Moto GP
Publié le 18 juillet 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Gigi Dall’Igna refuse de s’enflammer : Ducati a appris qu’un championnat du monde ne se gagne pas en juin

Gigi Dall'Igna a pris la parole pour dresser un bilan complet de cette première moitié de championnat MotoGP.

Gigi Dall'Igna

Il y a quelque chose de presque paradoxal dans les déclarations de Gigi Dall’Igna après le Grand Prix d’Allemagne. Son pilote vedette vient de signer un week-end parfait, Ducati a réalisé un nouveau triplé en Sprint, Marc Marquez n’est plus qu’à 18 points du leader du championnat et la marque italienne continue de tout gagner en Superbike. Et pourtant, le patron de Ducati Corse refuse obstinément de parler comme un homme qui a déjà gagné.

Au contraire, son message est limpide : le championnat MotoGP 2026 est loin d’être terminé. « Nous sommes à mi-saison d’une saison extraordinaire », écrit-il d’emblée. Une saison « aussi imprévisible que passionnante ».

Le choix des mots n’est évidemment pas anodin. Il aurait pu parler de domination retrouvée ou de remontée spectaculaire de Marc Marquez. Il préfère insister sur l’imprévisibilité d’un championnat qui a déjà fait mentir tous les pronostics depuis le début de l’année.

Le plus intéressant dans l’analyse de Dall’Igna concerne sans doute Marc Marquez lui-même. « Il impose le rythme avec un pilotage propre et rapide, maîtrisant sa moto sans jamais en faire trop, avec la constance et la solidité habituelles : le talent d’un vrai champion qui ne cesse de perfectionner sa technique. »

Le patron de Ducati décrit finalement un Marc Marquez assez différent de celui qui a construit sa légende en MotoGP. Un Marquez plus calculateur, plus méthodique et surtout beaucoup plus mature dans sa gestion des risques.

Il va même plus loin en évoquant « un style de course qui, à première vue, est moins spectaculaire, mais optimisé pour faire ce qu’il faut, quand il le faut, sans prendre de risques inutiles ». Une phrase particulièrement intéressante lorsqu’on se souvient des nombreuses critiques adressées au pilote espagnol ces dernières années, certains estimant qu’il ne savait pas rouler autrement qu’à la limite absolue. Manifestement, Gigi Dall’Igna ne partage pas cet avis.

 

MotoGP 2026 : Ducati descend en catégorie B et obtient des concessions : voici comment la situation générale évolue.Gigi Dall’Igna : « Il est crucial de ne jamais rien tenir pour acquis et de se battre jusqu’au bout »

Le directeur général de Ducati Corse rappelle également un élément que beaucoup avaient déjà oublié. « Je pense à Marc qui, après le Mugello, accusait 102 points de retard sur le leader. » Cette simple phrase résume probablement toute la prudence dont fait preuve Ducati aujourd’hui.

Si Marc Marquez a été capable d’effacer plus de cent points de retard en quelques courses, alors personne chez Ducati ne peut raisonnablement considérer que la hiérarchie actuelle du championnat est définitive. C’est précisément ce qui explique pourquoi Dall’Igna refuse de s’enflammer malgré les excellents résultats obtenus au Sachsenring.

Le message le plus fort de son analyse arrive finalement lorsqu’il évoque la deuxième moitié de saison. « Le classement est complètement chamboulé et le Championnat du Monde est à nouveau totalement ouvert. Cinq prétendants se tiennent en seulement 24 points. » Et surtout : « Il est crucial de ne jamais rien tenir pour acquis et de se battre jusqu’au bout. »

Cette prudence contraste fortement avec certaines analyses extérieures qui présentent déjà Marc Marquez comme le grand favori incontournable du championnat. Chez Ducati, on semble considérer que la leçon de ce début de saison est justement de ne plus tirer de conclusions définitives après quelques Grands Prix.

Entre blessures, erreurs de pilotage et retournements de situation, la saison 2026 a déjà démontré à plusieurs reprises sa capacité à redistribuer complètement les cartes.

Enfin, il est intéressant de constater que Dall’Igna ne limite pas ses félicitations au MotoGP. Il rappelle également que Ducati vient de décrocher son 22e titre constructeurs en Superbike, le cinquième consécutif, tandis que Nicolò Bulega et Iker Lecuona continuent d’écraser la concurrence. « Ce fut une grande fête pour Ducati », écrit-il avec une certaine fierté.

Mais même dans cette partie du communiqué, il insiste davantage sur le travail des équipes techniques, l’évolution des projets et la contribution des hommes que sur la simple accumulation des trophées.

Au fond, les propos de Gigi Dall’Igna racontent peut-être quelque chose de plus profond sur Ducati. Après plusieurs années de domination, la marque italienne a compris qu’un championnat du monde moderne ne se gagne ni au Qatar, ni au Mugello, ni même au Sachsenring. Il se gagne au soir de la dernière course.

Marc Marquez est revenu dans la lutte pour le titre de façon spectaculaire. Ducati possède probablement une des meilleures motos du plateau et domine également le Superbike. Malgré cela, personne à Borgo Panigale ne semble considérer que quoi que ce soit est acquis.

Et lorsque le patron de l’équipe qui gagne le plus répète qu’il ne faut « jamais rien tenir pour acquis », ses adversaires seraient sans doute bien inspirés de le prendre au sérieux.

Gigi Dall'Igna