Le Moto3 est devenu un vrai sujet de préoccupation cette saison. Hervé Poncharal, en tant que Président de l’association des teams qu’est l’IRTA et aussi comme chef d’une équipe impliquée dans la catégorie en convient. Il dénonce certains comportements et notamment les derniers vus en Catalogne qui vont à l’encontre de l’essence même de la course. Cependant, il avoue que contrecarrer ces dérives est chose compliquée, même si nécessaire…

En deux week-ends successifs, le Moto3 s’est taillé une sale réputation dans le monde des Grands Prix. Un décès au Mugello et une fin de course déplorable en Catalogne ont mis cette catégorie dans l’œil du cyclone. Elle semble ingérable, certains de ses protagonistes sont maintenant qualifiés de “fous” par les aînés du MotoGP dont certains, et non des moindres, avouent ne plus avoir le courage de regarder les courses du dimanche matin, de peur d’y voir un drame…

Ajoutez à cela une Direction de Course distribuant des sanctions à la pelle qui ne calment d’autant moins personne qu’elles sont parfois incomprises, car arrivant souvent très tardivement, et vous avez tous les ingrédients d’une poudrière plus proche du jeu du cirque que d’un sport mécanique.

Pourtant, tout y est pour y vivre un grand plaisir avec des motos identiques obligeant les pilotes à faire, seul, la différence. Mais beaucoup, pour y arriver, choisissent des méthodes peu orthodoxes. Et comme elles fonctionnent et que le ratio gain en résultat – sanctions ne fait pas pencher la balance du côté de la dissuasion, les exceptions deviennent la règle et les dérives le quotidien.

Le dernier cas concret remonte simplement au dernier Grand Prix en Catalogne. Hervé Poncharal le reconnait et s’en désole : « nous voulons éviter ce qui s’est passé en Catalogne : il est inacceptable de voir certains pilotes de tête ralentir volontairement pour profiter de l’aspiration dans le dernier tour ». Sans citer personne, c’est clairement la stratégie de Jeremy Alcoba qui est ici regrettée, et qui a causé un certain chaos derrière, jusqu’à provoquer un drapeau rouge en guise de drapeau à damier…

Le patron français insiste : « ce que nous avons vu n’est pas de la ” pure course “. En termes de rythme, certains tours étaient 4 secondes plus lents que d’autres. Ce comportement est dangereux et doit être corrigé. Nous avons déjà convoqué les équipes au Sachsenring. Il y a un besoin de clarté et de rigueur dans les règles, ainsi que dans leur application et les sanctions. Il faut mettre des limites aux pilotes, sinon c’est l’anarchie ».

Sur le principe, les choses sont donc posées. Mais sur la recette à adopter pour faire rentrer tout le monde dans le rang, c’est plus compliqué : « les choses peuvent toujours être améliorées et nous le ferons, mais de l’extérieur, il est trop facile de critiquer. Lorsque vous êtes l’arbitre, vous êtes toujours la cible des critiques. L’important est d’avoir une Direction de Course qui connaît bien la sécurité et les règles et les fait respecter ». Seulement voilà … « Lorsque vous avez 30 pilotes de niveau similaire sur des motos aux performances très proches, les courses en groupe sont inévitables et celles-ci sont potentiellement plus dangereuses. Par rapport aux autres catégories, l’aspiration est décisive pour les petites Moto3. Mais comment intervenir ? ».

C’est toute la question. Il y a les fameux capteurs pour les parties vertes de la piste, mais le problème reste les qualifications avec des groupes de pilotes errant pleine piste à la recherche d’une roue pendant que d’autres sont à pleine vitesse. Le fait nouveau en Catalogne, est que cette stratégie s’est aussi vue en fin de course.

Hervé Poncharal Moto3

Hervé Poncharal : “l’ADN de la course qui consiste à aller vite, pas à ralentir”

« Je ne pense pas que le Moto3 soit devenu plus dangereux que la saison dernière » avance Hervé Poncharal malgré le mauvais sentiment ambiant. « Pendant des années, cela a été l’une des catégories les plus excitantes avec des batailles du premier au dernier tour et de nombreux pilotes en paquet, de sorte que lors d’une course, un pilote peut terminer sur le podium et finir la suivante vingtième. Les motos fonctionnent également de la même manière. Les courses sont belles et excitantes à regarder, mais visiblement, comme elles sont si serrées, on les suit avec appréhension ».

On le voit, il sera difficile de trouver une solution. Et il ne servira même à rien de sanctionner les pilotes au portefeuilles… « Des amendes de 10 000 euros ? Rappelons-nous que de nombreux pilotes Moto3 ne sont pas payés, alors que pouvons-nous faire ? Cependant, les équipes paieraient ».

Le Français termine sur MOW : « je suis favorable à l’application de sanctions sévères et surtout à faire comprendre aux pilotes qu’ils peuvent se battre, mais qu’il y a des choses qui ne peuvent pas être faites. Lorsqu’un pilote coupe délibérément les gaz dans le dernier tour pour profiter de l’aspiration, il nie l’ADN de la course qui consiste à aller vite, pas à ralentir. Cependant, c’est facile de critiquer de l’extérieur, c’est différent quand on est sur la moto, avec une trentaine d’autres pilotes qui se battent pour les positions qui comptent ». Les discussions risquent effectivement d’être longues avant de trouver une solution… mais il faudra bien trancher ce nœud gordien.



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