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Jorge Lorenzo n’a pas été le premier pilote à porter le n°99. Au milieu des années 1990, un Nord-Irlandais l’arborait également, et quiconque s’intéresse à cette période n’a pu l’oublier. Voici l’histoire de Jeremy McWilliams, un pilote « à l’ancienne » sur qui le temps n’a pas d’emprise.

Jeremy n’a rien d’un pilote comme les autres. Né à Belfast en 1964, il est imprégné de la culture des courses sur route, et s’engage en mondial à déjà 29 ans pour la saison 1993. Une entrée relativement discrète au sein du Team Millar, sur Yamaha, mais déjà en catégorie 500cc. Décidément, voilà un début de carrière peu commun. Tout seul dans l’équipe, il est loin d’être ridicule, avec deux 11e places au final. Pendant deux autres saisons, il continue son petit bonhomme de chemin au sein de la formation, sans faire de vagues et sans réellement prétendre à des bons résultats.

Puis, la signature avec le team QUB change la donne. Présent en 500cc avec des ROC – Yamaha, il ne se montre pas plus incisif mais en 1997, l’équipe lui offre la possibilité de descendre en 250cc, opportunité qu’il accueille à bras ouverts. Dès lors, le voici plus près des places d’honneur, alors qu’il apprend à piloter les quarts de litre à 33 ans. Dans une catégorie dominée par les jeunes, il est un OVNI. Aussi étrange que cela puisse paraître, il ne fait que progresser, jusqu’à monter sur le podium lors du Grand Prix d’Allemagne 1998, sept ans après ses débuts au plus haut niveau ! En Catalogne, le vieux briscard se fait une énorme frayeur en passant par dessus le guidon en pleine ligne droite, une image forte.

 

Rossi et McWilliams à Donington en 2000. Photo : Steve


Mais jusqu’où McWilliams peut-il aller ? Désormais doté d’une Aprilia, le voilà prétendant régulier au podium, bataillant avec des Valentino Rossi, Loris Capirossi et autres Daijiro Kato. Tout est normal. Malheureusement, une fin d’année ratée gâche toutes ses chances de bien figurer au classement général. Mais si vous pensez que la folie s’arrête là, vous vous trompez.

Contre toute attente, il est sélectionné par Aprilia pour un passage… en 500cc. A 36 ans ! Là, on pourrait facilement imaginer la dégringolade, surtout aux côtés d’un grand talent comme Tetsuya Harada. McWilliams fait mieux que le Japonais, monte sur le podium en Italie puis chez lui en Grande-Bretagne. Encore pire : sur une moto clairement en-dessous, il réalise la pole position lors du dernier Grand Prix de la saison, en Australie. Clairement, il vient d’un autre monde.

Puis retour en 250cc, toujours au sein de la firme de Noale. Et il est encore plus fort qu’auparavant ! À Assen, il réalise un coup de maître, et s’impose pour la première fois en carrière devant Emilio Alzamora. Une saison solide mais ponctuée d’abandons et terminée en 6e position, soit son meilleur classement en Grands Prix.

Dans l’année de ses 38 ans, McWilliams se lance un nouveau défi : remonter en MotoGP, catégorie nouvellement introduite. Il est recruté par Kenny Roberts, via son équipe Proton KR aux côtés de Nobuatsu Aoki. La moto n’est pas très performante. Équipée d’un trois cylindres 500cc deux temps, elle peine face aux puissantes 990cc quatre temps. Il souffre énormément, mais en Australie, il réalise de nouveau l’exploit. Contre tous les pronostics, il est encore en pole ! À 38 ans et 198 jours, il s’agit de la troisième « plus vieille pole » de toute l’histoire, seulement précédée par celle de Rossi au Mugello en 2018 (39 ans et 106 jours), ainsi que celle de Jack Findlay au TT 1974 (39 ans et 121 jours).

La deuxième saison sur Proton KR n’est pas si convaincante. L’âge commence à se faire sentir. Pourtant, il est dépêché par Aprilia pour piloter la RS Cube en 2004 avec Shane Byrne. Il n’est pas décevant au vu du package, si bien que Jeremy est prêt à renfiler le cuir pour 2005. Cependant, DORNA se mêle de l’histoire et préfère imposer Byrne plutôt que le quadragénaire.

 

McWilliams en bonne compagnie, avec Crivillé, Gibernau et Aoki. Photo : Box Repsol


Un passionné comme lui ne peut rester sans rien faire. Alors qu’il ronge son frein en British Superbike lors de la saison 2005, il est appelé en urgence par le Team Roberts. KTM arrête de supporter l’équipe, pas de moteurs pour Brno. Shane Byrne, le pilote, est légalement rattaché à la firme de Mattighofen et ne peut prendre le départ avec l’ancienne machine. En moins de 24 heures, McWilliams arrive sur les lieux et tourne déjà 1,5 secondes plus vite que les pilotes de l’an passé.

Par la suite, il exprima sa volonté de courir de nouveau, pourquoi pas avec l’obscure Ilmor en 2007, mais jamais l’occasion ne se présenta en raison d’une blessure et des difficultés financières du team. Pourtant, jamais il ne s’arrêta de rouler, et même, de jouer. Vous l’avez peut-être aperçu dans le film Under the skin de Jonathan Glazer sorti en 2013. Il retrouva les courses sur route, et même, un engagement surprise en Moto2 lors de la saison… 2014, à 50 ans. L’équipe Taylor Made tenta une wildcard à Silverstone avec une moto rebaptisée en « Brough Superior », bien qu’elle embarquait un 600cc Honda comme toutes les autres. McWilliams termina 29e.

À 50 printemps, il atteint aussi l’âge limite fixé par la FIM, mais il continue, jusqu’à aujourd’hui, à assouvir sa passion. Vous pouvez même retrouver un onboard de lui à la North West 200 2022 (à bientôt 60 ans) en cliquant sur ce lien. Jeremy McWilliams est un OVNI, une sorte d’anomalie dans un sport toujours plus jeune et compétitif.

Connaissiez-vous ce pilote ? Dites-le nous en commentaires !

Photo de couverture : Vedi Sotto

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