Le week-end de Monaco certainement consacré Kimi Antonelli. Mais il a aussi révélé autre chose : Isack Hadjar n’est plus seulement un espoir prometteur. Il est en train de devenir un personnage incontournable du paddock. Car derrière la lumière braquée sur le prodige italien, le Français de 21 ans a vécu l’un des week-ends les plus improbables de sa jeune carrière.
Tout avait pourtant commencé de la pire manière. Dès vendredi, sa Red Bull terminait dans le mur à la sortie de la Piscine, laissant les mécaniciens travailler dans l’urgence pour reconstruire une RB22 fortement endommagée avant la deuxième séance d’essais libres. À Monaco, où chaque tour compte davantage qu’ailleurs, perdre du temps en piste revient souvent à hypothéquer tout le week-end.
Hadjar l’a lui-même reconnu plus tard : « J’ai perdu toute confiance car je ne ressentais rien avec la voiture. » Autrement dit, le pire scénario possible dans les rues de la Principauté. Mais c’est précisément là que son week-end a commencé à changer.
Samedi, alors qu’il manquait encore de repères, il s’est hissé jusqu’en Q3 avant de signer une remarquable cinquième place sur la grille, devant plusieurs machines théoriquement plus compétitives. Certes, il n’était pas totalement satisfait de la préparation de son équipe et n’avait pas hésité à lâcher à la radio un cinglant : « La pire préparation de tous les temps ! »
Mais au regard de son vendredi catastrophique, le résultat relevait déjà de la petite performance. Le plus impressionnant restait pourtant à venir.
Dimanche, après seulement quelques tours de course, sa Red Bull s’est transformée en véritable casse-tête mécanique. Problèmes de groupe propulseur, perte de puissance, comportement imprévisible dans les premiers rapports : sur le circuit le plus exigeant du championnat, Hadjar se retrouvait avec une monoplace pratiquement ingérable. « Elle était tout simplement incontrôlable. À Monaco, on ne peut pas se permettre de ne pas utiliser la première ou la deuxième, et c’était précisément là le problème. »
Coincé entre les rails, constamment harcelé par Oscar Piastri, le Français a passé plus de cinquante tours à modifier ses réglages en roulant, suivant les instructions de ses ingénieurs tout en essayant de conserver sa position.

Hadjar : « Ce podium, je l’ai mérité sur la piste ; je me suis battu comme un lion »
Puis est arrivé le drapeau rouge, l’enquête de la FIA, l’incertitude et finalement le podium. Son premier avec Red Bull. Un résultat auquel lui-même ne croyait plus. « À un moment donné, j’ai vraiment cru que ce serait un week-end sans points. » La phrase résume parfaitement l’absurdité de son Grand Prix.
Mais ce podium raconte surtout autre chose. Il raconte la capacité d’un pilote à continuer de se battre lorsque tout semble tourner contre lui. Lorsqu’on lui a demandé de comparer ce podium à celui obtenu à Zandvoort, Hadjar a livré une réponse révélatrice : « Celui-là, je l’ai mérité sur la piste ; je me suis battu comme un lion. »
Et c’est probablement cette phrase qui résume le mieux le personnage. Car dans un paddock où l’on parle beaucoup d’Antonelli, de Verstappen ou encore de Norris, Hadjar construit progressivement sa propre réputation. Celle d’un pilote capable d’encaisser les coups sans perdre sa lucidité.
Cette réputation n’est d’ailleurs pas née à Monaco. Elle remonte à 2021, sur ce même circuit, lorsqu’un week-end exceptionnel en Formule Régionale avait attiré l’attention du Dr Helmut Marko et déclenché son intégration dans la filière Red Bull. Quatre ans plus tard, il revient au même endroit pour décrocher son premier podium avec l’équipe qui lui a ouvert les portes de la Formule 1.
L’histoire aurait déjà été belle ainsi. Mais Hadjar possède une autre particularité : il ne ressemble à personne. Quelques minutes après avoir décroché ce podium, alors que la plupart des pilotes célébraient avec leurs équipes ou répondaient aux médias, une photo publiée par Lewis Hamilton est devenue virale.
On y voit Hadjar en train de regarder le MotoGP sur son téléphone. Mieux encore, il avait réussi à entraîner Hamilton dans sa passion. Car pendant que le monde de la Formule 1 découvre son talent, Isack Hadjar continue de vivre au rythme des Grands Prix moto. Passionné revendiqué de MotoGP, proche de pilotes comme Jorge Martin ou Fabio Quartararo, il suit chaque course avec la même attention qu’un supporter.
Cette image a peut-être davantage marqué les réseaux sociaux que son podium lui-même. Parce qu’elle révèle une personnalité authentique dans un univers souvent très formaté. Monaco n’a donc pas seulement consacré Antonelli. Il a aussi rappelé qu’au sein de cette nouvelle génération, un autre pilote mérite qu’on s’intéresse sérieusement à lui.
Et jusqu’à présent, malgré l’immense défi consistant à exister dans l’ombre de Max Verstappen, Isack Hadjar est en train de réussir là où beaucoup se sont cassé les dents. Ce n’est peut-être encore qu’un podium. Mais cela ressemble de plus en plus au début d’une histoire beaucoup plus importante.































