Enea Bastianini, pilote italien, a remis en question la direction de Ducati. « S’il ne reste même pas un pilote italien, cela pose question. » L’Italien voit à regret l’équipe de Borgo Panigale se tourner vers un duo espagnol (Marquez-Acosta). Andrea Iannone partage sa déception. « Je suis déçu, mais c’est la vie. Gigi se base sur les performances. » L’italianité souvent réclamée à Borgo Panigale est ici en question.
Pendant des décennies, Ducati a raconté une histoire profondément italienne. Une moto italienne. Une usine italienne. Des ingénieurs italiens. Et, très souvent, des pilotes italiens pour incarner cette identité.
À partir de 2027, ce lien pourrait disparaître pour la première fois de l’ère moderne. Marc Marquez et Pedro Acosta composeront un duo entièrement espagnol, tandis que Francesco Bagnaia rejoindra Aprilia. Une rupture symbolique qui n’a pas échappé à Enea Bastianini.
Sans attaquer frontalement Ducati, l’ancien pilote officiel laisse transparaître un véritable malaise. Interrogé sur cette évolution, Bastianini ne remet jamais en cause le talent de Marquez ou d’Acosta. Il s’interroge sur autre chose. Sur ce que Ducati est en train de devenir.
« Beaucoup de choses ont changé à l’intérieur de Ducati. Il y avait beaucoup de pilotes italiens dans le giron Ducati, moi y compris. J’imagine qu’il existe des stratégies très précises derrière ces choix. » L’approche est intéressante. Il ne parle pas d’erreurs. Il parle de stratégie. Autrement dit, cette évolution n’est pas accidentelle. Elle est assumée.

Ducati ne recrute plus des symboles. Ducati recrute les meilleurs.
Pendant longtemps, l’identité nationale faisait presque partie de l’ADN de Borgo Panigale. Andrea Dovizioso. Danilo Petrucci. Enea Bastianini. Francesco Bagnaia. Tous ont incarné cette continuité.
Aujourd’hui, Luigi Dall’Igna applique une logique radicalement différente. La nationalité n’entre plus dans l’équation. Seule compte la performance. Marc Marquez représente le meilleur pilote disponible. Pedro Acosta le plus grand talent de sa génération. Le reste devient secondaire.
La phrase la plus forte de « Bestia » arrive ensuite. « S’il ne reste même pas un pilote italien, cela soulève évidemment des questions. Cela vous fait penser que quelque chose n’a pas fonctionné comme cela aurait dû, mais ce n’est pas à moi de juger. »
Bastianini ne dit pas que Ducati se trompe. Il constate simplement qu’une telle situation était impensable il y a encore quelques années. Et il invite chacun à s’interroger. Comment une marque italienne championne du monde en arrive-t-elle à ne plus confier aucune de ses motos officielles à un pilote italien ?
En réalité, Ducati applique aujourd’hui exactement la même philosophie que Ferrari en Formule 1. L’objectif n’est plus de défendre une identité nationale. L’objectif est de gagner. Si les deux meilleurs pilotes sont espagnols, ils porteront le rouge. Les usines restent italiennes. Les talents, eux, n’ont plus de frontières.
De son côté, Andrea Iannone apporte une nuance essentielle. L’ancien pilote Ducati partage la déception de nombreux tifosi. « Je suis déçu, car il y a eu tellement de pilotes italiens chez Ducati. ». Mais il refuse de tomber dans la nostalgie. Il rappelle que Bagnaia et Ducati ont écrit ensemble une des plus belles pages de l’histoire moderne du constructeur.
« Ils ont obtenu des résultats incroyables. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur ce qui a été perdu, mais aussi sur tout ce qui a été construit ensemble. » Une remarque qui évite de transformer ce débat en affrontement entre Italiens et Espagnols.
Finalement, la vraie question n’est peut-être pas de savoir si Ducati possède encore des pilotes italiens. La vraie question est de savoir si Ducati continue de fabriquer la référence absolue du MotoGP. C’est précisément ce que recherche Luigi Dall’Igna. Il construit une équipe capable de gagner, indépendamment des passeports. Ce choix est cohérent. Mais il possède forcément un coût symbolique.
Ironiquement, l’identité italienne que Ducati abandonne semble renaître… chez Aprilia. En 2027, Marco Bezzecchi et Francesco Bagnaia porteront les couleurs de Noale. Deux Italiens. Deux anciens de la VR46 Academy. Deux pilotes appelés à devenir les nouveaux ambassadeurs du motocyclisme italien.
Pendant que Ducati mondialise son projet, Aprilia devient, presque malgré elle, le nouveau visage sportif de l’Italie. Et c’est peut-être là le véritable bouleversement, car ce ne sont pas seulement les pilotes qui changent de garage. C’est une partie de l’identité du MotoGP italien qui est en train de changer de camp.
































