Le débat sur l’avenir de Ducati change de dimension en Italie. Volkswagen n’a toujours pas décidé de vendre, mais l’hypothèse est désormais officiellement étudiée. Ancien administrateur de Ducati et actuel président de la Bologna Business School, Massimo Bergami prévient cependant ceux qui rêvent déjà d’un retour de la marque sous pavillon italien : réunir l’argent pour acheter Borgo Panigale ne serait que le début. Le véritable enjeu serait de financer durablement une entreprise qui doit encore grandir pour rester au sommet.
Ducati vaut-il 1,25 milliard d’euros ? Pour Massimo Bergami, ce n’est presque pas la bonne question. L’ancien membre du conseil d’administration du constructeur connaît suffisamment l’entreprise pour déplacer le débat vers ce qui arriverait après un éventuel chèque.
Car l’hypothèse d’une vente n’est désormais plus une simple rumeur. Le patron d’Audi, Gernot Döllner, a confirmé que Ducati faisait partie des activités examinées dans la vaste révision du portefeuille de Volkswagen, tout en précisant qu’aucune décision n’avait été prise.
1,25 milliard ? « Le point n’est pas le prix d’achat »
Les analystes cités par Bloomberg évaluent Ducati autour de 1,25 milliard d’euros. Bergami juge le multiple déjà significatif au regard des revenus et de la rentabilité de l’entreprise. Mais sur GPOne, il insiste sur autre chose : « Le point n’est pas le prix d’achat, mais la disponibilité à investir dans un grand projet qui permette à Ducati de devenir leader du secteur. »
Voilà qui refroidit quelque peu l’idée d’un simple consortium d’entrepreneurs italiens réunissant suffisamment de capitaux pour ramener Ducati au pays. Il faudrait ensuite investir. Beaucoup…
Ducati reste rentable, mais ses résultats ont reculé
Ducati n’est pas une entreprise en difficulté. En 2025, Borgo Panigale a livré 50 895 motos, réalisé 925 millions d’euros de chiffre d’affaires et dégagé 52 millions de résultat opérationnel, soit une marge de 5,6 %.
Mais en 2024, le chiffre d’affaires atteignait encore 1,003 milliard et le résultat opérationnel 91 millions, avec 9,1 % de marge. Le recul est donc réel, même s’il s’inscrit dans un marché difficile, avec notamment les droits de douane américains, les changes défavorables et la transition Euro 5+. Pour Bergami, augmenter demain la valeur de Ducati suppose donc davantage d’échelle et de nouveaux investissements.

Un fonds financier ? Bergami est méfiant
C’est également pourquoi l’hypothèse d’un fonds d’investissement ne l’enthousiasme guère. Son problème n’est pas idéologique mais temporel. Un fonds achète généralement avec un horizon de valorisation puis de revente. Bergami estime qu’une entreprise comme Ducati nécessite au contraire un projet industriel de longue durée.
Même les presque dix années passées autrefois sous le contrôle de TPG constituent selon lui davantage une exception qu’un modèle à reproduire.
Italien, chinois ou indien : la nationalité ne suffira pas
Et Bergami introduit ici une nuance importante dans le débat italien. Oui, il aimerait voir Ducati revenir sous contrôle national. Mais il refuse de considérer automatiquement un groupe chinois ou indien comme une menace.
Un acteur asiatique pourrait au contraire disposer de la puissance financière et industrielle nécessaire à une nouvelle phase de développement. À une condition essentielle : Ducati doit rester Ducati. Borgo Panigale, les emplois, la technologie, les compétences et la chaîne d’approvisionnement de la Motor Valley devraient être protégés.
« Un groupe indien ou chinois pourrait avoir la force industrielle pour réaliser un grand projet de développement », estime Bergami.
L’Italie veut protéger Ducati, pas la nationaliser
La politique italienne est désormais entrée dans le dossier. Mais Bergami écarte nettement l’idée d’une nationalisation, qui lui donne, dit-il, « des frissons ». Il considère en revanche parfaitement légitime que les pouvoirs publics cherchent à protéger une entreprise aussi profondément intégrée au tissu industriel italien. C’est là que se situe désormais le véritable dossier Ducati.
Volkswagen n’a pas décidé de vendre. Aucun repreneur n’a été désigné. Et les 1,25 milliard d’euros évoqués ne constituent qu’une estimation. Mais si Borgo Panigale devait réellement changer de propriétaire, le meilleur acheteur ne serait pas nécessairement celui qui proposerait le plus gros chèque le premier jour.
Ce serait celui capable d’en signer beaucoup d’autres pendant les dix années suivantes. Car acheter Ducati permettrait de posséder une marque. Continuer à financer sa technologie, ses motos, ses salariés et son ancrage dans la Motor Valley permettrait de préserver ce qui lui donne précisément sa valeur.









