Moto GP
Publié le 1 juin 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP – Les recrutements attendus chez Ducati agacent Liberty Media : avec cinq Espagnols et des Italiens, l’internationalisation rêvée de la grille n’est pas pour demain

En F1, 15 nationalités sont représentées. En MotoGP, 14 pilotes sur 22 sont espagnols ou italiens. Et ça agace Liberty Media.

Le MotoGP se trouve à un tournant critique. Alors que Liberty Media cherche à propulser la discipline vers de nouveaux sommets, une ombre plane sur le paddock : l’hyper-domination des pilotes espagnols et italiens. Ducati, en particulier, se retrouve sous le feu des critiques pour ses choix de pilotes, perçus comme un frein à la diversification mondiale indispensable à la croissance du sport.

Le futur marché MotoGP 2027 pourrait déclencher un énorme débat politique dans le paddock. Et cette fois, ce n’est pas seulement une question de talent ou de résultats. C’est une question d’identité du championnat.

Car selon plusieurs informations circulant dans le paddock, Ducati prépare une grille 2027 presque entièrement dominée par des pilotes espagnols et italiens. Et certains commencent sérieusement à s’inquiéter.

Le scénario prend forme depuis plusieurs semaines : Pedro Acosta devrait remplacer Francesco Bagnaia aux côtés de Marc Marquez dans l’équipe officielle Ducati. Chez Gresini Racing, Daniel Holgado serait attendu depuis la Moto2, tandis que Joan Mir récupérerait l’autre guidon.

Reste enfin VR46 Racing Team, encore en pleine réflexion autour du choix voulu par Valentino Rossi. Mais même là, les candidats restent essentiellement italiens : Luca Marini, Franco Morbidelli, Nicolò Bulega ou Celestino Vietti.

Résultat potentiel ? Cinq des six Ducati 2027 seraient espagnoles. La sixième italienne. Et c’est précisément ce qui commence à déranger certains observateurs proches du paddock. Une source anonyme citée par Speedweek résume brutalement le problème : « Cinq des six pilotes Ducati l’an prochain sont espagnols. » Puis elle ajoute quelque chose de beaucoup plus explosif : « Je suis surpris qu’on n’en fasse pas plus en coulisses. »

Liberty Media

Liberty Media fait ce constat : La F1 aligne 15 nationalités différentes pour 22 pilotes, le MotoGP 14 Espagnols avec le même effectif 

Car derrière cette critique se cache directement Liberty Media. Depuis son arrivée à la tête du MotoGP, le groupe américain affiche une ambition claire : mondialiser davantage le championnat.

Et dans cette logique, une grille ultra-dominée par l’Espagne et l’Italie devient un vrai problème commercial.

La comparaison avec la Formula 1 fait d’ailleurs très mal. Aujourd’hui, la F1 aligne 15 nationalités différentes pour 22 pilotes. Le MotoGP, lui, reste extrêmement concentré autour de deux pays historiques.

Et l’initié du paddock pointe directement cette contradiction : « On lit partout qu’avoir un passeport espagnol ou italien est un désavantage ; pourtant, ces passeports ont toujours plus de valeur que les autres. »

Une phrase qui résume parfaitement le malaise actuel. Parce qu’au fond, Ducati ne fait rien d’irrationnel sportivement. Les meilleurs pilotes disponibles aujourd’hui sont effectivement très souvent espagnols ou italiens.

Mais commercialement, le problème devient réel. Le MotoGP cherche désormais à s’implanter plus fortement aux États-Unis, en Amérique latine, en Australie, en Asie et potentiellement au Moyen-Orient.

Or un championnat dominé presque exclusivement par deux nationalités limite forcément cette expansion mondiale. Et certains dossiers deviennent déjà très politiques. Le cas de Raul Fernandez est particulièrement révélateur. Selon plusieurs informations du paddock, le pilote TrackHouse serait fragilisé non seulement par ses résultats… mais aussi par son manque d’impact médiatique.

Et là encore, Liberty Media pourrait regarder ailleurs. Le nom de Senna Agius revient désormais avec insistance. Pourquoi ? Parce qu’un pilote australien deviendrait extrêmement intéressant à l’approche d’un éventuel Grand Prix d’Adélaïde.

Autrement dit : le marketing national commence désormais à peser directement dans certaines décisions pilotes. Et Ducati se retrouve au cœur de ce débat. Car la marque domine tellement le MotoGP qu’elle influence mécaniquement toute la structure de la grille.

Le problème, c’est que cette domination peut aussi devenir un piège pour le championnat lui-même. Davide Tardozzi reconnaît d’ailleurs que le MotoGP a déjà perdu énormément de popularité en Italie depuis la retraite de Valentino Rossi.

Et le paddock commence maintenant à craindre un scénario similaire autour de Marc Marquez.

Le Grand Prix d’Espagne a servi d’avertissement : après l’abandon de Marquez, une partie importante du public avait quitté le circuit avant la fin. Une image qui a énormément marqué Liberty Media.

Parce qu’elle montre les limites d’un modèle construit autour de quelques stars ultra-localisées géographiquement. Au fond, cette affaire révèle une bataille beaucoup plus profonde que le simple mercato 2027. Le MotoGP est en train de choisir entre deux visions : laisser les constructeurs prendre uniquement les meilleurs pilotes disponibles ou commencer à construire une grille plus diversifiée pour soutenir l’expansion mondiale du championnat

Et clairement, chez Liberty Media, certains commencent à penser que Ducati est peut-être devenu… trop puissant pour l’équilibre global du MotoGP.

Ducati, c’est l’Italie. Mais Ducati, c’est aussi l’Espagne. La marque de Borgo Panigale recrute massivement des pilotes ibériques. Une stratégie logique (les meilleurs sont espagnols), mais critiquable (manque de diversité). Liberty Media, propriétaire américain, veut mondialiser le MotoGP. Une grille avec 15 nationalités, comme en F1, serait un atout.

Mais les équipes, elles, pensent à leurs résultats. Et le vivier espagnol est si riche. En attendant, les autres nationalités se font rares. Un Français (Quartararo), un Australien (Miller), un Sud-Africain (Binder), un Japonais (Ogura), un Turc (Razgatlioglu). Trop peu pour un championnat mondial. Le MotoGP doit se réveiller. Ou se résigner à rester latin.

La question est désormais de savoir si Liberty Media forcera la main des constructeurs pour imposer une forme de « quota » ou une incitation à la diversité. Le MotoGP est-il prêt à sacrifier une partie de sa méritocratie immédiate au profit d’une expansion mondiale durable ? La réponse à cette question définira l’identité du championnat pour la prochaine décennie.

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