Ce jeudi 9 septembre 2021, Johann Zarco a répondu aux questions des journalistes depuis le circuit de Motorland Aragón, en prélude du Grand Prix MotoGP de Aragón.

Nous sommes allés écouter (via un logiciel de téléconférence) les propos du pilote français qui figure à la 3e place du championnat.

Comme à notre habitude, nous reportons ici les paroles de Johann Zarco sans la moindre mise en forme, même si cela est partiellement traduit (vouvoiement en anglais, tutoiement en français).


Johann Zarco a commencé en évoquant son voyage entre son domicile et Tarragone au guidon de la Ducati 900 SS Darmah : « Les 950 km se sont bien passés sur la vieille Ducati. C’était bien ! Le premier jour, on a fait 200 km pour atteindre le premier hôtel et retrouver les autres qui venaient d’Italie. La première nuit a été amusante car après le dîner tout le monde est allé dans le garage entier que l’hôtel avait mis à notre disposition et qui contenait aussi deux 2 CV, des vieilles Citroën. Nous étions tous avec des vieilles motos mais une seule a connu des problèmes. Ce n’était pas la mienne mais une BMW. C’est dommage pour le gars qui avait choisi une BMW et qui a connu des problèmes ! Ils ont travaillé jusqu’à une heure du matin pour résoudre le problème mais je suis allé au lit un peu plus tôt. Le jour suivant, cette moto a de nouveau connu un problème, peut-être après 200 km. Comme nous étions en France et que c’était mon territoire, j’ai pu arranger les choses pour que des personnes s’occupent de la moto et déchargent les Italiens de tout souci pour renvoyer la moto à son domicile. Mais cette deuxième journée a été un peu trop longue : Nous avons fait 500 km en 7h30 de roulage, dans une journée de 10 heures puisque nous sommes partis à 8h30 et que nous sommes arrivés à 18h30. C’était un peu long mais c’est ça l’aventure. Le dernier jour, nous avons fait les 200 derniers kilomètres en Espagne. Nous connaissions bien la route : ça ressemble au désert et c’est très joli, mais c’était un peu trop long car il y a beaucoup de très longues lignes droites. Les virages sont bien aussi mais vous devez rouler vite pour vous y amuser, et le groupe de 10 pilotes n’allait pas assez vite pour s’amuser dans ces virages en Espagne. Mais c’était bien et c’est maintenant amusant dans le paddock car il y a énormément de vieux, des vieux mécaniciens à qui je n’ai pas parlé depuis 10 ans, qui me disent ” Good job Zarco ! ” (Rires). »

« C’est amusant car je ne l’ai pas fait pour ça, mais je peux voir que j’ai touché beaucoup de personnes et leur ai procuré du plaisir en ayant le courage de partir avec cette vieille moto. »

« J’étais inquiet ! Je dois reconnaître que j’étais inquiet quand j’ai pris la moto et que j’ai fait les 30 premiers kilomètres pour ramener la moto chez moi, je me suis dit ” OK, quand je dis quelque chose, je le fais “, mais j’étais inquiet car cette moto était peut-être une erreur. Finalement, après 200 km, le sourire est revenu, donc j’étais heureux. J’étais aussi très heureux de ne pas avoir eu le moindre problème : je n’ai pas rajouté la moindre goutte d’huile ! J’en avais amené avec moi mais je n’y ai pas touché, peut-être parce que je ne savais pas comment contrôler le niveau d’huile. Mais au moins, j’ai pu terminer. Je ne rentrerai pas avec car je ne prendrai pas le risque de remonter tout seul : le groupe repart en moto mais ils vont à Barcelone et prennent le bateau. Si j’étais avec la Multistrada, je rentrerai directement chez moi dimanche soir car c’est une moto facile. »

« Mais nous sommes au Grand Prix d’Aragón (rires) avec une MotoGP ! Silverstone a été compliqué pour moi, et avec la façon dont j’ai commencé le weekend je n’ai vraiment pas pu trouver une solution. Au final, je pense que j’ai pris une mauvaise direction pour régler la moto. Ce que nous avons fait était logique, mais à la fin de la course nous avons réalisé que ce n’était pas la bonne manière et que nous avons peut-être perdu du temps. C’est toujours une leçon ! C’est très sensible : Vous changez des petites choses mais vous devez les considérer comme importantes pour bien comprendre et ne pas refaire les mêmes erreurs afin d’avoir un meilleur week-end ici en Espagne. Il est vrai que l’année dernière, j’avais beaucoup progressé lors du deuxième weekend, et le souhait est de repartir immédiatement avec un bon rythme dès le vendredi, puis de travailler dessus pour préparer la course. L’année dernière, beaucoup de garçons ont peiné avec le pneu usé, et nous savons que cela peut être encore un problème ici en Aragón. Il devrait faire chaud, beaucoup plus que l’année dernière, et nous avons quasiment les mêmes pneus. C’est un grand circuit sur lequel je pense que notre puissance ne sera pas un problème et devrait être un avantage. Je m’attendais à l’avoir à Silverstone mais je n’ai pas bien pu m’en servir. Je dirais que c’est encore plus un avantage ici car la piste est encore plus grande et nous avons encore plus d’accélération et de lignes droites. Je croise vraiment les doigts pour bien débuter le week-end et être compétitif. »

Qui a eu l’idée de ce voyage avec la Ducati ?
« L’idée du voyage est venue de l’équipe. Ils ont planifié cela depuis quelques mois, en imaginant partir d’Italie pour aller à Aragón, en traversant les Alpes, les Cévennes, en passant par Andorre, et en prenant Jack Miller au passage. Finalement, Jack n’a pas fait les derniers jours car il avait quelque chose à faire à Aragón. Cela a été planifié il y a quelques mois, et quand j’en ai pris connaissance, j’ai dit ” peut-être que je veux venir ! Je vous rejoindrai car vous ne passez pas très loin de mon domicile, donc ce sera bien d’être avec vous “. Le plan était de rouler en Multistrada mais ils ont commencé à plaisanter en disant qu’il serait interdit d’utiliser une moto plus récente que l’année 2000. J’ai retenu cette blague et j’ai envoyé une photo de la Ducati, et ils m’ont répondu ” si tu es un homme, tu viens avec “. Et comme je suis un peu stupide, j’ai dit ” j’arrive ! “. »

Vous avez aussi fait de la tyrolienne aujourd’hui
« C’était bien de faire un pré-event. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas fait un pré-event pour Dorna. Mais le saut en parachute c’est bien mieux (rires) ! Là, nous étions à 120 km/h et ils ont dit aux pilotes MotoGP ” c’est fantastique ! “, mais on leur a dit tous ensemble ” oui, c’était bien ” (rires et expression comme quoi ça ne cassait pas des briques). . Mais c’était bien, l’endroit où nous somme allés était magnifique et il y a toujours ce petit challenge d’aller plus vite que les autres. Vous ne pouvez pas y faire grand chose mais vous essayez de raidir votre corps pour peut-être être un peu plus rapide. C’était bien, mais clairement le saut en parachute ou le wind tunnel, que j’ai pratiqué trois ou quatre fois et dont je suis fan, vous procurent plus d’adrénaline que cette tyrolienne. »

Ce voyage était-il un moyen de vous enlever de la pression accumulée ces derniers mois ?

« C’est possible ! Comme je l’ai dit, quand j’ai pris la moto lundi matin, je pensais déjà à dimanche et je me disais que ce voyage de trois jours était peut-être une erreur. En étant logique, vous êtes un sportif, vous devez beaucoup donner au Grand Prix d’Aragón, et c’est mieux de faire comme d’habitude, avec un rythme parfait pour un sportif. Je ne parle pas de la diététique car j’ai pu bien manger à l’hôtel. Mais la passion a pris l’avantage et je me suis dit ” tu veux le faire, fais-le, et ton corps sera OK ! “. Et j’ai vu que mon corps était OK : Quand c’est seulement piloter une moto lentement alors que vous avez l’habitude d’attaquer en moto chaque weekend, finalement vous prenez beaucoup de plaisir. Et partager cela avec l’équipe était également bien. Il n’y avait pas toute l’équipe mais Francesco (Guidotti) était là, et c’est une des personnes les plus importantes de l’équipe, mon chef-mécanicien, deux de mes mécaniciens, beaucoup de personnes de mon côté du box étaient là mais aussi de celui de Martín. C’était vraiment bien ! Je ne l’ai pas fait pour que mon esprit s’échappe de cette pression, mais je réalise que la façon irrationnelle de penser apporte de bonnes choses. »

Qui roulait en BMW ? Quelqu’un de votre équipe ?
« Un autre gars. Je ne dirais pas qui (rires). C’était une vieille BMW. Tout le monde s’attendait à ce que les problèmes arrivent sur ma moto ou sur une vieille Honda, car quelqu’un roulait avec une vieille Honda 500cc, mais celle qui a cassé a été la BMW. »

Fais-tu partie de ceux qui, récemment, ont rencontré des problèmes de manque de constance entre des pneus semblables ?
« Non ! Je n’ai pas de souvenirs d’avoir rencontré ce type de problème. Je n’ai pas eu ce genre de problème et j’espère bien ne pas l’avoir. »

La Ducati, tu l’as depuis combien de temps ?
« Ce n’est pas la mienne ! Elle appartient à Adrian Parassol. Ce qui est cool, c’est que je lui ai envoyé un message, j’ai envoyé un transporteur pour récupérer la moto, il a fait les niveaux d’huile et a mis des pneus neufs. C’est un Racing Service extra ! Il a fait un très beau post sur Instagram qui m’a fait beaucoup plaisir. »

Tu avais déjà conduit une moto aussi vieille pendant aussi longtemps ?
« Pas longtemps, mais en mode course j’ai essayé la Suzuki RG500 1979 au Paul Ricard, avec un braquet 1 000 fois trop long et qui n’avait plus l’habitude d’avoir quelqu’un qui accélère dessus. Du coup, les pointeaux se sont bloqués et ça a pissé l’essence. Et après j’avais quand même essayé une 350 RDLC à Villeneuve-lès-Avignon, mais là, pareil, la personne qui la conduisait était trop calme et quand je suis rentré les pointeaux étaient encore bloqués et ça pissait l’essence aussi. »

C’est une expérience que tu referais, par exemple pour aller à Misano ou au Mugello ?
« Pas seul ! Si je refaisais quelque chose seul, je prendrai la Multistrada. Mais en mode vieille motos, pourquoi pas ? Après, dans un groupe, si il y en a certains qui roulent bien c’est plus agréable, parce qu’il y en a qui sont vraiment peu à l’aise sur des motos et pour quelqu’un comme moi qui est très à l’aise sur une moto ça, peut parfois être très long, sans parler de faire le fou. Mais garder le rythme d’un virage à l’autre, c’est plus agréable quand tout le paquet a un peu de rythme. »

Concernant le Ride Height Device en MotoGP, tu l’enclenches manuellement à chaque virage désiré, ou il y a déjà des systèmes plus sophistiqués ?
« On l’active à la main. Je pense que le système automatique ou électronique n’est pas autorisé, parce qu’à partir du moment où ce serait électronique, je pense que ça pourrait être automatisé. Mais comme ce n’est pas autorisé, c’est manuel. »

 

 

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