Motegi devait être l’endroit idéal pour retrouver Francesco Bagnaia. Un circuit adapté à son pilotage, une Ducati traditionnellement performante au Japon et surtout un nouvel asphalte offrant l’adhérence qui lui manque depuis des mois. Davide Tardozzi lui-même estimait vendredi que son pilote disposait des conditions nécessaires pour redevenir compétitif. Quelques heures plus tard, Bagnaia terminait pourtant 16e et se retrouvait en Q1 pour la sixième fois consécutive. Un an après son week-end parfait à Motegi, le contraste devient difficile à expliquer.
Tardozzi avait de bonnes raisons d’y croire. Pour une fois, presque tous les éléments semblaient jouer en faveur de Bagnaia. Le nouvel asphalte de Motegi offre beaucoup d’adhérence et le tracé japonais correspond historiquement à son style de pilotage.
Davide Tardozzi avait d’ailleurs perçu des signes encourageants dès vendredi. « Pas mal. Je pense que la nouvelle surface nous a aidés. Il y a une bonne adhérence, donc il était content. » Le directeur de Ducati reconnaissait encore une difficulté au freinage, mais son pronostic restait optimiste : « Je pense qu’il sera compétitif ici, car ce circuit convient à son style de pilotage, ainsi qu’à notre moto. » Quelques heures auront suffi pour rendre cette déclaration beaucoup plus intrigante.
Seizième, et une sixième Q1 consécutive
Lorsque les chronos sont réellement tombés, Bagnaia n’était pas simplement absent du groupe de tête. Il était 16e. Pendant qu’Alex Marquez descendait jusqu’en 1’42″811 avec sa Ducati Gresini, Bagnaia échouait une nouvelle fois hors des dix places donnant directement accès à la Q2. Conséquence : samedi matin, le double champion du monde devra franchir la Q1 et décrocher l’un des deux billets disponibles. Ce sera surtout sa sixième Q1 consécutive.
À ce stade, il devient difficile de parler d’un accident de parcours. La qualification est devenue l’une des manifestations récurrentes de ses difficultés. Et Motegi rend la situation encore plus frappante.
Il y a un an, Bagnaia avait tout gagné au Japon
Parce que douze mois auparavant, ce même circuit avait produit exactement l’inverse. Bagnaia avait signé la pole avant de remporter le Sprint puis le Grand Prix. Un week-end parfait qui constituait alors une spectaculaire parenthèse dans une saison 2025 déjà compliquée.
En revenant au Japon, Ducati pouvait donc raisonnablement espérer que la combinaison entre le circuit, le nouveau revêtement et les qualités naturelles de Bagnaia ferait ressurgir quelque chose de cette performance.
Pour l’instant, c’est le contraire qui se produit. Lorsqu’on lui demande ce qui différencie la GP26 actuelle de la moto avec laquelle il avait dominé Motegi en 2025, Pecco ne cherche même pas une explication détaillée. « Tout. » Un seul mot, mais probablement le plus inquiétant de son vendredi.

Même davantage de grip ne résout plus le problème
Depuis des mois, Bagnaia évoque notamment son incapacité à retrouver suffisamment de sensations et d’adhérence à l’arrière pour piloter comme il le souhaite. Motegi pouvait donc constituer un test particulièrement intéressant.
Le nouvel asphalte génère manifestement du grip. Les chronos des autres pilotes le démontrent : Alex Marquez a battu le record du circuit et Pedro Acosta était lui aussi descendu sous l’ancienne référence quelques secondes auparavant.
Pourtant, Bagnaia ne transforme toujours pas cette adhérence supplémentaire en performance.
C’est peut-être l’enseignement le plus préoccupant de vendredi. Si le problème se résumait simplement à un manque général de grip du pneu ou de la piste, Motegi aurait dû en atténuer les effets. Cela n’a manifestement pas suffi.
Que peut encore changer Ducati ?
Et c’est là que la situation commence à devenir inconfortable pour Borgo Panigale. Ducati a multiplié les tentatives pour aider son pilote au cours de la saison. Réglages, pièces, configurations différentes : Tardozzi avait lui-même expliqué que l’équipe avait parfois essayé des solutions paraissant presque irrationnelles dans l’espoir de lui rendre ses sensations.
Mais vendredi à Motegi, Alex Marquez place une GP26 au sommet de la feuille des temps pendant que Bagnaia termine 16e. Cela ne signifie évidemment pas que leurs motos, leurs réglages ou leurs problèmes sont strictement identiques.
Cela montre en revanche que le potentiel de la Ducati existe sur ce circuit. Et ça rend la question encore plus difficile : que reste-t-il à modifier lorsque la moto peut battre le record entre les mains d’un autre pilote, que la piste fournit beaucoup d’adhérence et que le tracé correspond théoriquement au style de Bagnaia ?
Motegi devait apporter une réponse, il ajoute une question sur Bagnaia
Il reste évidemment les qualifications, le Sprint et le Grand Prix. Et Bagnaia a déjà démontré précisément à Motegi qu’il pouvait transformer brutalement un week-end mal engagé. Mais cette fois, le problème dépasse le résultat d’une seule séance.
Ducati pensait arriver sur l’un des circuits les plus favorables à son pilote avec un nouvel asphalte susceptible de lui rendre ce qu’il réclame depuis des mois. Vendredi soir, Pecco est 16e. Il y a un an, Motegi avait constitué l’exception spectaculaire laissant penser que le Bagnaia double champion du monde MotoGP était toujours quelque part sur cette Ducati. En 2026, le Japon devait peut-être permettre de le retrouver. Pour l’instant, même le circuit de son dernier week-end parfait ne semble plus savoir où il est passé.









