Et si l’un des arbitres involontaires du championnat MotoGP 2026 était Michelin ? Marco Melandri relève une corrélation spectaculaire : avec la carcasse arrière plus rigide, Aprilia aurait été particulièrement performante tandis que Ducati souffrait davantage ; avec le pneu standard utilisé sur une grande partie de la saison européenne, la Desmosedici avait retrouvé son efficacité. Le manufacturier français conteste cette interprétation et attribue l’avantage à la qualité de la RS-GP. Mais avec Martin, Marquez et Bezzecchi séparés par seulement 42 points et une carcasse rigide déjà programmée en Indonésie, le débat dépasse désormais largement la technique.
Marco Melandri vient de mettre un élément supplémentaire dans une lutte pour le titre qui n’en manquait déjà pas. Pour l’ancien pilote MotoGP, le championnat pourrait en partie se jouer sur une décision qui n’appartient ni à Jorge Martin, ni à Marc Marquez, ni à Marco Bezzecchi. Mais au choix des pneus Michelin.
« À ce stade, Michelin pourrait décider du championnat du monde. Ils le pourraient vraiment », lance-t-il dans Chiacchiere da Box. La formule est provocatrice. Son raisonnement mérite néanmoins d’être examiné.
Melandri voit une corrélation entre carcasse et hiérarchie
L’Italien a repris le déroulement de la saison. « Lors des trois premières courses, Michelin a fourni un pneu arrière rigide, les Aprilia dominaient, tandis que les Ducati se débrouillaient très mal. » Puis le championnat est arrivé en Europe. « Nous sommes revenus aux pneus standard… Ducati a recommencé à dominer. »
Et Spielberg aurait fourni le troisième élément de sa démonstration. Pour des raisons de sécurité liées aux contraintes particulières du Red Bull Ring, Michelin y avait apporté son arrière à carcasse renforcée. Résultat : Pedro Acosta gagne sur KTM, trois Aprilia terminent devant la première Ducati et Marc Marquez ne prend que la cinquième place.
Pour Melandri, la coïncidence devient difficile à ignorer : « En fonction de ce que Michelin va proposer, il semble que le résultat soit déjà joué d’avance. » Le raisonnement est séduisant. Mais il ne constitue pas encore une démonstration.
D’abord parce qu’une course MotoGP dépend d’une multitude de variables : tracé, température, adhérence, réglages, aérodynamique, électronique, état physique des pilotes et incidents techniques.
Marc Marquez a notamment souffert d’un problème de freinage en Autriche. Surtout, Marquez et Francesco Bagnaia ont eux-mêmes refusé d’expliquer les difficultés de Ducati à Spielberg par la seule carcasse Michelin.
Il existe donc bien une corrélation relevée par Melandri. Cependant, rien ne permet encore d’affirmer que Michelin en est la cause directe.

Michelin répond indirectement à Melandri : le véritable progrès vient d’Aprilia
Piero Taramasso avait déjà répondu à cette théorie lorsque le sujet était apparu plus tôt dans la saison. Pour le responsable de Michelin, la carcasse renforcée n’a rien d’une inconnue découverte en 2026. « Nous proposons la carcasse plus rigide depuis plusieurs saisons maintenant, donc tout le monde sait comment l’interpréter et travailler sur les réglages. »
Et son explication de la réussite d’Aprilia est beaucoup plus simple : « Actuellement, Aprilia propose vraiment un petit plus au niveau de la moto. »
Voilà les deux lectures. Pour Melandri, certains pneus modifient suffisamment le comportement des motos pour déplacer la hiérarchie. Pour Michelin, la hiérarchie révèle surtout quelles motos exploitent le mieux un matériel connu de tous.
Mandalika devient le véritable test
Il existe heureusement un rendez-vous qui permettra d’alimenter le débat. Le Grand Prix d’Indonésie est actuellement le prochain week-end où l’utilisation de la carcasse arrière renforcée est annoncée. Et cette fois, tout le monde saura quoi observer.
Si Aprilia y retrouve un avantage important tandis que Ducati recule à nouveau, Melandri disposera d’un élément supplémentaire pour défendre sa théorie. Si Ducati reste compétitive, Spielberg apparaîtra davantage comme le résultat d’un ensemble de circonstances propres au Red Bull Ring.
La Malaisie pourrait également devenir importante, mais l’utilisation de cette carcasse à Sepang n’est pas encore confirmée.
Un manufacturier unique ne signifie jamais un pneu neutre
C’est ce que cette polémique rappelle. Michelin fournit le même choix de pneus à tous les constructeurs. Cela garantit l’égalité d’accès au matériel. Cela ne signifie pas que toutes les motos réagissent de la même manière à ce matériel.
Une Aprilia, une Ducati ou une KTM peuvent exploiter différemment une même carcasse en fonction de leur géométrie, de leur électronique et de la manière dont elles sollicitent le pneu arrière. Et dans un championnat aussi serré, cette différence peut devenir considérable.
Melandri va peut-être trop loin lorsqu’il suggère que le résultat serait pratiquement déterminé par Michelin. Mais il pose une question que Mandalika permettra de tester : chaque fois que la carcasse renforcée apparaît, la hiérarchie Aprilia-Ducati change-t-elle réellement ?
Si la réponse commence à se répéter, la dernière saison de Michelin avant l’arrivée de Pirelli pourrait réserver une ironie spectaculaire : le manufacturier sortant se retrouverait au centre d’un championnat qu’il n’a évidemment aucune intention de décider.









