F1
Publié le 6 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Montoya applaudissait Piastri, la FIA beaucoup moins : trois places envolées et Ferrari ramasse le cadeau à Monza

Piastri perd trois places pour avoir gêné Lawson. Ferrari en profite, tandis que Montoya pointe le grand jeu d’aspiration de Monza.

À Monza, tout le monde cherchait de l’air. Pierre Gasly a trouvé le bon, George Russell en a profité, Red Bull tentait d’en fabriquer et Oscar Piastri a fini par en manquer au pire endroit. Quelques heures après avoir signé le troisième temps des qualifications, le pilote McLaren a reçu trois places de pénalité pour avoir gêné Liam Lawson en Q2. Résultat : P3 devient P6 et Ferrari récupère presque gratuitement ce qu’elle n’avait pas réussi à conquérir au chronomètre. Leclerc passe troisième, Hamilton quatrième et Verstappen cinquième. Pierre Gasly et George Russell, eux, ne bougent pas : le Français conserve sa pole sensationnelle en 1’21’’786, 60 millièmes devant la Mercedes.

Piastri recule, Ferrari grimpe, Gasly reste intouchable

Et au milieu de ce grand jeu de chaises musicales, une remarque de Juan Pablo Montoya sur DAZN Espagne prend une saveur délicieusement ironique.

L’ancien pilote estimait que personne ne s’était vraiment préoccupé de l’aspiration travaillée par Alpine, que Mercedes avait laissé l’opportunité s’installer et que Piastri, lui, avait fait ce qu’il devait faire dans cette partie d’échecs à 350 km/h.

Quelques heures plus tard, la FIA répondait en substance : pour le jeu des aspirations, peut-être ; pour le trafic en Q2, certainement pas.

Précision importante : Montoya ne commentait pas spécifiquement l’incident Piastri-Lawson lorsqu’il félicitait l’Australien. Son propos concernait davantage la bataille tactique autour des aspirations pendant les qualifications. Mais la juxtaposition est savoureuse : à Monza, savoir où se placer derrière une voiture peut offrir une pole… ou coûter trois places.

Gasly avait compris le jeu avant tout le monde

La pole d’Alpine ne doit évidemment rien à un miracle tombé du ciel italien. Gasly avait déjà terminé la Q1 en tête et Alpine avait parfaitement travaillé la question du positionnement en piste. Lors de son ultime tentative, le Français cherchait notamment à bénéficier d’un sillage tout en utilisant intelligemment Franco Colapinto dans la séquence. Gasly améliore alors son premier chrono de Q3 de 0’’215 et arrache la pole à Russell.

Mercedes avait pourtant elle aussi préparé son affaire : Kimi Antonelli, condamné à partir du fond après ses changements de groupe propulseur, pouvait servir de poisson-pilote à Russell. Le Britannique avait même expliqué avant les qualifications que Mercedes comptait travailler en équipe pour lui fournir une aspiration. Red Bull avait un plan similaire.

Son objectif était de faire passer Lawson en Q3 afin que le Néo-Zélandais puisse ensuite offrir une aspiration à Verstappen dans la bataille pour la pole. Et c’est précisément là que Piastri vient mettre involontairement son petit grain de sable orange. À Monza, on ne qualifie donc plus seulement une voiture. On organise la circulation aérienne.

Piastri sort des stands… et tombe dans le piège

L’incident intervient à la fin de la Q2. Piastri quitte les stands alors que Verstappen et Lawson arrivent à pleine vitesse. Selon le document officiel de la FIA, McLaren informe son pilote que Verstappen et Lawson approchent, mais Piastri explique ensuite aux commissaires qu’il n’avait pas compris qu’ils étaient tous les deux dans un tour lancé. Arrivé à proximité de la première chicane, il comprend que Verstappen est en attaque. Il ralentit brutalement et se décale pour laisser passer le Néerlandais. Très bien. Sauf que Lawson est immédiatement derrière. Beaucoup moins bien.

Piastri se retrouve alors coincé dans une position où il n’a pratiquement plus de solution. Lawson est gêné à la première chicane, son tour est compromis et le pilote Red Bull ne réussira finalement pas à atteindre la Q3. Il termine 14e. L’Australien avait d’ailleurs décrit la situation avant même de connaître sa sanction comme particulièrement délicate, expliquant avoir dû freiner très fort pour s’écarter devant Verstappen avant de se retrouver coincé face à Lawson.

On pourrait presque déposer au dossier la circonstance atténuante avec le ruban cadeau. La FIA l’a fait. Puis elle a quand même sanctionné.

La FIA reconnaît qu’il ne pouvait plus faire grand-chose… puis lui colle trois places

Voilà probablement la partie la plus savoureuse de la décision. Les commissaires reconnaissent noir sur blanc qu’avec les informations dont disposait Piastri et une fois placé dans cette situation, il n’avait plus réellement d’autre option pour éviter Lawson. Ils estiment néanmoins que le pilote McLaren a gêné la Red Bull de manière « involontaire » mais également « inutile ». L’article B4.1.1 du règlement F1 est donc considéré comme enfreint et la sanction standard tombe : trois places sur la grille.

Traduction moins réglementaire : Oscar, nous comprenons que tu étais coincé. Maintenant recule de trois cases.

La décision peut paraître sévère au regard des circonstances, mais elle correspond à la sanction habituellement appliquée pour un impeding en qualifications. Le fait que Piastri n’ait manifestement pas cherché à gêner Lawson ne fait donc pas disparaître l’infraction.

Cela pose surtout une question plus embarrassante pour McLaren : comment son pilote a-t-il pu être envoyé dans cette fenêtre sans disposer d’une information suffisamment claire sur les voitures en tour rapide ?

La FIA ne transforme pas cette interrogation en procès de l’équipe. Mais la lecture du document montre que le problème s’est construit bien avant que Piastri n’ait à choisir entre disparaître dans l’herbe et gêner quelqu’un.

Lawson perd son tour… puis perd presque le bénéfice de sa colère

Liam Lawson avait quelques raisons d’être agacé. Son ultime tentative de Q2 était importante et l’incident avec Piastri l’a privé d’une possibilité de progresser. Mais l’histoire comporte elle aussi son petit morceau d’ironie : Lawson était de toute façon destiné à repartir du fond de grille en raison de changements de composants moteur. Alors pourquoi Red Bull tenait-elle autant à sa Q3 ?

Pas uniquement pour la beauté d’une 10e place.

La présence de Lawson en dernière partie des qualifications aurait permis à Red Bull de l’utiliser pour donner une aspiration à Verstappen. Avec Lawson éliminé, le quadruple champion s’est retrouvé seul pour affronter le jeu tactique de Mercedes, Alpine, Ferrari et McLaren. Il n’a signé que le sixième chrono avant de récupérer finalement la cinquième place grâce… à la pénalité de Piastri.

Le pilote qui gêne un Red Bull finit donc par faire gagner une place à l’autre Red Bull. Monza apprécie décidément les scénarios légèrement tordus.

Ferrari : quand la FIA fait mieux que le chronomètre

Les grands gagnants de cette décision portent évidemment du rouge.

Charles Leclerc avait terminé quatrième en 1’22’’004, Lewis Hamilton cinquième en 1’22’’011. Ferrari avait donc raté la première ligne et même le podium virtuel des qualifications devant ses tifosi. Une feuille A4 de la FIA plus tard, la situation est déjà plus présentable.

Leclerc s’élancera troisième et Hamilton quatrième.

Pas besoin de refaire le tour. Pas besoin de trouver trois dixièmes. Pas même besoin de remettre le casque. Piastri et les commissaires se sont chargés de l’avancement administratif. Ferrari se retrouve ainsi avec ses deux voitures juste derrière Gasly et Russell, une perspective autrement plus intéressante pour le départ et la longue accélération jusqu’à la Variante del Rettifilo.

Pour une Scuderia qui avait dominé les EL1 avant de rentrer progressivement dans le rang, la FIA vient de produire l’évolution la plus efficace de son samedi.

Piastri, de chasseur de Gasly à client de la troisième ligne

Pour Oscar Piastri, la punition est d’autant plus coûteuse qu’il avait réellement une chance de jouer gros dimanche. Son 1’21’’966 le plaçait à seulement 180 millièmes de Gasly. Il devait partir immédiatement derrière le Français et Russell, avec une McLaren suffisamment rapide pour envisager la victoire. Il partira finalement sixième. Devant lui : Gasly, Russell, Leclerc, Hamilton et Verstappen.

Derrière, le trafic.

Et à Monza, où tout le samedi a démontré l’importance du placement dans l’air, perdre trois positions ne revient pas seulement à reculer de quelques mètres : cela change complètement la manière d’aborder le premier tour.

Lando Norris, seulement neuvième en qualifications après une séance compliquée notamment par des problèmes de freinage, ne pourra pas vraiment servir de bouclier à son équipier. Après les différentes pénalités moteur, le Britannique récupère néanmoins quelques positions dans l’ordre de départ.

La nouvelle première partie de grille

Après la pénalité de Piastri, le haut de la grille prend donc cette allure :

Position Pilote Écurie
1 Pierre Gasly Alpine
2 George Russell Mercedes
3 Charles Leclerc Ferrari
4 Lewis Hamilton Ferrari
5 Max Verstappen Red Bull
6 Oscar Piastri McLaren

Antonelli, pourtant septième des qualifications, doit repartir vers le fond de grille après avoir dépassé son allocation de composants moteur. Alex Albon et Lawson sont également concernés par des pénalités liées à leurs groupes propulseurs.

Montoya avait raison sur une chose : à Monza, l’air vaut de l’or

Au fond, Juan Pablo Montoya avait ciblé le vrai sujet. Le samedi italien ne s’est pas seulement décidé à la pédale droite. Il s’est joué dans la gestion des écarts, des aspirations, des sorties de stands et des voitures placées au bon endroit au bon moment.

Alpine a maîtrisé cet exercice et Gasly a transformé le travail en première pole de sa carrière. Mercedes avait préparé Antonelli pour aider Russell. Red Bull voulait faire de même avec Lawson et Verstappen.

Piastri, lui, s’est retrouvé au mauvais endroit pendant quelques secondes.

Et ces quelques secondes lui coûtent trois positions.

Ainsi va Monza : Gasly utilise l’aspiration pour gagner la pole, Ferrari utilise la FIA pour gagner une ligne et Piastri découvre qu’entre profiter du trafic et devenir le trafic, la frontière tient parfois à une chicane.