F1
Publié le 5 septembre 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – Patrese veut ranger le garage Ferrari : Hamilton en n°1, Leclerc prié de jouer les lieutenants

Riccardo Patrese pousse Ferrari à miser sur Lewis Hamilton, quitte à sacrifier les ambitions de Charles Leclerc.

Chez Ferrari, il manquait encore une chose pour rendre l’avant-Monza parfaitement paisible : quelqu’un pour expliquer publiquement lequel des deux pilotes doit devenir le patron. Riccardo Patrese s’en est chargé. L’ancien pilote italien, six fois vainqueur en Grand Prix et vice-champion du monde 1992, estime que Maranello doit cesser de ménager Lewis Hamilton et Charles Leclerc de manière égale. Son choix est net : « Lewis doit être le numéro un. » Pour Patrese, le Britannique est actuellement plus régulier et Ferrari risque de laisser échapper des points précieux en refusant de trancher. Voilà qui devrait garantir une ambiance particulièrement feutrée autour d’un cappuccino dans l’hospitality Ferrari.

HAMILTON

Patrese réclame une hiérarchie claire à Maranello.

Zandvoort a terminé de convaincre Patrese

La démonstration, selon l’Italien, se trouve à Zandvoort.

Hamilton disposait de pneus plus frais, revenait sur Leclerc et espérait poursuivre George Russell pour la dernière place du podium. Ferrari a pourtant tardé à organiser le passage entre ses deux voitures. Leclerc est finalement rentré un tour plus tard et Hamilton a terminé quatrième, seulement 0,849 seconde derrière Russell.

Patrese estime que l’hésitation a coûté deux ou trois secondes à Hamilton et, potentiellement, le podium. Il qualifie surtout la prise de décision de Ferrari de beaucoup trop lente pour une équipe prétendant lutter contre Mercedes.

Le Britannique avait lui-même manifesté son bonheur à la radio avec un délicieux sarcasme sur le temps perdu. Il reconnaîtra ensuite que ses messages n’avaient pas montré son meilleur visage, tout en maintenant l’idée de fond : Ferrari devait réagir plus rapidement.

En clair : Hamilton s’est excusé pour la forme. Pour le fond, le dossier reste ouvert.

Patrese ressort 1983 : chez Brabham, lui avait accepté le sacrifice

L’argument de Patrese n’est pas seulement théorique.

En 1983, lorsqu’il roulait chez Brabham avec Nelson Piquet, l’équipe avait décidé de concentrer ses efforts sur le Brésilien dans sa bataille pour le championnat face à Alain Prost. Patrese rappelle avoir lui-même été sacrifié pour maximiser les chances de Piquet, qui remportera finalement le titre.

Son message à Ferrari est donc assez brutal : un championnat ne se gagne pas toujours avec deux princes. Parfois, il faut un roi et quelqu’un qui porte la couronne jusqu’au podium. Et selon Patrese, à Maranello, cette couronne doit désormais aller à Hamilton.

Les chiffres lui donnent quelques arguments… mais pas encore un boulevard

Au championnat, Hamilton possède effectivement l’avantage sur Leclerc. Avant Monza, Kimi Antonelli mène avec 242 points, tandis que George Russell et Hamilton sont à égalité à 183 unités. Leclerc compte 155 points : il possède donc 28 points de retard sur son équipier.

Hamilton est ainsi le Ferrari le mieux placé pour poursuivre Antonelli. Mais il reste 59 points derrière le leader Mercedes.

Et c’est précisément là que la déclaration de Patrese devient discutable : déclarer Leclerc numéro deux en septembre alors que Hamilton lui-même accuse près de soixante points de retard sur la tête du championnat serait une décision particulièrement lourde. Ferrari pourrait gagner quelques points stratégiques. Elle pourrait également transformer son garage en cocotte-minute rouge.

Et tout le monde n’est pas d’accord avec Patrese

L’ancien ingénieur Ferrari Luigi Mazzola défend justement la position opposée. Selon lui, Hamilton est encore trop éloigné d’Antonelli pour justifier une hiérarchie aussi radicale. Il estime que Ferrari a eu raison de ne pas transformer immédiatement Leclerc en porteur d’eau et qu’une telle décision risquerait davantage de créer des tensions que d’améliorer les chances de titre.

En revanche, Guenther Steiner rejoint largement Patrese : l’ancien patron de Haas considère que Ferrari doit fixer des règles beaucoup plus nettes et, si la situation du championnat l’impose, privilégier Hamilton.

Nous voilà donc avec deux écoles.

École Patrese-Steiner : choisissez vite avant de perdre encore des points. École Mazzola : choisissez trop tôt et vous risquez surtout de perdre Leclerc. Fred Vasseur, lui, doit choisir laquelle lui donnera le moins mal à la tête.

Et voilà qu’à Monza… Hamilton aura justement la priorité

Le timing de la sortie de Patrese devient encore plus piquant avec une information apparue ce jeudi à Monza.

Ferrari applique depuis le début de saison un système alterné pour déterminer lequel de ses pilotes bénéficie de la position préférentielle lors des qualifications. Ce week-end, c’est au tour d’Hamilton d’avoir la priorité, et Leclerc s’attend à devoir rouler devant lui afin de lui fournir éventuellement l’aspiration sur les longues lignes droites.

Attention : cela ne signifie absolument pas que Ferrari vient de nommer Hamilton pilote n°1.

Il s’agit d’un protocole de qualification préétabli et alterné entre les deux équipiers. Mais l’image est tout de même délicieuse. Patrese réclame que Leclerc aide Hamilton. Deux jours plus tard, à Monza, Leclerc pourrait effectivement servir de locomotive au Britannique. Pour les amateurs de raccourcis, le week-end commence merveilleusement bien.

Hamilton débarque justement à Monza avec le costume du parfait Ferrariste

Et Lewis n’a rien fait pour diminuer la symbolique. Il est arrivé ce jeudi à Monza au volant de sa Ferrari F40 personnelle, fraîchement restaurée, dont le numéro de moteur est — hasard presque trop parfait — le 44, son numéro de course.

Le Britannique compte déjà cinq victoires à Monza, autant que Michael Schumacher, et Ferrari arrive avec une évolution de son unité de puissance. De son côté, Antonelli devra partir du fond de la grille à cause d’une pénalité moteur.

Autrement dit, s’il existe un week-end susceptible de transformer la théorie de Patrese en véritable débat de championnat, c’est peut-être celui-ci. Une victoire d’Hamilton combinée à une remontée limitée d’Antonelli réduirait brutalement l’écart. Et alors, la question du numéro un ne serait plus seulement une jolie polémique pour remplir le jeudi.

Mais demander à Leclerc de devenir n°2 à Monza… bon courage

Il reste tout de même un petit problème dans le plan. Charles Leclerc n’est pas exactement un second pilote anonyme que l’on peut déplacer sur l’échiquier sans provoquer de réaction.

Le Monégasque a gagné à Monza en 2019 et 2024, possède une relation exceptionnelle avec les tifosi et rappelait encore ce jeudi à quel point ce circuit représente quelque chose de particulier pour lui.

Imaginez donc la réunion :

« Charles, bienvenue chez Ferrari pour le Grand Prix d’Italie. Les tribunes sont rouges, tout le monde chante ton nom et tu as déjà gagné ici deux fois. Au fait, Riccardo Patrese pense que tu devrais désormais aider Lewis. »

Même Netflix trouverait le scénario légèrement appuyé.

Le vrai problème de Ferrari n’est peut-être pas encore de choisir

Patrese met pourtant le doigt sur quelque chose de beaucoup plus difficile à contester. Ferrari peut parfaitement décider qu’il est encore trop tôt pour instaurer une hiérarchie.

Ce qui devient beaucoup plus difficile à défendre, c’est de mettre plusieurs tours à prendre une décision lorsqu’une situation stratégique exige une réponse immédiate.

Mercedes l’a montré à Zandvoort : Russell a reçu l’ordre de laisser passer Antonelli, l’a exécuté et l’équipe a ensuite organisé sa course pour protéger ses deux voitures. Mercedes a terminé deuxième et troisième ; Ferrari quatrième et cinquième. Voilà probablement la vraie leçon. Ferrari n’a peut-être pas encore besoin d’un numéro un.

Elle a surtout besoin que le numéro appelé par le muret décroche immédiatement.

Patrese, lui, a déjà choisi lequel il composerait : le 44.