Moto GP
Publié le 2 novembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Voici pourquoi les pilotes ne doivent pas se rendre au Qatar !

Yamaha ne disputera pas le Grand Prix du Qatar, ce qui signifie qu’un cap a été franchi. Voici pourquoi le MotoGP fait fausse route.

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La semaine dernière, j’ai rédigé un article concernant le futur Grand Prix du Qatar, en expliquant la situation, et pourquoi sa tenue était tant décriée. Depuis, les choses ont évolué à mille à l’heure. Ce week-end, Yamaha a pris la décision historique de ne pas se rendre dans le pays du Golfe (sur indication du gouvernement japonais), et un pilote en particulier, Jack Miller, a ouvertement appelé à ne pas y aller. Aujourd’hui, il paraît évident qu’il a raison.

 

Un contexte dégradé au Qatar

 

J’ai écrit l’article il y a quelques jours seulement, et pourtant, depuis, tout a changé. Pour être concis, les élections américaines de mi-mandat approchent à grands pas. Enlisé dans ce conflit qui paralyse la planète entière (car centré autour du détroit d’Ormuz, un passage très emprunté par les pétroliers), Donald Trump est en campagne pour garder de l’influence sur les principales institutions décisionnaires américaines, et cela passe donc par des promesses tonitruantes – et aussi tordues les unes que les autres, on connaît le personnage.

 

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Johann Zarco, lui, s’est prononcé en faveur du Grand Prix. Photo : Michelin Motorsport

 

Du coup, concernant le conflit en Iran, il a ouvertement affirmé que les États-Unis devraient, à un moment ou un autre, donner un « grand coup de massue » sur la tête de l’adversaire, ce à quoi Téhéran a répondu qu’ils étaient prêts à livrer une « guerre plus longue que la précédente ». Ambiance. Le Qatar, dont j’expliquais la position complexe dans le précédent papier, pourrait tout à fait constituer une cible de choix pour l’Iran à l’occasion du Grand Prix. C’était la théorie de Miller, et elle tient : le MotoGP est un événement mondial, détenu désormais par une entreprise américaine rayonnante. De plus, on sait précisément où seront les acteurs du monde motocycliste, et à quelle heure. Et puis, ça ferait sens, puisqu’il s’agirait du premier grand événement organisé là-bas depuis un moment : le championnat du monde d’endurance automobile (FIA WEC) a annulé ses courses au Qatar et au Bahreïn, la coupe du monde d’e-sports prévue en Arabie Saoudite a émigré à Paris, et on sait désormais que le Dakar retrouvera le nord de l’Afrique pour l’édition 2027, justement pour éviter le désert saoudien. Du coup, le MotoGP fait un peu office de « test » avant la Formule 1, et ce n’est pas une position confortable.

Le Qatar assure que la situation est sous contrôle, et d’après Miller, l’état serait prêt à assumer l’assurance des pilotes. Mais l’Australien a vu clair : l’assurance n’intervient qu’après incident. L’ambassade de France, elle, appelle à une vigilance renforcée pour les ressortissants et visiteurs. L’ambassade américaine à Doha incite à « reconsidérer » tout voyage et rester vigilant dans les zones touristiques – comme un paddock éclairé de nuit au milieu du désert, à tout hasard. L’Italie, qui compte bon nombre d’employés du paddock, suggère d’y éviter les rassemblements, manifestations, et lieux de culte. Et, finalement, le Japon, plus strict encore, recommande de renoncer à tout voyage non essentiel dans le territoire. Voilà où on en est quelques heures avant la publication de cet article.

 

Le jeu n’en vaut pas la chandelle

 

Quand on compare les risques et que l’on constate les recommandations des différents pays liés au championnat du monde, je ne comprends même pas que la question se pose. Pourquoi un pilote qui n’a rien à gagner ou qui est bientôt au bout de sa carrière en MotoGP irait courir le risque ? Je pense notamment à ceux qui viennent d’être pères, Luca Marini, Jack Miller ou Pecco Bagnaia, entre autres. Ils ne jouent absolument rien au général, et pour éviter des pénalités qui, d’après moi, ne peuvent être que financières, vont risquer leur vie sur un Grand Prix moto. Je ne comprends pas cet état d’esprit.

 

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Qu’on m’explique pourquoi Pecco Bagnaia irait prendre un tel risque ? Qu’a-t-il a y gagner ? Quelques dizaines de milliers d’euros de pénalité ? La vie vaut plus cher que ça. Photo : Michelin Motorsport

 

C’est un poil différent pour ceux qui sont encore en lice, comme Marquez pour le titre, Martin, ou Bezzecchi/Acosta pour la troisième place. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Non, de toute évidence. Je le dis haut et fort : je n’ai même pas envie de voir Marquez titré dans ces conditions, alors qu’il a dit explicitement qu’il arriverait sur place le plus tard possible. D’autant plus que les spectateurs seront sans doute totalement absents des gradins, comme de nombreux photographes. J’ai surtout une pensée pour les mécaniciens et toutes les autres personnes impliquées, qui vivent bien moins largement que les pilotes, et qui, parfois, ne peuvent pas se permettre d’en manquer une. Certaines équipes laissent le choix à leurs hommes – Uccio Salucci a d’ailleurs dit que quelqu’un, chez VR46 Ducati, allait manquer à l’appel –, mais la pression financière est bien réelle même dans ces milieux très élitistes.

Je soutiens donc à fond la décision de Yamaha, qui, en grande marque, privilégie son intégrité au spectacle inutile – car c’est le mot.

Que feriez-vous, en tant que pilote ? Iriez-vous ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

D’après Miller, les pilotes ont voté « contre » à 15 contre 5. Mais le MotoGP n’écoute-t-il pas ceux qui le font vivre ? Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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