Après avoir transformé pendant des années le siège voisin de Max Verstappen en fauteuil éjectable, Red Bull semble enfin avoir trouvé un pilote capable d’y rester assis. Laurent Mekies refuse encore de prononcer le mot “prolongation”, mais tout indique qu’Isack Hadjar sera reconduit en 2027. Une décision présentée comme logique ce qui, à Milton Keynes, constitue presque une révolution culturelle.

Hadjar a rendu le deuxième baquet fréquentable
Chez Red Bull, être le coéquipier de Max Verstappen ressemblait jusqu’ici moins à une promotion qu’à une expérience scientifique grandeur nature : combien de temps un pilote peut-il conserver sa confiance avant d’être broyé par la comparaison, la voiture et les décisions de l’état-major ?
Isack Hadjar semble avoir trouvé une réponse assez simple : marquer des points, rester régulier et éviter de transformer chaque week-end en séance publique de remise en question.
Le Français occupe actuellement la huitième place du championnat avec 68 points, soit 24 unités derrière Oscar Piastri et 41 derrière Verstappen. Depuis le Grand Prix du Canada, il a surtout enchaîné sept arrivées consécutives dans le top 6, avec notamment une quatrième place à Monaco et trois sixièmes positions de suite en Autriche, en Belgique et en Hongrie.
À Budapest, Hadjar a encore terminé sixième, pendant que Verstappen arrachait la deuxième place derrière Lando Norris. Red Bull a ainsi placé ses deux voitures dans les six premières, performance devenue suffisamment inhabituelle ces dernières années pour être presque célébrée comme une victoire stratégique.
Mekies ne confirme rien… en confirmant presque tout
Laurent Mekies s’est bien gardé d’annoncer officiellement la composition de son équipe pour 2027. Mais le directeur de Red Bull a manié le sous-entendu avec la discrétion d’un panneau lumineux.
Il s’est félicité de disposer enfin d’« un deuxième pilote solide », soulignant que les deux monoplaces étaient désormais plus proches l’une de l’autre. Il a également estimé qu’Hadjar accomplissait un excellent travail et conclu que Red Bull prendrait une « décision logique ».
Traduction depuis le dialecte habituel du marché des pilotes : sauf catastrophe industrielle durant la deuxième moitié de saison, Hadjar devrait rester.
Car une décision réellement illogique consisterait désormais à remplacer un pilote régulier, huitième du championnat et installé dans une dynamique de top 6, simplement pour relancer une nouvelle fois la grande loterie du deuxième baquet.
Même Red Bull pourrait finir par s’en rendre compte.
Hadjar n’est plus seulement « le coéquipier de Max »
Le principal mérite du Français n’est peut-être pas d’avoir égalé Verstappen, il en est encore loin, mais d’avoir cessé d’être présenté comme une victime potentielle du Néerlandais.
Hadjar remplit actuellement ce que Red Bull attend depuis longtemps de son deuxième pilote : ramener des points, exploiter les occasions, participer aux stratégies collectives et obliger les adversaires à surveiller deux voitures au lieu d’une seule.
Son début de saison n’a pourtant pas été parfait. Il a abandonné en Australie et à Miami, puis terminé hors des points au Japon. Mais depuis le Canada, sa régularité tranche avec le traditionnel scénario Red Bull dans lequel le deuxième pilote disparaît progressivement des premières lignes, puis des points, puis parfois de l’équipe.
Cette progression explique pourquoi Mekies insiste sur le travail effectué avec l’équipe et auprès de Verstappen. Hadjar ne se contente plus d’apprendre : il commence à devenir utile.
Et dans l’univers Red Bull, où les compliments sont généralement distribués avec la parcimonie d’un train de pneus tendres, ce n’est pas anodin.
Verstappen reste la pièce centrale… mais pas totalement verrouillée
Le cas Hadjar est d’autant plus important que l’avenir de Verstappen continue d’alimenter les spéculations.
Le contrat du quadruple champion du monde court officiellement jusqu’à la fin de la saison 2028. Red Bull l’avait annoncé dès 2022 comme l’élément central de son projet à long terme.
La situation est toutefois moins simple qu’une date inscrite sur un contrat. Des clauses de performance susceptibles de permettre un départ anticipé sont régulièrement évoquées, même si leur contenu précis n’est pas public. Mekies a récemment assuré que Verstappen avait exprimé son désir de poursuivre avec Red Bull, tout en reconnaissant une évidence : pour être heureux, le Néerlandais a besoin d’une voiture rapide.
Autrement dit, Hadjar peut sécuriser son propre avenir, mais Red Bull doit encore sécuriser celui de son leader en produisant autre chose que des déclarations rassurantes.
Pour une fois, Red Bull pourrait éviter de compliquer l’évidence
Hadjar n’a pas encore remporté de Grand Prix, ne menace pas Verstappen au championnat et ne transforme pas la RB22 en machine à gagner. Mais il apporte quelque chose que Red Bull semblait avoir oublié dans sa recherche obsessionnelle du prochain prodige : de la stabilité.
Le conserver en 2027 ne serait donc ni un pari spectaculaire ni un coup de génie. Ce serait simplement reconnaître qu’un jeune pilote progresse, marque des points et mérite du temps. Une politique parfaitement banale dans la plupart des équipes. Chez Red Bull, elle serait presque révolutionnaire.










