En avril, Martin Brundle trouvait les critiques de Max Verstappen répétitives et l’invitait à accepter la nouvelle Formule 1 ou à la quitter. Après Silverstone et Spa, le consultant de Sky Sports réclame désormais l’abandon rapide du concept 2026. Ce n’est peut-être pas de l’hypocrisie. C’est encore plus embarrassant pour la FIA : même les donneurs de leçons ont fini par perdre patience.

Verstappen devait s’adapter, Brundle préfère désormais tout changer
Au printemps, Max Verstappen agaçait Martin Brundle. Le Néerlandais dénonçait régulièrement les nouvelles monoplaces, leur gestion permanente de l’énergie et une philosophie de course qu’il jugeait trop éloignée de la Formule 1 qu’il apprécie.
Le consultant britannique avait alors sorti le sifflet de l’arbitre moral :
« Soit tu pars, soit tu arrêtes d’en parler. »
Selon Brundle, les déclarations du quadruple champion commençaient à devenir « un peu lassantes » et les pilotes devaient simplement tirer le meilleur parti du règlement existant.
Trois mois plus tard, Brundle ne demande plus aux mécontents de s’adapter. Il demande pratiquement à la Formule 1 de changer de voiture.
La conversion aura donc été rapide. Il aura suffi de voir les machines de 2026 affronter Silverstone et Spa, deux circuits vaguement connus pour mettre en valeur la vitesse et le courage des pilotes.
Pendant le Grand Prix de Belgique, l’ancien pilote a reconnu avoir eu « un peu la larme à l’œil » en constatant que les nouvelles monoplaces avaient privé Silverstone puis Spa d’une partie de leur caractère. Selon lui, les virages rapides autrefois spectaculaires ne produisent plus les mêmes sensations, notamment à cause de la gestion énergétique imposée aux pilotes.
Brundle ne s’est pas contenté d’un soupir nostalgique. Il a estimé que le concept devait être corrigé dès 2027 et 2028, puis abandonné aussi rapidement que possible lorsque la prochaine génération de moteurs sera définie.
Autrement dit, Verstappen devait cesser de critiquer un règlement qu’il n’aimait pas. Brundle, lui, peut demander sa disparition lorsqu’il découvre finalement que le pilote avait peut-être identifié le problème avant le commentateur.
La hiérarchie est subtile : quand un champion du monde se plaint depuis son cockpit, il serait capricieux. Quand un consultant constate le même phénomène depuis la cabine de télévision, cela devient une analyse indispensable.
Spa a révélé ce que les simulations avaient soigneusement maquillé
La réglementation 2026 avait pourtant été présentée comme une révolution technologique : batterie beaucoup plus puissante, énergie récupérée au freinage presque doublée et partage proche de l’équilibre entre puissance thermique et électrique. Le MGU-K peut désormais fournir jusqu’à 350 kW, contre 120 kW auparavant.
Sur une brochure, l’ensemble paraît moderne, durable et terriblement intelligent.
Sur les longues accélérations de Spa, le tableau devient moins séduisant. Les pilotes doivent surveiller le déploiement de leur batterie, récupérer de l’énergie et parfois gérer leur puissance au lieu de simplement attaquer. La voiture la plus sophistiquée de l’histoire de la discipline peut ainsi donner l’impression de manquer de souffle précisément sur les circuits où une Formule 1 devrait respirer le plus fort. Silverstone et Spa n’ont donc pas abîmé le règlement. Ils ont simplement cessé de le protéger.
Sur des pistes exigeant de longues périodes à pleine charge, les compromis deviennent visibles : moins d’énergie disponible en fin de ligne droite, davantage de gestion et une conduite parfois dictée par l’état de la batterie plutôt que par la seule limite d’adhérence.
La FIA corrige déjà une révolution vieille de quelques mois
Le plus ironique est que Brundle ne réclame pas une intervention sur un système que la FIA défendrait encore bec et ongles. L’instance a déjà validé un rééquilibrage des groupes propulseurs pour 2027 et 2028.
La part électrique doit diminuer progressivement, tandis que la puissance du moteur thermique et le débit énergétique du carburant augmenteront. L’objectif annoncé est de permettre davantage de tours réellement effectués à fond et de réduire la gestion énergétique, après les critiques émises par plusieurs pilotes depuis le début de la saison.
Le règlement présenté comme l’avenir de la F1 aura donc nécessité des corrections importantes avant même d’avoir terminé sa première année.
Une performance remarquable : concevoir une nouvelle ère, la lancer, constater qu’elle fonctionne mal sur plusieurs circuits emblématiques, puis annoncer immédiatement comment elle sera modifiée. En matière de développement accéléré, la FIA reste décidément une référence.
Brundle est-il réellement hypocrite ?
La réponse la plus facile serait oui. En avril, il demandait à Verstappen d’arrêter de parler. En juillet, il reprend une partie de ses arguments et réclame une modification profonde du règlement. Mais le véritable problème dépasse la contradiction personnelle.
Brundle a parfaitement le droit de changer d’avis après avoir observé les voitures en conditions réelles. Reconnaître qu’un concept ne fonctionne pas est même préférable à continuer de le défendre uniquement pour sauver les apparences.
Sa volte-face montre toutefois combien les critiques formulées par les pilotes ont été balayées trop rapidement. Verstappen ne se plaignait pas simplement parce que sa monoplace lui déplaisait. Il décrivait une philosophie de course dont les limites sont désormais visibles jusque dans la retransmission télévisée.
Lorsque Brundle lui demandait de « faire avec », la F1 n’avait pas encore pleinement affronté Silverstone et Spa. Maintenant que les deux circuits ont exposé les faiblesses du système, le consultant ne souhaite plus que les pilotes s’adaptent : il souhaite que le règlement le fasse.
Le règlement 2026 a trouvé son meilleur opposant
Martin Brundle n’est donc peut-être pas un hypocrite. Il est devenu le symbole involontaire d’une réglementation capable de transformer ses observateurs les plus sévères en nouveaux contestataires. Max Verstappen avait été invité à choisir entre se taire et partir. Brundle vient de découvrir une troisième possibilité : critiquer exactement la même chose quelques mois plus tard, mais avec un micro Sky Sports à la main.
La FIA peut toujours se rassurer : son règlement 2026 crée au moins du spectacle. Pas nécessairement en piste, mais dans les changements d’opinion qu’il provoque autour.










