Yamaha ne cherche même plus à enjoliver sa saison 2026. Paolo Pavesio emploie lui-même le mot « douleur » pour décrire ce que traverse actuellement le constructeur d’Iwata. Mais derrière l’échec de la nouvelle M1 V4 et la rupture avec Fabio Quartararo se dessine déjà le véritable projet : transformer cette année sacrifiée en fondations pour 2027, avec Jorge Martin et Ai Ogura comme nouveaux visages de la reconstruction.
Il est rare qu’un dirigeant choisisse un terme aussi fort pour qualifier la saison de sa propre marque. Paolo Pavesio l’a pourtant fait. Yamaha doit désormais « capitaliser » sur les investissements réalisés en 2026 mais également, selon ses propres mots, sur « la douleur » accumulée cette année. Difficile de mieux résumer la situation.
La nouvelle YZR-M1 V4 n’a pas produit le bond en avant espéré, Fabio Quartararo n’occupe que la 15e place du championnat et la relation entre le champion du monde 2021 et Yamaha s’est progressivement transformée en divorce conflictuel.
Quartararo, symbole d’une reconstruction qui a mal tourné
Le cas Quartararo résume presque à lui seul le paradoxe Yamaha. Le Français réclamait depuis des années une transformation profonde de la M1. Celle-ci a finalement eu lieu avec l’abandon du quatre-cylindres en ligne au profit du V4, mais trop tard pour sauver leur histoire commune.
Le refus de Yamaha de lui permettre de découvrir les pneus Pirelli destinés à 2027 a encore aggravé la rupture, alors que Quartararo rejoindra Honda la saison prochaine. Jack Miller quittera lui aussi le MotoGP pour le WorldSBK, tandis qu’Alex Rins ne poursuivra pas l’aventure. Seul Toprak Razgatlioglu restera donc dans le projet Yamaha actuel.
Mais ce grand ménage possède son envers : Iwata a réussi à attirer Jorge Martin et Ai Ogura dans son équipe officielle, tandis qu’Izan Guevara rejoindra Pramac.
Yamaha n’a rien promis à Martin et Ogura
Yamaha n’a apparemment pas vendu à ses nouvelles recrues l’illusion d’une moto immédiatement capable de gagner. « Il s’agissait d’être transparents, honnêtes, d’expliquer le processus, d’expliquer ce que nous faisions », raconte le responsable du projet Yamaha dans le podcast Paddock Pass.
Martin et Ogura savent donc exactement dans quelle aventure ils s’engagent. « Ils savent tous les deux très clairement quel est le plan, et ils savent que c’est un processus », poursuit Pavesio. « En 2027, ce sera la première année où nous devrons capitaliser sur l’investissement de 2026 et, si je peux l’appeler ainsi, sur la douleur. »
L’objectif annoncé n’est d’ailleurs pas immédiatement le titre. Yamaha veut d’abord redevenir capable de « se battre pour des victoires ou des podiums ». Le championnat viendra ensuite. Une hiérarchie des ambitions qui en dit beaucoup sur le chemin qu’Iwata estime encore devoir parcourir.

Jorge Martin accepte de devenir le visage de la reconstruction
Le recrutement de Jorge Martin est évidemment le plus spectaculaire. L’actuel leader du championnat quitte une Aprilia capable de jouer le titre pour rejoindre le constructeur qui traverse actuellement l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente en MotoGP.
Pavesio assure pourtant avoir ressenti une véritable « connexion » avec l’Espagnol pendant les négociations. Martin ne vient donc pas seulement chercher un guidon d’usine : Yamaha lui propose de devenir l’un des acteurs centraux de son retour au sommet.
Pour Ai Ogura, la dimension est différente. Pavesio reconnaît que la possibilité de devenir pilote officiel d’un constructeur japonais a joué un rôle important dans sa décision. Yamaha associe ainsi un champion du monde et actuel prétendant au titre à l’un des principaux représentants de la nouvelle génération japonaise.
2027 dira si la souffrance Yamaha de 2026 avait un sens
C’est là que Yamaha joue gros. Une mauvaise saison peut être acceptée lorsqu’elle constitue le prix d’une transformation technique profonde. Elle devient beaucoup plus difficile à justifier si la saison suivante ne montre aucun progrès.
Yamaha aura en 2027 une nouvelle réglementation, une M1 de 850 cc, les pneus Pirelli et un effectif presque entièrement renouvelé. Les excuses seront donc moins nombreuses. Pavesio ne promet pas encore le titre. Il promet en revanche que Yamaha doit recommencer à viser podiums et victoires.
Après avoir demandé à Quartararo, Miller, Rins et Razgatlioglu de supporter la transition en 2026, Yamaha demandera à Martin et Ogura d’en récolter les fruits. Toute la question est désormais de savoir si cette fameuse « douleur » était celle d’une reconstruction… ou simplement celle d’une équipe qui s’était perdue.

























