Avec Flavio Briatore, même une question toute simple peut finir en numéro de mime. « Franco, quand ? » Comprenez : quand Alpine annoncera-t-elle officiellement la prolongation de Franco Colapinto pour 2027 ?. Avant le départ du Grand Prix des Pays-Bas, ESPN a posé la question au dirigeant italien. Pas de date. Pas de communiqué. Pas même un traditionnel « nous verrons ». Briatore a simplement levé la main et joué avec ses doigts, comme s’il comptait les jours.

Colapinto attend, Briatore entretient le suspense.
Voilà donc le mercato Alpine version Flavio : pas encore de contrat à montrer, mais apparemment suffisamment peu de temps à patienter pour commencer le compte à rebours. La presse argentine y voit naturellement un signe très clair en faveur du maintien de Colapinto.
Et connaissant Briatore, il serait presque décevant que l’affaire soit réglée par un banal communiqué de trois paragraphes.
En juin déjà, Briatore avait entrouvert la porte
Le geste de Zandvoort ne tombe surtout pas de nulle part. En juin, Briatore avait déjà largement adouci son discours concernant l’Argentin. Après un début de parcours compliqué chez Alpine, il saluait ses progrès « mentalement, techniquement » ainsi que son intégration dans l’équipe.
Interrogé sur une possible reconduction avec Pierre Gasly en 2027, sa réponse avait été assez limpide :
« Pourquoi pas ? »
Il estimait alors que si Colapinto continuait à performer et que la relation entre les deux pilotes restait bonne, Alpine avait tout intérêt à conserver de la stabilité pendant sa reconstruction. Seul petit détail savoureux : Briatore évoquait alors une décision avant la fin de l’été.
L’été est passé. La F1 est revenue de vacances. Et Flavio compte désormais sur ses doigts. Chez Alpine, même les calendriers semblent avoir besoin d’une mise à jour.
Mais dimanche, Colapinto avait surtout besoin qu’on lui rende sa course
Car derrière le petit théâtre autour de 2027, Zandvoort a offert à l’Argentin un dimanche nettement moins amusant.
Parti 14e, Colapinto a signé un excellent départ, gagné quatre positions et s’est retrouvé dans le Top 10. Puis Max Verstappen est sorti de piste devant lui, les drapeaux jaunes sont apparus et l’Alpine était précisément en train de dépasser Yuki Tsunoda. Les commissaires ont considéré que l’Argentin avait dépassé sous drapeau jaune.
Sanction : drive-through.
En quelques instants, une course potentiellement porteuse de points a été envoyée au fond du classement. Motorsport.com confirme que la pénalité l’a effectivement privé de sa position dans le Top 10.
Colapinto n’a pas vraiment apprécié.
« Ils ont été extrêmement sévères. »
Son argument : dans des conditions humides, sur le banking, avec des voitures ralenties et des débris devant lui, freiner brutalement pour rendre immédiatement la position aurait également pu créer une situation dangereuse. Et comme une sanction ne suffisait manifestement pas à occuper son dimanche, il en a reçu une deuxième : 10 secondes pour une autre infraction sous drapeau jaune, accompagnées de points de pénalité sur sa licence. Le tarif néerlandais était complet.
Même Briatore trouve la punition salée
Fait assez remarquable pour être souligné : cette fois, Briatore ne s’est pas précipité pour taper sur son pilote. Au contraire.
Dans le bilan officiel d’Alpine, l’Italien a jugé le drive-through « sévère et dur », tout en reconnaissant que les règles sur les drapeaux jaunes existent évidemment pour des raisons de sécurité. Traduction : Alpine accepte la règle, mais n’est pas exactement convaincue par la taille du marteau utilisé pour l’appliquer.
L’équipe a d’ailleurs précisé lundi qu’elle considérait elle aussi les sanctions comme dures, tout en reconnaissant qu’elles correspondaient à la lettre du règlement et qu’elles avaient été appliquées de façon cohérente aux autres pilotes concernés.
Pour Colapinto, le mal était fait : 14e à l’arrivée, exactement à la position depuis laquelle il était parti. Une belle boucle. Soixante-dix tours pour revenir au point de départ.
Et il courait avec l’ancienne Alpine…
Il faut ajouter un détail assez important lorsque l’on évalue son week-end. Colapinto ne disposait pas du même matériel que Pierre Gasly.
Alpine avait amené à Zandvoort son nouveau package d’évolutions, mais seule la voiture du Français en était équipée. Steve Nielsen avait expliqué dès vendredi que l’équipe souhaitait disposer d’un jeu de secours et que Colapinto recevrait les nouveautés à Monza.
Gasly a immédiatement placé la voiture évoluée dans le Top 10 de la qualification Sprint puis a marqué un point samedi et un autre dimanche.
Colapinto, lui, avait résumé la situation avec une certaine retenue :
« C’est un peu doux-amer pour moi. »
On peut comprendre. Votre équipier reçoit plusieurs dixièmes potentiels. Vous recevez la promesse qu’ils arriveront à la course suivante. Bienvenue dans la joie du développement automobile.
Briatore est frustré… parce qu’Alpine n’a presque plus de marge
La satisfaction relative du week-end ne doit d’ailleurs pas masquer l’urgence.
Gasly a inscrit deux points à Zandvoort, un en Sprint et un avec sa dixième place dimanche. Alpine grimpe ainsi à 63 points au championnat constructeurs.
Le problème ? Racing Bulls en compte 66.
Trois petits points séparent donc Alpine de la cinquième place. Derrière, Audi a certes encore beaucoup de retard avec 16 unités, mais sa compétitivité à Zandvoort n’a pas échappé à Briatore.
L’Italien l’a reconnu :
« Nous quittons Zandvoort un peu frustrés.
Ce qui, traduit du Briatore, signifie probablement quelque chose entre « nous aurions dû faire beaucoup mieux » et « quelqu’un va passer un lundi compliqué à Enstone ».
Car le nouveau package fonctionne. Gasly marque. Colapinto s’est montré rapide avec l’ancienne voiture. Mais Alpine repart malgré tout avec seulement deux unités supplémentaires. Difficile de se satisfaire des miettes lorsqu’on lutte pour être le premier des autres.
Colapinto a tout de même construit un dossier difficile à ignorer
Car si son avenir reste officiellement en attente, ses arguments sont désormais nettement plus solides qu’il y a un an. Le pilote de 23 ans compte 19 points cette saison, six arrivées dans le Top 10 et surtout une sixième place au Canada, son meilleur résultat en Formule 1. Briatore avait lui-même reconnu qu’il avait énormément progressé en confiance et dans son travail avec l’équipe Et surtout, le discours a changé. Il y a encore quelques mois, chaque week-end semblait pouvoir devenir un examen d’entrée.
Désormais, la question n’est pratiquement plus :
« Colapinto mérite-t-il de rester ? »
Mais plutôt :
« Quand Alpine va-t-elle l’annoncer ? »
Ce qui est tout de même une sacrée différence.
Monza pourrait finir de verrouiller l’histoire
La prochaine étape sera donc particulièrement intéressante. À Monza, Colapinto doit enfin recevoir le package d’évolutions utilisé par Gasly aux Pays-Bas. Plus question, alors, de comparer une Alpine nouvelle génération à une autre restée au précédent chapitre.
Même voiture. Même moteur Mercedes. Même package. Et un Briatore qui aura beaucoup moins d’endroits où cacher ses doigts.
Car son petit geste de Zandvoort a produit l’effet recherché : personne n’a obtenu de date, mais tout le monde a désormais l’impression que l’annonce de Colapinto pour 2027 est proche. Reste à savoir ce que signifie exactement le décompte de Flavio.
Cinq jours ? Dix jours ? Après Monza ?
Avec Briatore, mieux vaut éviter de prendre rendez-vous sur la seule foi d’un mouvement de main.
Mais une chose semble désormais assez claire :
Colapinto n’est plus en train de demander s’il aura un avenir chez Alpine. Il attend surtout qu’on lui dise quand il pourra arrêter de faire semblant de ne pas le connaître.
"FRANCO, WHEN?" 😂
La respuesta de Flavio Briatore a la continuidad de Colapinto en Alpine #dutchgp 🇳🇱 pic.twitter.com/3snSV8r24s
— Atención FC (@atencionfc) August 23, 2026









