F1
Publié le 24 août 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Zandvoort referme ses portes sur Verstappen : cinq ans de gloire, un mur pour dernier adieu

Zandvoort ferme son chapitre sur le crash de Verstappen : un adieu cruel après trois victoires, cinq podiums et des années de folie orange.

Il rêvait probablement d’un dernier tour au ralenti, drapeau néerlandais à la main, devant des tribunes transformées une ultime fois en marée orange. Max Verstappen aura finalement quitté son Grand Prix à domicile à pied, sa Red Bull abandonnée contre le mur.

Verstappen : un dernier tour qui n’aura durer qu’un tour

Le dernier dimanche « orange » s’est achevé après un tour. Cruel pour Max, mais impossible d’effacer tout ce qui l’a précédé

Il fallait bien que Zandvoort ferme un jour ses portes à la Formule 1. Mais franchement, le circuit aurait pu choisir une manière un peu moins brutale de dire au revoir à son enfant chéri. Car ce dimanche 23 août 2026 restera comme une anomalie cruelle dans une histoire qui, jusque-là, ressemblait presque à un conte de fées.

Trois victoires, deux deuxièmes places… puis un abandon après à peine un tour.

Le sport automobile possède parfois un sens de l’ironie assez douteux.

Un tour. Et puis le silence

Septième sur la grille après des qualifications durant lesquelles il avait une nouvelle fois pesté contre les limites d’équilibre de sa RB22, Verstappen savait déjà que ses adieux à Zandvoort ne ressembleraient probablement pas à une promenade triomphale.

Mais personne n’imaginait qu’ils seraient aussi courts.

Sur une piste rendue délicate par la pluie tombée avant le départ, le Néerlandais perd le contrôle de sa Red Bull à la sortie du dernier banking. La voiture frappe violemment le mur extérieur avant de revenir vers la piste, une roue se détachant dans l’impact. Drapeau rouge. Course interrompue.

Et pour Verstappen, rideau. Son premier message radio a au moins immédiatement rassuré tout le monde : « Je vais bien. » Il est ensuite sorti seul de la monoplace.

Nico Rosberg a résumé froidement la scène sur Sky Sports : probablement un peu trop d’accélérateur dans des conditions où la marge d’erreur était minuscule. Un pilote comme Verstappen peut dompter à peu près tout.

Pas les lois de la physique.

Le seul week-end où il ne fallait surtout pas finir comme ça

La cruauté tient surtout aux statistiques. Depuis le retour du Grand Prix des Pays-Bas au calendrier en 2021, Verstappen n’avait jamais quitté Zandvoort sans monter sur l’une des deux premières marches du podium.

Victoire en 2021. Victoire en 2022. Victoire en 2023. Deuxième en 2024. Deuxième encore en 2025. Avant cette édition finale, il affichait donc cinq podiums en cinq courses, dont trois succès consécutifs acquis depuis la pole. Et pour la sixième ?

Abandon…

Même un scénariste un peu sadique aurait peut-être trouvé cela excessif.

Quelques heures après la course, Verstappen l’a reconnu dans un message beaucoup plus tendre que rageur :

« Ce n’est pas ainsi que nous souhaitions que cela se termine. » Puis il a surtout remercié le public pour toutes ces années. Et c’est probablement là que l’abandon cesse d’être réellement important.

Parce que Zandvoort et Verstappen, c’était beaucoup plus qu’une course

Lorsque la Formule 1 est revenue aux Pays-Bas en 2021 après 36 années d’absence, elle n’a pas simplement récupéré un circuit. Elle a récupéré une fête.

Les dunes, la mer du Nord, les fumigènes orange, la musique électronique, les tribunes qui semblaient parfois vibrer avant même que les voitures ne prennent la piste : Zandvoort est rapidement devenu l’un des rendez-vous les plus reconnaissables du championnat. Et au centre de tout cela se trouvait évidemment Verstappen.

Jan Lammers, directeur sportif du Grand Prix, estime que près de deux millions de spectateurs ont franchi les portes de Zandvoort depuis le retour de l’événement. Il résumait l’image laissée par cette période par quelques éléments simples : les tribunes orange, les dunes, la mer et cette attente particulière chaque fois que Max entrait en piste. On peut aimer Verstappen ou avoir passé cinq saisons à souhaiter que quelqu’un lui mette des bâtons dans les roues. Difficile en revanche de nier ce qu’il a provoqué ici. Sans lui, Zandvoort aurait été un très beau circuit historique revenu au calendrier. Avec lui, c’est devenu un phénomène national.

Trois dimanches où personne n’entendait plus rien

Les trois premières éditions modernes restent forcément les images les plus fortes. En 2021, Verstappen gagne dès le retour de son Grand Prix national. Il recommence en 2022. Puis encore en 2023. Trois participations, trois victoires. Même Jim Clark, référence absolue de l’histoire du Dutch GP avec quatre succès, n’avait été le dernier avant Verstappen à réussir trois victoires consécutives aux Pays-Bas qu’entre 1963 et 1965.

La F1 avait voulu ramener Zandvoort.

Elle s’est retrouvée avec 80 000 Néerlandais convaincus chaque année qu’ils participaient personnellement à la stratégie de Red Bull. Objectivement discutable. Visuellement formidable.

Même son casque avait été préparé pour l’adieu

Tout avait d’ailleurs été pensé pour transformer ce dernier rendez-vous en souvenir. Verstappen portait pour l’occasion un casque bleu et blanc inspiré de la faïence de Delft, accompagné d’une combinaison spéciale. Une manière d’emporter un morceau des Pays-Bas avec lui pour ce dernier week-end de F1 sur le circuit. Quelques jours auparavant, le symbole paraissait encore plus parfait.

Red Bull annonçait précisément à Zandvoort la prolongation de Verstappen jusqu’à la fin de la saison 2030. Le quadruple champion du monde disait alors espérer offrir aux supporters « un départ spécial » pour cette dernière édition.

Un contrat jusqu’en 2030 jeudi. Un casque hommage. Une foule orange. Un dernier Grand Prix à domicile. Et un mur dimanche après un tour. Il y a vraiment des week-ends où le scénario refuse obstinément de lire le communiqué de presse.

Zandvoort ne disparaît pas, seulement de la F1

Nuance importante : le circuit ne ferme évidemment pas. C’est la Formule 1 qui n’y reviendra plus dans un avenir prévisible. Et contrairement à certaines disparitions de Grands Prix provoquées par Liberty Media ou par une guerre d’enchères entre promoteurs, la décision est venue des organisateurs néerlandais eux-mêmes. Le succès populaire n’était pas en cause. Le problème était économique.

Zandvoort fonctionnait comme un événement financé de manière privée et ses responsables ont estimé que les risques financiers devenaient trop importants. Une formule d’alternance avec d’autres Grands Prix européens avait été étudiée, sans offrir de modèle suffisamment viable. La décision de s’arrêter après 2026 avait ainsi été annoncée dès décembre 2024.

Autrement dit : Zandvoort ne s’est pas fait virer. Zandvoort a choisi de quitter la table avant de devoir régler une addition qu’il jugeait trop salée. Difficile de faire plus néerlandaisement pragmatique.

Max reviendra probablement. Mais plus comme avant

Verstappen l’avait d’ailleurs déjà dit avant le week-end : il compte bien revenir rouler sur cette piste. « Le circuit ne va pas disparaître », rappelait-il, évoquant les nombreuses autres compétitions qui continueront de s’y produire.

Oui. Mais ce ne sera plus tout à fait pareil. Il pourra revenir au volant d’une GT, participer à une démonstration ou aligner des kilomètres pour le plaisir. Il n’y aura plus ce dimanche de Grand Prix où une nation entière semble retenir son souffle lorsqu’une Red Bull passe dans Tarzan. Plus cette invasion orange. Plus cette pression absurde consistant à considérer une deuxième place comme une légère déception simplement parce que Max Verstappen roulait aux Pays-Bas.

Un dernier souvenir raté ne détruit pas les précédents

Alors oui, l’image finale est moche. Une Red Bull brisée. Un Verstappen qui marche vers les stands. Et des dizaines de milliers de supporters qui comprennent, presque immédiatement, qu’ils viennent de voir leur pilote disputer son dernier Grand Prix de Formule 1 à Zandvoort.

Pas de podium. Pas de victoire. Pas même réellement de course. Mais curieusement, ce dernier échec rend peut-être l’histoire un peu plus humaine. Parce que les souvenirs de Zandvoort ne se résumeront jamais au mur de 2026. Ils resteront les victoires de 2021, 2022 et 2023. Les fumigènes. Les tribunes orange. Le bruit. Les dunes. Les hymnes néerlandais. Les kilomètres de supporters arrivant en train et à vélo.

Et ce sentiment étrange que, pendant quelques années, la Formule 1 avait installé son plus grand chapiteau dans le jardin de Max Verstappen. Le dernier acte a été raté. La pièce, elle, valait largement le détour. Et lorsque Verstappen écrit aujourd’hui « Merci Zandvoort pour toutes ces années vraiment exceptionnelles », il n’y a finalement pas grand-chose à ajouter.

Pour une fois, même l’ironie peut se taire quelques secondes.