Malgré un début de saison 2026 tonitruant et un record de tours en tête, le leader du championnat n’est pas encore le pilote parfait aux yeux de son patron. Si Marco Bezzecchi survole les Grands Prix du dimanche avec trois victoires consécutives, une ombre plane sur ses samedis. Massimo Rivola, directeur d’Aprilia Racing, a profité d’une interview pour pointer du doigt l’unique faille de son nouveau prodige.
Il y a une image qui colle à la peau de Marco Bezzecchi depuis le début de saison : celle d’un patron. Victoires le dimanche, maîtrise apparente, autorité naturelle sur une Aprilia devenue référence. Mais derrière cette domination presque insolente, Massimo Rivola a choisi de casser le récit. Pas frontalement. Pas brutalement. Mais avec une phrase qui claque comme un avertissement : « la gestion du week-end de course. »
Tout est là. Et surtout, tout ce que Bezzecchi ne maîtrise pas encore. Rivola ne conteste rien du talent de son pilote, au contraire, il en rajoute presque : « Marco est un pilote sensible… il comprend bien sa moto. Il a un don naturel. »
Un don, oui. Mais un don encore brut, encore imparfait dans ce qui fait la différence entre un vainqueur et un champion. Car si Bezzecchi écrase les Grands Prix, il laisse filer les sprints. Et pas pour des raisons techniques. Pour des erreurs.
« Regardez les sprints : il a chuté deux fois sur trois alors qu’il aurait pu gagner ou monter sur le podium. »
La phrase est violente, parce qu’elle est vraie. Elle révèle une faille que les chiffres masquent encore : Bezzecchi domine… mais il ne contrôle pas. Et dans un championnat moderne où chaque point compte, où chaque samedi prépare le dimanche, cette approximation devient une menace.

Les compliments de Rivola à Bezzecchi … et le point faible pointé du doigt
Le plus intéressant, c’est peut-être ce que Rivola sous-entend ensuite sur Sky Italia, presque malgré lui : « Il n’avait jamais enchaîné autant de victoires… il doit apprendre à gérer cette situation. »
Voilà le paradoxe. Bezzecchi est en train de découvrir la pression du sommet en même temps qu’il y règne. Il n’a pas appris à construire un titre, il apprend en le jouant. Et face à lui, Jorge Martin n’est qu’à quatre points. Un pilote qui, lui, connaît déjà les cycles d’une saison, les moments où il faut attaquer… et ceux où il faut survivre.
C’est là que le discours d’Aprilia devient presque politique. Officiellement, les deux pilotes sont sur un pied d’égalité. Mais officieusement, tout indique que l’avenir se construit autour de Bezzecchi. Parce que Martin s’en va. Parce que l’Italien est le projet. Et parce qu’il faut le faire grandir… vite.
Rivola ne critique pas. Il prépare. Il installe une exigence. Une bascule. Celle qui transforme un pilote spectaculaire en prétendant crédible au titre. Car au fond, le problème de Bezzecchi n’est pas de savoir gagner. C’est de savoir ne pas perdre. Et c’est souvent là que se jouent les championnats.
Massimo Rivola envoie un message clair : pour devenir champion du monde, Bezzecchi doit apprendre à « se contenter » de gros points le samedi au lieu de tout risquer. Si l’Italien parvient à canaliser son enthousiasme lors des courses courtes, il deviendra quasiment imbattable.
À l’approche de Jerez, Bezzecchi saura-t-il appliquer les conseils de son patron et sécuriser son avance au championnat, ou la fougue du samedi restera-t-elle son plus grand ennemi ?































