Chez Ducati, Marc Marquez n’est pas seulement un pilote qui gagne. Il est aussi celui qui rend les problèmes plus faciles à comprendre. Son ingénieur de piste, Marco Rigamonti, raconte une collaboration aussi exigeante que stimulante : avec le numéro 93, les excuses habituelles disparaissent. Quand la performance manque, l’équipe sait où chercher. Mais derrière cette efficacité, une autre réalité apparaît : Marquez sait désormais qu’il ne peut plus risquer son corps comme il y a dix ans.
Quand Marquez n’avance pas, Ducati cherche du côté de la moto
À la question de savoir si travailler avec Marquez facilite la tâche ou renforce la motivation, Rigamonti répond sans hésiter sur Moto.it : « Les deux. » Sa logique est simple. Marquez pousse constamment sa machine à la limite. Lorsque les chronos ne suivent pas, les ingénieurs disposent donc d’un point de départ précieux : il faut comprendre ce qui l’empêche d’aller plus vite.
« S’il ne pilote pas bien, cela signifie qu’il y a un problème technique qui le limite », explique Rigamonti. Une remarque spectaculaire, à ne pas transformer pour autant en affirmation selon laquelle Marquez ne commettrait jamais d’erreur. L’ingénieur décrit avant tout la confiance acquise dans la capacité de son pilote à exploiter le potentiel disponible.
Avec d’autres pilotes, explique-t-il, certaines difficultés pouvaient aussi venir d’une piste, d’une météo ou de pneus avec lesquels ils ne parvenaient pas à attaquer suffisamment. Avec Marquez, cette incertitude se réduit.
Un pilote qui sait expliquer ce qu’il ressent
La vitesse pure n’est pourtant qu’une partie du tableau. Rigamonti insiste sur la précision des commentaires de l’Espagnol, qu’il s’agisse du châssis ou de l’électronique. Marquez distingue les virages, les sensations et les changements utiles. Il peut demander à l’équipe de ne rien modifier immédiatement lorsqu’il pense devoir encore adapter son pilotage. À d’autres endroits, il identifie au contraire une limite qui appelle une intervention technique.
« Dans ses commentaires, on voit vraiment les axes d’amélioration », souligne son ingénieur. C’est là que se construit une collaboration efficace : le pilote ne livre pas seulement un verdict sur la moto, il aide à comprendre pourquoi elle réagit ainsi.
Le champion qui écoute même ceux qui lui disent comment piloter
Rigamonti révèle aussi un trait moins visible de Marquez : son ouverture aux remarques.
Les membres de l’équipe qui observent depuis le bord de piste peuvent lui suggérer une autre trajectoire ou une approche différente. Un champion aussi titré pourrait balayer ces conseils d’un revers de main.
« On s’attendrait à ce qu’un pilote de son calibre dise : “Je sais piloter une moto, concentre-toi sur ta propre performance.” » Mais, selon Rigamonti, c’est exactement l’inverse. Márquez écoute, essaie et adapte parfois son pilotage. « Quelqu’un comme ça donne aussi envie de travailler et de s’investir davantage », résume l’ingénieur.
Une attitude qui explique pourquoi la relation fonctionne dans les deux sens : Marquez exige énormément de Ducati, mais il accepte aussi de se remettre en question.
Le génie Marquez sait désormais que son corps a des limites
Le témoignage prend une tonalité plus grave lorsque Rigamonti évoque les risques. « Il doit désormais gérer sa force et son énergie », explique-t-il, rappelant que l’âge et les blessures passées rendent une chute potentiellement plus lourde de conséquences qu’une décennie auparavant.
Marquez le dit lui-même à son équipe : il doit faire attention. Ce n’est pas renoncer à attaquer, mais choisir plus finement quand le risque vaut la peine d’être pris.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Technique : Marquez fournit à Ducati un repère exceptionnel pour identifier les limites de la moto.
- Méthode : malgré son palmarès, il écoute les conseils et teste de nouvelles solutions.
- Physique : il continue de pousser fort, mais doit protéger un corps marqué par les blessures.
Rigamonti conclut avec un mot : « génie ». Puis il va plus loin : « C’est le pilote par excellence. » Le compliment est immense. Mais le plus révélateur est peut-être ailleurs : chez Ducati, Marquez ne rend pas seulement la moto plus rapide. Il donne aussi à ceux qui travaillent autour de lui le sentiment de pouvoir progresser avec lui.




