Quatre jours pour retrouver suffisamment de mobilité, de force et de confiance dans un poignet fracturé. Voilà le défi presque insensé que s’est fixé Jorge Martin après sa chute au Sprint australien. Alors que Marc Marquez possède désormais dix points d’avance au championnat, le pilote Aprilia refuse d’abandonner ses chances de titre. Son kinésithérapeute, Aitor Tomas, a dévoilé à Motorsport.com un protocole de récupération particulièrement intensif. Mais une question demeure : jusqu’où peut-on accélérer le retour d’un pilote sans compromettre sa santé ?
De Melbourne à Kuala Lumpur : pas une minute à perdre pour Martin
La première bonne nouvelle est venue des examens réalisés à Melbourne. Contrairement aux premières inquiétudes, Martin ne souffre pas d’une fracture du cubitus. Celle du radius distal droit est non déplacée et ne nécessite pas d’intervention chirurgicale.
Une circonstance favorable qui lui a permis de rejoindre directement la Malaisie plutôt que de rentrer en Espagne. Sur place, un kinésithérapeute de confiance a été mobilisé avant l’arrivée d’Aitor Tomas, attendue mardi.
Du lundi au jeudi, Martin n’aura qu’une seule mission : récupérer. Pas d’entraînement classique ni de préparation physique habituelle. Chaque journée sera consacrée aux soins, au repos et à l’évaluation de son état.
Cryothérapie, thérapie manuelle et magnétothérapie, le programme de Martin
Aitor Tomas décrit un programme organisé en deux phases. « La première visera à réduire l’inflammation et à traiter tous les problèmes liés à la lésion osseuse. L’objectif est de rétablir la mobilité, la force et la fonctionnalité. »
Pour cela, l’équipe médicale prévoit notamment de recourir à la cryothérapie et à des techniques manuelles. Le physiothérapeute évoque également l’utilisation de la magnétothérapie pour tenter de favoriser la récupération osseuse.
Précision importante : l’efficacité de la magnétothérapie pour accélérer la consolidation d’une fracture récente n’est pas solidement établie. Son utilisation ne signifie donc pas que l’os pourra retrouver sa résistance normale en quelques jours.
L’objectif immédiat reste surtout de réduire les symptômes et d’évaluer les capacités fonctionnelles du pilote.
Alpinestars entre dans la bataille
La préparation ne concerne pas uniquement les soins. Alpinestars, équipementier de Martin, doit modifier son gant droit afin de limiter les contraintes et les frottements sur la zone blessée. Un bandage thérapeutique est également prévu.
Si Martin reçoit l’autorisation de reprendre la piste, son équipe adaptera les traitements pour gérer l’inflammation et la douleur pendant le week-end. La possibilité d’une injection antalgique reste à l’étude, sans décision arrêtée.
Mais le problème fondamental demeure. Sur une MotoGP, le poignet droit commande l’accélérateur et participe directement au freinage avant, tout en supportant des efforts considérables lors des transferts de masse.
À Sepang, les freinages appuyés, les changements de direction et les conditions tropicales rendent cette sollicitation particulièrement exigeante. Un gant modifié peut améliorer le confort. Il ne remplace pas la solidité d’un os en cours de consolidation.
Jeudi, le véritable juge de paix
Le rendez-vous décisif est fixé à jeudi. Martin doit être examiné par l’équipe médicale du championnat, dirigée par le docteur Angel Charte. Celle-ci déterminera s’il peut participer aux premiers essais du vendredi.
Une éventuelle autorisation initiale ne garantirait d’ailleurs pas sa participation à l’ensemble du week-end. Une nouvelle évaluation pourrait intervenir après sa première sortie.
Chez Aprilia, personne ne souhaite transformer l’enjeu sportif en obligation médicale. « Nous le soutenons, mais nous savons que ces situations sont extrêmement compliquées. » Le constructeur assure également ne pas exercer de pression sur son pilote. « Quelle que soit sa décision, ce sera la bonne pour nous. Dans ce genre de situation, la santé prime. »
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Quatre jours : Martin suit un programme intensif pour tenter de retrouver l’usage de son poignet droit.
- Préparation : soins spécifiques, gestion de la douleur et gant Alpinestars modifié sont prévus.
- Jeudi : seule l’équipe médicale du championnat pourra autoriser une reprise.
Claudio Costa jugeait le retour à Sepang quasiment impossible. Massimo Rivola le qualifiait de « très, très difficile ». Jorge Martin, lui, a choisi de tenter sa chance. Mais dans cette course contre la montre, le chronomètre le plus important n’est pas celui du circuit : c’est celui de la guérison.





