Le paddock de Jerez est le théâtre d’une tension technique fascinante Entre les lignes des déclarations de Fabio Di Giannantonio et Pecco Bagnaia, on devine une fracture profonde chez Ducati : la firme de Borgo Panigale semble avoir sacrifié l’équilibre de sa machine sur l’autel du style de pilotage de Marc Marquez.
Ce n’est plus une rumeur de paddock. Ce n’est même plus une interprétation. C’est désormais assumé, presque frontal : le développement de la Ducati s’est orienté autour de Marc Marquez… au point de déséquilibrer tout le reste.
Et le plus troublant, dans cette histoire, ce n’est pas que la GP26 soit moins performante. C’est qu’en interne, certains commencent à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : la GP24… gagnerait encore aujourd’hui.
Fabio Di Giannantonio ne tourne pas autour du pot sur GPOne : « ces dernières années, le développement semble s’être orienté vers Marc Marquez … » Une phrase lourde de sens. Car elle implique immédiatement une conséquence directe : « Pecco et moi manquons de confiance, surtout à l’avant. » Autrement dit, la moto a évolué… mais pas dans une direction universelle.
Le problème est presque mécanique. Marquez attaque l’avant. Il vit sur la limite. Il accepte l’instabilité pour gagner du temps. À l’inverse, Di Giannantonio — comme Francesco Bagnaia — construit davantage, cherche la confiance, la progressivité, la lecture claire de la moto.
Et aujourd’hui : « mon style de pilotage est à l’opposé de celui de Marc. » Résultat ? Une Ducati qui parle parfaitement à un pilote… mais de moins en moins aux autres.

« La Ducati GP24, une moto qui gagnerait encore aujourd’hui sans problème »
Bagnaia apporte une nuance intéressante. Techniquement, la GP26 n’est pas un recul brut. « Le retour d’information du pneu avant est plus précis… on sent mieux la limite. » Mais cette précision a un prix. Une moto plus exigeante. Moins tolérante. Plus difficile à exploiter sur la durée d’une course. Et surtout, imprévisible dans certaines conditions : « en course… j’ai usé le pneu arrière à l’extrême après seulement huit tours. »
C’est peut-être la phrase la plus révélatrice. « Alex Marquez avait la GP24, une moto qui gagnerait encore aujourd’hui sans problème. »
Tout est là. Ducati n’a pas seulement perdu un avantage. Elle a peut-être abandonné une base gagnante.
Le plus inquiétant, ce n’est pas le problème en lui-même. C’est l’absence d’unité : « nous ne sommes pas exactement sur la même longueur d’onde » reconnait DiGia.
Les pilotes ressentent les mêmes difficultés. Mais ne les expliquent pas de la même manière. Et certains, comme Di Giannantonio, vont même jusqu’à explorer l’opposé du développement principal : « je vais dans la direction opposée à celle de Marc. »
Et c’est là que la situation se complique. Car Marquez, lui, ne se plaint pas. Comme souvent. Il s’adapte. Il compense. Il performe. Mais en le faisant, il tire la moto vers une zone où seuls quelques pilotes peuvent survivre.
Le choix était logique. Prendre Marquez, c’est viser le sommet. Mais construire une moto autour de lui, c’est accepter un risque majeur : exclure les autres. Aujourd’hui, Ducati se retrouve dans cette zone grise. Une moto plus pointue. Un potentiel intact. Mais une base moins universelle. Et surtout une question qui commence à circuler sérieusement dans le paddock : fallait-il vraiment abandonner une GP24… que tout le monde savait faire gagner ?
Le « nouveau départ » espéré à Jerez est assombri par une réalité brutale : Ducati travaille avec une moto intrinsèquement plus compliquée que la précédente, tout en étant tiraillé entre deux visions techniques irréconciliables.































