McLaren vient de changer de logo. Enfin, « changer » est peut-être un bien grand mot : le Speedmark orange reste en place, la silhouette générale demeure familière et seuls les observateurs les plus assidus remarqueront immédiatement le principal détail — un discret trait ajouté sous le « C ». Une retouche minuscule présentée comme l’ouverture d’un nouveau chapitre. Le marketing automobile conserve décidément un talent unique pour transformer un coup de crayon en révolution industrielle. Mais derrière cette évolution presque invisible se cache une véritable histoire. Pour imaginer son avenir, McLaren est retourné là où tout a commencé : dans la station-service familiale d’Auckland où un jeune Bruce McLaren découvrait la mécanique, bien avant les titres mondiaux, les monoplaces de couleur orange et le centre technologique aux allures de vaisseau spatial.
McLaren : un trait venu du garage
Le « C » qui sent l’huile de moteur
Le nouveau lettrage reprend certaines formes de l’ancienne enseigne peinte à la main au-dessus de la station-service tenue par Les et Ruth McLaren, les parents de Bruce. Le trait placé sous le « C » constitue le clin d’œil le plus visible à cette inscription historique
Contrairement à ce qui est parfois résumé sur les réseaux sociaux, le bâtiment n’était pas simplement la « maison familiale ». Construit en 1926 dans le quartier de Remuera, il réunissait un garage, une station-service et un appartement à l’étage, dans lequel Bruce vécut une partie de son enfance. Le site est aujourd’hui classé en Nouvelle-Zélande pour son importance historique.
C’est dans cet environnement rempli d’outils, de moteurs ouverts et d’odeurs d’essence que Bruce développe sa curiosité technique. Son père achète ensuite une modeste Austin 7 Ulster de 1929, livrée en pièces et promise initialement à une restauration. Bruce apprend à conduire avec elle, participe à sa reconstruction puis remporte, à seulement 15 ans, sa première compétition lors de la course de côte de Muriwai.
Pas encore de soufflerie, de fibre de carbone ou de simulateur dernier cri : une petite voiture bricolée en famille, une pente en gravier et beaucoup d’obstination. L’empire McLaren a démarré avec moins de moyens qu’un changement d’aileron avant actuel.
Une modernisation en marche arrière
La nouvelle identité ne se limite pas au fameux « C ». McLaren a également conçu une typographie spécifique, baptisée sans immense suspense McLaren Sans. Le système graphique conserve le Speedmark asymétrique apparu en 1997 ainsi que l’incontournable couleur orange .
Deux teintes supplémentaires accompagnent cette palette : Ember, inspirée des anciennes combinaisons de course, et Midnight, qui renvoie à un bleu présent durant les premières années de la marque. Le blason historique et le célèbre Speedy Kiwi complètent cette boîte à souvenirs soigneusement dépoussiérée
Le résultat cherche moins à effacer le logo précédent qu’à rassembler les différentes branches de McLaren sous une même identité. Le nouveau graphisme sera progressivement déployé sur les monoplaces, les voitures de route, les vêtements, les produits dérivés et les plateformes numériques.
Lou McEwen, directrice marketing de McLaren Racing, résume cette intention : « Cette identité évoluée relie parfaitement notre fier héritage à nos ambitions futures. » Elle souligne également que la vision et l’esprit de Bruce McLaren demeurent profondément présents dans l’entreprise actuelle.
L’exercice est habile. Au lieu d’inventer un symbole abstrait accompagné d’un manifeste incompréhensible, McLaren transforme une vieille enseigne de station-service en signature mondiale. Le passé devient ainsi une matière première — probablement la seule que la Formule 1 ne cherche pas encore à alléger.
Du Kiwi au Speedmark
Ce nouveau logo ajoute une étape à une histoire visuelle déjà bien remplie.
Le premier emblème de l’écurie, apparu dans les années 1960, mettait en avant un kiwi, hommage évident aux origines néo-zélandaises de son fondateur. Le volatile s’est ensuite métamorphosé en Speedy Kiwi, silhouette stylisée lancée à pleine vitesse.
Au début des années 1980, McLaren adopte un graphisme géométrique conçu par le célèbre designer Raymond Loewy. Ses chevrons rouges et blancs rappellent fortement l’univers visuel du sponsor Marlboro, alors omniprésent sur les voitures. Le Speedmark moderne apparaît en 1997 avant d’être progressivement simplifié jusqu’à la virgule orange désormais familière.
La nouvelle version ne renie donc aucune époque. Elle conserve le symbole contemporain, récupère les courbes d’une enseigne ancienne et replace discrètement Bruce McLaren au centre du récit.
Un logo façon album de famille, mais soigneusement calibré pour Instagram.
De la station-service au géant mondial
Le contraste entre les origines modestes de Bruce McLaren et l’organisation actuelle donne toute sa force à cette identité.
Fondée en 1963, l’écurie a disputé son premier Grand Prix de Formule 1 à Monaco en 1966. Deux ans plus tard, Bruce remportait en Belgique la première victoire mondiale d’une voiture portant son propre nom. McLaren est depuis devenue la deuxième équipe la plus victorieuse et la plus ancienne de la discipline derrière Ferrari, avec plus de 200 succès, dix titres constructeurs et treize couronnes pilotes.
La marque appartient également au cercle très fermé des vainqueurs de la Triple Couronne du sport automobile : Grand Prix de Monaco, 500 Miles d’Indianapolis et 24 Heures du Mans.
Et McLaren compte justement revenir dans la catégorie reine de l’Endurance en 2027. Là encore, l’entreprise prépare le futur tout en ressortant les trophées du grenier.
Une nostalgie très stratégique
Cette refonte intervient surtout au moment où McLaren connaît une transformation bien plus profonde que son nouveau trait sous le « C ».
La branche automobile, restructurée sous l’impulsion de son propriétaire émirati, doit bénéficier d’un investissement de 500 millions de livres au Royaume-Uni. Une nouvelle usine d’assemblage est prévue, tandis que la marque souhaite internaliser davantage la conception de ses moteurs et transmissions. McLaren prépare également son premier SUV, rupture presque philosophique pour un constructeur longtemps attaché aux supercars biplaces.
Le moment choisi pour convoquer Bruce McLaren n’a donc rien d’innocent. Au moment de fabriquer une voiture plus haute, plus lourde et probablement pensée pour les parkings huppés plutôt que pour Muriwai, la marque rappelle qu’elle reste l’héritière d’un adolescent qui bricolait une Austin dans le garage familial.
Le passé rassure pendant que le modèle économique change.
Un petit trait, une grande histoire
Visuellement, cette évolution ne bouleversera personne. Certains la trouveront élégante, d’autres presque inutile. Il faudra probablement placer les deux logos côte à côte pour convaincre le grand public qu’un changement a réellement eu lieu.
Mais McLaren réussit là où tant de rebrandings échouent : le nouveau dessin possède une raison d’exister. Le trait sous le « C » ne sort pas d’une réunion noyée sous les présentations PowerPoint. Il vient d’une façade d’Auckland, d’un père passionné de mécanique, d’une Austin rafistolée et d’un garçon de 15 ans qui ignorait encore que son nom deviendrait l’un des plus célèbres du sport automobile.
McLaren affirme regarder vers l’avenir. Pour une fois, elle a commencé par jeter un œil dans le rétroviseur — et découvert que le vieux garage familial disposait encore d’un sacré pouvoir d’accélération.
McLaren. Our brand world.
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— McLaren Automotive (@McLarenAuto) September 22, 2026









