de ceux qui défendent un craquage mental, Bagnaia aurait lentement dérivé vers le fond du classement, pour ne plus jamais remonter à la surface. Mais alors, comment explique, qu’au dernier tiers de la saison 2025, alors qu’il était déjà décroché, il s’est imposé au Japon en Sprint, en Grand Prix, et en qualifications, le tout après avoir remonté un prototype qui semblait se rapprocher de la Desmosedici GP24 en essais à Misano quinze jours avant ? Quelle folle coïncidence ! Donc, Bagnaia, en dépression, au fond du trou, a mystérieusement retrouvé la forme de sa vie en battant les frères Marquez et tous les autres concurrents quand il aurait testé la solution technique qu’il réclamait depuis le début de saison. Comment est-ce possible ? Le « craquage mental » était-il en pause, avait-il « piscine » pour reprendre une citation désormais célèbre ? Et, bizarrement, lors du Grand Prix suivant, alors que la presse demandait à Ducati de répondre de « l’affaire GP24 », Bagnaia est tombé depuis la dernière place ! Quel hasard !

Marquez est quand même fort, puisque même quand il n’est pas en piste – cf. les quatre derniers Grands Prix de la saison 2025 –, il applique quand même une pression telle que Bagnaia n’y arrive pas. C’est assurément l’apanage des super champions, qui arrivent à massacrer leurs coéquipiers même depuis leur lit d’hôpital.

Mais, alors, que dire de la saison 2026 ? Début 2026, Marquez était toujours supérieur, ça n’a pas changé. Mentalement, je pense que Bagnaia l’avait accepté, au bout d’un an. Et pourtant, Pecco s’est mis à enchaîner les podiums, en Sprint, puis en GP. Et, après trois semaines de vacances suite au rendez-vous batave, il n’a retrouvé aucune sensation à Silverstone. En un claquement de doigts, comme ça. Je vous demande simplement de m’expliquer ce changement brusque sous l’angle mental. Qu’a-t-il pu lui arriver pour que tout bascule, en quelques semaines ?

 

Conclusion – son problème n’a rien de mental

 

Donnez la GP24 à Bagnaia, et je suis sûr qu’il jouerait devant. D’après moi et Casey Stoner, ce problème est essentiellement technique, il ne s’accommode pas à la direction prise par Ducati début 2025, ce qui scellait également son destin pour 2026, vu que la firme de Borgo Panigale était très limitée par les concessions – en plus du moteur conservé pour deux ans. Il a pu tricoter sur certaines manches en montrant beaucoup de résilience, quand, justement, le matériel suivait (Japon 2025, début d’année 2026), mais il est parfois rattrapé par ce malaise, sans doute accentué, de ce qu’on a pu voir à Misano, par une confiance rompue entre lui et Ducati. Voici ma thèse.

Je ne vois pas en quoi le mental expliquerait une telle dérive. S’il avait perdu quelques places, un peu de confiance, d’accord. Mais à ce point et pour un aussi grand champion, la piste du craquage n’explique absolument rien. Là encore, au Red Bull Ring, il était plutôt rapide, car il est parvenu à mettre le doigt sur le bon réglage (septième le dimanche), ce qui rentre encore en contradiction totale avec la piste du craquage total.

Qu’avez-vous pensé de cette analyse ? N’hésitez pas à répondre à mes interrogations en commentaires !

 

On peut dire que son défaut, c’est de ne pas s’adapter à la machine. Mais ça, c’est un tout autre débat, qui n’a pas grand-chose à voir avec Marquez. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport