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Pit Beirer

Il y a parfois des déclarations qui en disent davantage sur une situation que des semaines de rumeurs. À Brno, Maverick Viñales n’a pas caché son exaspération. Et pour une fois, même KTM ne cherche pas vraiment à la contester. Pit Beirer en parle franchement. 

À quelques mois seulement du grand bouleversement réglementaire de 2027, alors que la quasi-totalité des guidons les plus convoités sont déjà attribués ou sur le point de l’être, l’Espagnol se retrouve dans une position aussi inconfortable qu’inattendue : après avoir été considéré il y a encore quelques mois comme un candidat crédible à un guidon officiel KTM, il n’est désormais même plus certain de conserver sa place chez Tech3.

Une situation que le principal intéressé vit de plus en plus difficilement. « On est presque en juillet, et je ne sais toujours rien de mon avenir, alors je pense qu’il est un peu tard de la part de KTM. »

La phrase est sèche. Elle traduit surtout une réalité que beaucoup de pilotes du paddock connaissent bien : attendre peut parfois être plus dangereux que recevoir un refus.

Car pendant que Viñales attend, les places disparaissent. Pedro Acosta s’apprête à rejoindre Ducati. Fabio Di Giannantonio et Alex Marquez sont annoncés chez KTM Factory. Enea Bastianini semble prendre la direction de TrackHouse. Jorge Martin, Fabio Quartararo et Ai Ogura ont déjà verrouillé leur avenir. Chaque semaine qui passe réduit un peu plus le nombre d’options disponibles. Et c’est précisément ce qui inquiète Viñales.

L’ancien vainqueur chez Suzuki, Yamaha et Aprilia a même révélé avoir refusé une opportunité extérieure, convaincu que KTM constituait alors sa priorité. Aujourd’hui, il constate que cette confiance n’est pas forcément récompensée.

Maverick Vinales, Brno MotoGP 2026.

Pit Beirer : « Maverick Vinales doit aussi comprendre un peu notre point de vue »

Face à ce malaise grandissant, Pit Beirer a choisi une stratégie rare dans le paddock : reconnaître publiquement que le pilote a des raisons d’être frustré. « Je comprends sa frustration. » Une admission qui mérite d’être soulignée.

Car KTM aurait pu se réfugier derrière le traditionnel discours des négociations en cours ou des décisions encore ouvertes. Au lieu de cela, Beirer reconnaît clairement que la situation actuelle n’est agréable pour personne.

Mais il demande également à Viñales de comprendre la position du constructeur. « Mais il doit aussi comprendre un peu notre point de vue, à savoir que nous devons d’une manière ou d’une autre créer le meilleur ensemble possible. »

Autrement dit, KTM estime avoir le droit de comparer toutes les options disponibles avant de prendre une décision définitive. C’est là que se situe le véritable cœur du dossier. Car Tech3 n’est plus aujourd’hui la simple équipe satellite qu’elle était autrefois. Depuis l’arrivée de Günther Steiner à sa tête, le projet a changé de dimension. Les ambitions sont plus élevées, les investissements plus importants et les objectifs sportifs beaucoup plus agressifs.

Dans cette logique, chaque choix de pilote devient stratégique. Beirer ne s’en cache d’ailleurs pas.

« Il y a aussi un leadership très fort de la part de Guenther dans le garage Tech3, ce qui est formidable pour nous car je pense que nous aurons une équipe très forte à l’avenir. » Derrière cette phrase se lit une évolution importante : les décisions ne sont plus uniquement dictées par Mattighofen. Steiner dispose désormais d’un poids réel dans la construction de son effectif.

Et cela explique probablement pourquoi la réflexion prend autant de temps. Car plusieurs profils restent en concurrence. Le jeune Australien Senna Agius continue de séduire grâce à sa progression en Moto2. Brad Binder demeure une possibilité interne. Jack Miller et Alex Rins cherchent également des solutions pour prolonger leur carrière en MotoGP. Sans oublier Manuel Gonzalez, dont le nom circule régulièrement dans les discussions.

Dans ce contexte, KTM préfère attendre plutôt que de verrouiller trop tôt sa décision. Une logique compréhensible sur le plan stratégique. Mais beaucoup plus difficile à accepter pour le pilote concerné.

D’autant que Viñales n’est pas un candidat ordinaire. Beirer lui-même rappelle sur crash.net ce que l’Espagnol a apporté au projet KTM à un moment où peu de monde y croyait réellement. « Je ne suis pas à l’aise dans cette situation car c’est un si bon garçon et il a tellement fait pour nous au début de l’année dernière, lorsque les autres ne croyaient pas au projet. Il était le seul des quatre à avoir réellement fait avancer le projet. »

Dans le langage d’un directeur sportif, c’est un hommage. Car Beirer ne parle pas seulement de résultats. Il parle d’influence technique, de développement et de crédibilité. Il va même encore plus loin. « C’est grâce à ses excellents résultats que nous avons pu faire revenir Pedro. »

KTM considère donc Viñales comme l’un des artisans du retour en compétitivité de la RC16. Son travail aurait contribué à convaincre Acosta que le projet pouvait encore progresser. Autrement dit, le pilote qui attend aujourd’hui son contrat est aussi celui qui a participé à rendre l’équipe suffisamment attractive pour attirer les meilleurs talents.

KTM reconnaît son importance. KTM reconnaît ses mérites. KTM reconnaît sa contribution. Mais KTM refuse encore de lui garantir sa place. Beirer tente malgré tout de rassurer. « On ne l’oublie pas. » Puis il ajoute : « Maverick est l’un de nos candidats favoris. »

Une phrase importante, mais qui ne constitue toujours pas une signature. Et c’est bien là tout le problème. Dans un marché des pilotes déjà largement verrouillé, chaque semaine supplémentaire accroît la pression sur Viñales. Plus les décisions tardent, plus les alternatives disparaissent.

Du point de vue de KTM, cette patience est nécessaire pour construire l’effectif le plus compétitif possible. Du point de vue du pilote, elle ressemble de plus en plus à une prise de risque imposée.

Le « délai » demandé par Beirer suggère que le sort de Viñales se jouera lors des prochaines courses. S’il ne monte pas en puissance avant la trêve estivale, la tentation de KTM de renouveler intégralement l’équipe avec des profils plus « neufs » (ou le pari sur un rookie comme Agius) risque de l’emporter sur la gratitude historique.

Maverick Vinales, Brno MotoGP 2026.

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