Moto GP
Publié le 17 juillet 2026 • 19:00 par André Lecondé

Pour Andrea Dovizioso, Toprak Razgatlioglu n’a pas échoué au Sachsenring : il a simplement découvert ce qu’est vraiment le MotoGP

Malgré le cuisant constat d'échec de Toprak Razgatlioglu au Sachsenring, Andrea Dovizioso se veut rassurant et pragmatique.

Andrea Dovizioso

Le Grand Prix d’Allemagne 2026 restera probablement comme le pire week-end de Toprak Razgatlioglu depuis son arrivée en MotoGP. Qualifié seulement 18e, dernier pilote classé en course, incapable de suivre le rythme de Cal Crutchlow pendant une grande partie du Grand Prix, le champion du monde Superbike a même parlé d’un « week-end perdu ». Pour beaucoup, ce Sachsenring a constitué une première véritable désillusion. Pas pour Andrea Dovizioso.

L’ancien pilote Ducati et actuel pilote d’essais Yamaha n’a absolument pas été surpris par les difficultés rencontrées par le Turc. Bien au contraire, il estime que ce week-end était presque écrit à l’avance. « Toprak a particulièrement mal couru, mais honnêtement, sur le papier, je m’y attendais », explique Dovizioso sur sa chaîne YouTube. Une déclaration qui mérite que l’on s’y attarde.

Dovizioso identifie immédiatement le problème. « C’est un pilote qui freine fort. Le Sachsenring, c’est avant tout la vitesse en virage avec une adhérence nulle. » Voilà probablement l’une des clés de lecture les plus intéressantes du week-end allemand. Depuis son arrivée en MotoGP, Toprak impressionne par ses freinages tardifs hérités du Superbike. Mais précisément, le Sachsenring récompense davantage les pilotes capables de conserver énormément de vitesse en courbe que ceux qui excellent au freinage.

Andrea Dovizioso

Andrea Dovizioso : « Chez Yamaha, ils progressent. C’est juste que c’est difficile à voir car ils sont rarement à l’écran »

Autrement dit, le circuit allemand mettait parfaitement en lumière l’une des principales différences entre le pilotage d’une Superbike et celui d’un prototype MotoGP. Ajoutez à cela un tracé qu’il n’avait plus fréquenté depuis la Red Bull Rookies Cup en 2014, des pneus Michelin qu’il ne maîtrise pas encore parfaitement et une Yamaha toujours en retrait face aux Ducati et aux Aprilia, et le résultat devient beaucoup moins surprenant.

L’analyse de Dovizioso est d’ailleurs particulièrement intéressante parce qu’elle refuse tout catastrophisme. « Il a vraiment eu du mal. Mais cela fait toujours partie de l’adaptation au MotoGP : un circuit qu’il ne connaît pas, des situations qu’il ne connaît pas, et tout cela lui sera utile l’année prochaine. »

Cette phrase résume probablement mieux que n’importe quelle statistique ce qu’est la première saison MotoGP de Toprak Razgatlioglu. Certains observateurs présentaient le Turc comme un futur vainqueur immédiat en catégorie reine. Son immense talent en Superbike a parfois fait oublier une réalité fondamentale : le MotoGP s’apprend. Même un multiple champion du monde Superbike ne peut pas faire l’économie de cet apprentissage.

Toprak a également expliqué que les pneus Michelin avaient pratiquement « détruit sa motivation » durant le week-end allemand. Et pourtant, cette expérience ne lui servira quasiment pas au Sachsenring en 2027 puisque le MotoGP roulera alors avec des pneus Pirelli.

Mais là encore, Dovizioso invite à regarder plus loin que la simple question des pneumatiques. Ce n’est pas tant le pneu que Toprak apprend à comprendre aujourd’hui que la manière dont un prototype MotoGP réagit lorsque les conditions ne correspondent pas à son style naturel de pilotage. Ce type d’apprentissage reste précieux, quel que soit le manufacturier.

Dovizioso a également tenu à rappeler que les progrès réalisés par Yamaha sont souvent difficiles à percevoir depuis l’extérieur. « Ils progressent. C’est juste que c’est difficile à voir car ils sont rarement à l’écran. »

 

Un commentaire qui résume assez bien la saison actuelle de Yamaha. Fabio Quartararo a terminé septième au Sachsenring, Jack Miller s’est qualifié en Q2 et poursuit son travail de développement, tandis que Toprak poursuit son apprentissage. « Nous ne sommes pas encore là où nous voudrions être », reconnaît néanmoins l’Italien.

Le week-end allemand a finalement rappelé quelque chose que l’on oublie parfois avec Toprak Razgatlioglu : son véritable championnat ne se joue pas cette année. Chaque circuit difficile, chaque problème rencontré avec les pneus, chaque duel perdu face à un pilote plus expérimenté constitue un investissement pour l’avenir.

Il n’y avait probablement aucune raison objective d’attendre un Toprak conquérant sur un circuit comme le Sachsenring dès sa première saison en MotoGP. Andrea Dovizioso ne s’y attendait pas, et Yamaha non plus.

Dans le cas du Turc, la souffrance fait partie intégrante du projet. Son week-end allemand n’est donc pas un échec. C’est simplement le prix à payer pour devenir un véritable pilote MotoGP.

Andrea Dovizioso