Oui, j’ai été surpris. L’année prochaine, Joan Mir sera pilote pour l’équipe Gresini Racing, soit la meilleure formation satellite en MotoGP depuis sa prise d’indépendance en 2022 – la seule qui a imposé tous les pilotes passés par ses rangs sans exception. Par rapport à ce qu’il propose en piste depuis 2023, cette décision me paraît tout à fait incompréhensible.
Mais pourquoi ?
Je ne vais pas m’épuiser à essayer de vous convaincre que Joan Mir est l’un des moins bons pilotes sur la grille. Depuis 2023, je multiplie les articles sur le sujet, en rappelant son taux d’abandon jamais vu auparavant, ses résultats lorsqu’il termine, et la supériorité nette de Luca Marini dans l’équipe d’usine Honda. J’ai déjà prouvé que l’Italien était bien meilleur par les chiffres, même lorsque Mir ne tombe pas. Penser, en 2026, que Joan Mir est supérieur à Marini relève de la mauvaise foi. L’écart de 53 points entre les deux hommes en dit assez long ; en 2023, on raillait Morbidelli, car il n’arrivait pas à tenir Quartararo, mais l’écart était similaire à ce moment de l’année.

Considérant que cette question a déjà été traitée, alors, pourquoi Gresini fait le choix de Joan Mir ? Eh bien, je ne sais pas. Non seulement ça ne paraît absolument pas mérité, mais ça remet en question toute la hiérarchie de la grille. L’argument soulevé par Marc Marquez concernait le titre mondial de Joan Mir, acquis en 2020. S’il vous plaît, peut-on arrêter de se baser sur une campagne moyenne datée d’il y a six ans pour déterminer de la valeur d’un pilote ? À ce compte-là, ça veut dire que Jorge Lorenzo aurait dû trouver une solution pour rester en MotoGP fin 2019 au vu de son palmarès, car il était encore champion en 2015 !
Non, bien sûr, il faut considérer la forme actuelle des pilotes, leurs résultats récents. Et dans le cas de Mir, ça fait depuis 2022 qu’il est très décevant, et depuis 2023 qu’il ne met plus une roue devant l’autre sur des années entières. Il faut quand même se rendre compte : Mir a terminé 15e du classement général en 2022 – bon, après une grosse blessure, d’accord –, 22e pour sa première année chez Honda, 21e pour la suivante, 15e en 2025 et il pointe actuellement en 18e place. Et malgré tout, il décroche le guidon Gresini, soit l’un des meilleurs en attendant de voir à quoi ressemblera la hiérarchie des constructeurs en 2027. Pendant ce temps, Luca Marini – objectivement meilleur – et Manuel Gonzalez risquent de ne pas trouver de solution en MotoGP. Voilà où nous en sommes.
Son agent doit être un véritable marabout, un sorcier, je ne vois pas d’autre explication. Chez Suzuki, d’abord, il avait été renouvelé avec un très bon salaire si mes souvenirs sont bons. Ensuite, il fut pris chez Honda Repsol aux côtés de Marc Marquez, là encore pour un beau chèque. Puis, il fut prolongé pour 2025-2026, avec une paye qui dépasse toujours les trois millions d’euros annuels. Et désormais, le magicien qu’est son agent arrive à convaincre les décisionnaires de l’une des meilleures équipes privées de tous les temps après cinq très mauvaises saisons. On doit tirer notre chapeau à cet artiste nommé Paco Sanchez, je ne vois que ça.
Joan Mir peut-il réussir ?

C qu’il fera ne changera pas l’analyse ci-dessus. Par pitié, ne venez pas me dire, s’il gagne des courses, que j’avais tort, car le contexte au moment de sa signature était celui décrit. D’autres, à commencer par Manuel Gonzalez, méritaient davantage cette chance. Pour illustrer ce point, rien de mieux que de prendre la promotion de Marc Marquez au sein de l’équipe officielle Ducati en exemple. A posteriori, oui, Ducati a fait le bon choix. Mais même aujourd’hui, Jorge Martin a raison de l’avoir en travers, car il méritait davantage ce guidon au moment où cela a été décidé. Dans le cas de Mir, c’est pareil. Ce qui m’embête, c’est qu’un team aussi fort lui donne une opportunité à ce moment précis au vu de ce que d’autres pilotes produisent, pas ce qu’il pourra faire une fois qu’il sera dans sa nouvelle famille, car on ne saura jamais ce que ça aurait pu donner avec un Gonzalez, par exemple.
Bon, venons-en au sportif. Joan Mir peut-il relever le défi Gresini ? Eh bien, c’est possible, car tout dépendra de la moto qu’il aura. Si Ducati construit une très bonne 850cc, oui, il saura, de temps en temps, s’illustrer, comme tous les autres pilotes de la grille avec une machine similaire. À l’heure actuelle, sur la bonne moto, les 22 pilotes peuvent faire au moins un podium ponctuellement.
Disons seulement que je l’imagine plus facilement continuer à chuter en permanence que devenir un candidat au titre. Il a parfois de la vitesse, oui. Mais je crois qu’en 2020 et surtout en 2021, nous avons vu ce que Joan Mir pouvait proposer de mieux. Il exploitait son potentiel au maximum, avec un évident déficit de vitesse – Mir est le seul champion du monde sans aucune pole position en catégorie reine –, et une régularité moyenne à bonne, tout au plus. Beaucoup prennent sa campagne 2020 en exemple, et le qualifient de monstre de régularité. Mais retournez voir cette saison dans le détail et vous verrez qu’il compte des abandons, et des courses bien loin des premières positions. C’est juste que cette année, extrêmement faible, était à part dans l’histoire.
En tout cas, Gresini prend un énorme risque avec ce profil au vu de ce qui était disponible sur le marché. Avoir une paire de rookies Holgado/Gonzalez aurait été osé, certes, mais peut-être pas autant.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de ce transfert. Pensez-vous que j’abuse concernant Joan Mir ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : HRC









