Le MotoGP voulait davantage de courses, davantage de départs et davantage de spectacle. Mais à force d’en demander toujours plus à ses pilotes, ne risque-t-il pas de détruire ce qui fait précisément sa valeur ? Après un Grand Prix d’Australie conclu sans course dominicale, Carlo Pernat livre un réquisitoire contre le calendrier et les Sprints. Pour le manager italien, la fracture de Jorge Martin, en pleine lutte pour le titre mondial, illustre les dérives d’un championnat qui semble avoir oublié les limites physiques de ses protagonistes.
Carlo Pernat : « Le MotoGP fonce droit dans le mur »
Dans sa chronique Fast by Prosecco, Pernat ne prend aucun détour. « J’ai toujours dit que le MotoGP fonçait droit dans le mur, et je le dis encore aujourd’hui. » Sa cible ? Un calendrier devenu particulièrement exigeant, avec 22 Grands Prix et autant de Sprints, soit 44 départs de course théoriques.
À cette accumulation s’ajoutent des séquences de trois week-ends consécutifs, laissant peu de temps aux pilotes pour récupérer. Pour Pernat, le problème dépasse la simple fatigue. Chaque départ supplémentaire représente une nouvelle exposition aux risques de chute et de blessure.
« Les courses sont tellement rapprochées … avec trois week-ends consécutifs, c’est le talon d’Achille du MotoGP. » Le manager considère ainsi que le championnat risque de perdre ses principaux acteurs précisément lorsque la lutte sportive devient la plus intense.
Martin : le titre mondial sacrifié sur un Sprint ?
La chute de Jorge Martin à Phillip Island cristallise toutes ses inquiétudes. Alors qu’il affrontait Marc Marquez pour la victoire, le pilote Aprilia s’est fracturé le radius droit. Une blessure qui a finalement compromis sa participation à Sepang et bouleversé la physionomie du championnat.
Mais Pernat refuse de condamner son agressivité. Il estime au contraire que Martin possédait davantage de vitesse que Marquez et avait de bonnes raisons de tenter sa chance. « Il avait plus à offrir, il le savait. Finalement, il a chuté, mais il a essayé. Martin est comme ça. »
Le véritable problème, selon lui, réside dans les conséquences disproportionnées d’une chute survenue au milieu d’un calendrier aussi dense. Car Martin n’avait aucune possibilité de récupérer avant la prochaine manche. Et avec dix points de retard sur Marquez, chaque absence pèse lourd.

Cinq pilotes menacés d’absence : le spectacle sans ses vedettes ?
Pernat cite une série de pilotes touchés par les blessures : Toprak Razgatioglu, Jorge Martin, Alex Rins, Joan Mir et Fermin Aldeguer. Il redoute une grille amputée de plusieurs protagonistes dans cette dernière partie de saison. « Ceux qui regardent les Grands Prix le dimanche ratent de très bons pilotes. »
Son raisonnement est simple : multiplier les courses ne garantit pas davantage de spectacle si les blessures empêchent ensuite les meilleurs pilotes de participer. Il faut néanmoins nuancer son accusation.
Toutes les blessures évoquées ne résultent pas nécessairement d’un Sprint. Les circonstances diffèrent et aucun lien de causalité général ne peut être établi à partir de cette seule liste.
Mais la question de l’exposition supplémentaire au risque mérite d’être posée. Un championnat peut-il continuer à augmenter ses obligations sportives sans réexaminer leur coût physique ?
Carlo Pernat assure que le docteur Charte est maintenant face à une responsabilité immense
Pernat s’inquiète également de la pression entourant un éventuel retour de Martin. L’Espagnol souhaite reprendre la compétition malgré sa fracture, alors que le titre mondial reste accessible.
Mais le manager rappelle que la décision doit appartenir aux médecins. « C’est désormais le spectacle ou la santé du pilote qui est en jeu. » Il appelle le docteur Angel Charte, responsable médical du championnat, à prendre une décision indépendante des intérêts sportifs et commerciaux.
Pernat évoque également Yamaha, que Martin doit rejoindre en 2027, et les conséquences qu’une nouvelle chute pourrait avoir sur son avenir. Le risque ne concerne donc pas seulement les dernières courses de 2026. Il pourrait engager la suite de sa carrière.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Calendrier : Pernat dénonce les 44 départs théoriques et l’enchaînement des Grands Prix.
- Martin : sa fracture illustre les conséquences possibles d’une chute en pleine lutte pour le titre.
- Sécurité : le manager exige que l’aptitude médicale prime sur les intérêts du spectacle.
Carlo Pernat clame à qui veut l’entendre que le MotoGP multiplie les courses pour attirer davantage de spectateurs, mais risque de les priver des pilotes qu’ils viennent voir. À vouloir offrir toujours plus de spectacle, le championnat pourrait finir par manquer de protagonistes.





