Depuis son arrivée chez Ducati, Marc Marquez ne s’est pas contenté d’apporter sa vitesse et son immense expérience. Il a également transformé la manière dont les ingénieurs de Borgo Panigale travaillent avec leur pilote de référence. Pour Marco Rigamonti, son chef mécanicien depuis 2025, la plus grande qualité de l’Espagnol ne réside peut-être pas dans son talent de pilotage, pourtant exceptionnel. Elle se trouve dans sa capacité à analyser une moto avec une précision rarement vue en MotoGP. Une qualité qui fait de lui, selon l’Italien, le pilote idéal pour développer une machine de Grand Prix.
Lorsque Marc Marquez rejoint l’équipe officielle Ducati en 2025, il doit tourner une page importante. Après plus de dix ans de collaboration avec Santi Hernandez chez Honda, puis une saison avec Frankie Carchedi chez Gresini, il entame un nouveau chapitre aux côtés de Marco Rigamonti, arrivé chez Ducati deux ans plus tôt. En moins de deux saisons, leur relation est devenue l’un des piliers du succès de Ducati.
Dans un entretien accordé à Motorsport.com, Rigamonti explique ce qui distingue immédiatement Marquez de la plupart des pilotes qu’il a côtoyés. « Il sait parfaitement ce qui s’est passé sur la moto. Il comprend très bien la situation. »
Selon lui, l’Espagnol est capable d’identifier avec une précision étonnante l’endroit exact du circuit où un problème apparaît, puis de le relier immédiatement aux données télémétriques. « Il est capable de regarder les données et de dire : « Le problème apparaît exactement ici. » Cela nous facilite énormément le travail pour comprendre et résoudre ce qui ne va pas. » Pour les ingénieurs, cette précision représente un gain de temps considérable.

Marc Marquez a une qualité rare : savoir reconnaître ses propres erreurs
Mais Rigamonti insiste sur un autre aspect, tout aussi précieux. Marc Marquez ne cherche jamais à faire porter systématiquement la responsabilité à la moto. Lorsque la difficulté provient de son pilotage ou de sa condition physique, il le reconnaît immédiatement. « Il dit toujours : « J’ai ressenti cela… mais il est possible que cela vienne aussi de moi. » »
Cette honnêteté technique évite de lancer l’équipe dans de mauvaises directions de développement. Elle permet de distinguer beaucoup plus rapidement ce qui relève du pilote… et ce qui relève réellement de la Desmosedici.
Pour Rigamonti, c’est pourtant une autre qualité qui fait toute la différence. « Dès qu’il met son casque, nous savons qu’il donne tout. Toujours. Dans toutes les situations. » Cette certitude simplifie énormément le travail des ingénieurs. Si le chrono n’est pas au rendez-vous, Ducati sait immédiatement que le problème ne vient pas d’un manque d’engagement.
« Avec Marc, on ne se demande jamais si le pilote aurait pu faire mieux. On sait qu’il exploite toujours 100 % du potentiel de la moto. » Une affirmation qui résume parfaitement la confiance que l’équipe place dans son champion.
Cette approche explique aussi pourquoi Marc Marquez a souvent été considéré comme le pilote qui tombait le plus lors des essais. Depuis ses débuts en MotoGP, l’Espagnol préfère explorer immédiatement les limites de sa machine plutôt que d’y arriver progressivement.
Son objectif est simple : identifier où se situe la frontière entre vitesse maximale et perte de contrôle. Cette méthode spectaculaire lui a valu d’innombrables sauvetages… mais aussi plusieurs chutes parfois impressionnantes. Encore cette saison, il est tombé lors des essais à Austin en cherchant les limites de sa Ducati avant même que les pneus n’aient atteint leur température optimale.
Les nombreuses blessures traversées depuis 2020 ont néanmoins fait évoluer Marc Marquez. Selon Rigamonti, il est aujourd’hui encore plus lucide sur son propre état physique. Lorsque certaines douleurs limitent ses performances, il ne cherche pas à le cacher. « Si son problème venait de sa condition physique, il le disait clairement : « Aujourd’hui, je ne pilote pas correctement. » »
Le chef mécanicien raconte qu’il suffisait parfois d’observer le visage de son pilote pour comprendre son ressenti. Au Mugello, par exemple, il a immédiatement perçu le moment où Marquez avait retrouvé des sensations positives. « Son expression parlait d’elle-même. Lorsqu’il est satisfait, cela se voit immédiatement. »
Au-delà de la technique, Rigamonti décrit également un homme apprécié de toute l’équipe. Selon lui, Marquez entretient volontairement une atmosphère détendue dans le box. Il sait qu’un groupe serein travaille plus efficacement. « C’est quelqu’un d’honnête. On sait toujours ce qu’il pense. Il aime passer du temps avec nous parce qu’il sait qu’une bonne ambiance améliore aussi les performances. » Une philosophie qui explique sans doute pourquoi son intégration chez Ducati a été aussi rapide.
Les confidences de Marco Rigamonti éclairent une facette souvent moins visible de Marc Marquez. Le public retient ses dépassements spectaculaires, ses sauvetages improbables ou sa capacité à repousser les limites. Mais en interne, Ducati met surtout en avant la qualité de son analyse, son honnêteté et son engagement absolu.
Pour un constructeur, ces qualités sont presque aussi précieuses que la vitesse pure. Un pilote capable de distinguer avec précision ce qui relève de la machine ou de son propre pilotage fait gagner un temps considérable dans le développement.
C’est sans doute là que réside aujourd’hui la véritable force de Marc Marquez : il ne se contente pas d’être l’un des pilotes les plus rapides de l’histoire du MotoGP. Il est devenu un véritable partenaire technique, capable d’aider Ducati à rendre une machine déjà redoutable encore plus performante.










