Et si Aprilia avait commencé à perdre le championnat 2026 avant même son premier Grand Prix ? Alors que Marc Marquez s’apprête à jouer le titre au Qatar, Ramon Forcada livre une analyse particulièrement sévère de la saison du constructeur italien. Pour l’ancien chef mécanicien, les erreurs ne se limitent ni aux performances en piste ni aux blessures de Jorge Martin. Elles plongent leurs racines dans la crise contractuelle de 2025 et dans une politique sportive incapable de désigner clairement ses priorités.
Martin et Aprilia : une rupture jamais vraiment réparée ?
Au printemps 2025, après une succession de blessures et un terrible accident au Qatar, Jorge Martin avait tenté de se libérer de son contrat avec Aprilia. Le bras de fer avait été spectaculaire : désaccord sur les clauses contractuelles, menace de contentieux et perspective d’un départ anticipé, avec Honda parmi les destinations évoquées.
Finalement, Martin était resté. Officiellement, les relations avaient été normalisées. Mais selon Ramon Forcada, interrogé par Duralavita, les conséquences humaines de cet épisode ont persisté.
« Lorsque des déclarations ou des prises de position aussi extrêmes, comme celle de Jorge Martin, concernant son éventuel départ, les clauses de son contrat ou la possibilité d’un procès… cela crée des divisions et laisse un goût amer. »
Voilà le cœur de son analyse. On peut conserver un pilote par contrat sans nécessairement reconstruire la confiance qui permet de gagner ensemble. Forcada ne démontre pas que cette défiance a directement coûté le titre. Mais il suggère qu’Aprilia a abordé 2026 avec une fracture qu’elle n’avait jamais totalement refermée.
Une moto pour gagner, mais personne pour commander ?
Malgré ces tensions, Martin a retrouvé la compétitivité sur la RS-GP, jusqu’à prendre la tête du championnat lorsque Marco Bezzecchi a traversé une période difficile. Mais Marquez, revenu de très loin, a progressivement renversé la situation.
Avant Mugello, l’Espagnol accusait 102 points de retard. Il possède désormais 44 longueurs d’avance. Pour Forcada, Aprilia a également payé son refus d’établir une hiérarchie sportive claire.
« Avec des pilotes aussi talentueux et rapides, et une moto qui a fait ses preuves auprès de tous, Aprilia n’a pas adopté de politique consistant à désigner un pilote numéro un. » La critique est directe : lorsque le titre devient accessible, traiter tous les pilotes exactement de la même manière peut finir par desservir celui qui représente la meilleure chance au championnat.

Bezzecchi, Ogura : les consignes qui n’en seraient pas
Forcada cite notamment les tensions observées entre Marco Bezzecchi et Ai Ogura. L’ancien technicien s’interroge sur ces instructions officieuses que les équipes préfèrent parfois présenter comme de simples suggestions.
« Si Ogura dit : “Je n’ai pas reçu d’ordres d’équipe, mais on m’a suggéré de faire…”, on sait tous comment fonctionnent les suggestions. » Et il poursuit avec une critique tactique particulièrement mordante : « Ce qui n’a absolument aucun sens, c’est de jouer le rôle d’ailier pendant sept tours, de laisser ceux qui sont derrière rattraper leur retard pendant que ceux qui sont devant prennent de l’avance… »
Selon lui, cette hésitation aurait contribué à compromettre un podium Aprilia. Son reproche dépasse donc le cas Martin : Noale aurait voulu bénéficier des avantages des consignes d’équipe sans toujours assumer clairement leur application.
Martin blessé, Marquez devant : un gâchis ou une occasion manquée ?
La fracture du radius subie par Martin à Phillip Island a évidemment bouleversé la fin de saison. Absent en Australie puis en Malaisie, l’Espagnol a vu Marquez prendre une avance considérable.
Mais réduire l’échec d’Aprilia à cette blessure serait trop simple. Forcada met en cause une accumulation de décisions, de tensions et d’occasions mal exploitées. Il reste impossible de savoir si une stratégie différente aurait suffi à contenir Marquez.
En revanche, la question du pilotage sportif d’Aprilia ne pourra pas être éludée au moment du bilan.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Martin : la crise contractuelle de 2025 aurait laissé des traces durables dans sa relation avec Aprilia.
- Forcada : l’absence de hiérarchie sportive claire aurait compliqué la conquête du titre.
- 2027 : Martin partira chez Yamaha, tandis que Bagnaia rejoindra Aprilia.
Aprilia possédait peut-être la moto capable de battre Ducati. Mais, à entendre Forcada, elle n’aurait jamais complètement construit l’équipe capable d’en tirer toutes les conséquences. Et c’est peut-être ce qui rend cette fin de saison si amère.





